CHAPITRE IV
Mort du prince de Condé. Son caractère .
Xjouis , prince de Condé, d’un génie souple et facile , éloquent , enjoué , d'une valeur rare , tempérait par une prudente modération , les fureurs atroces, inspirées dans ces temps funestes par les opinions religieuses. L’excessive autorité de la maison de Guise, le jeta dans le parti des réformés, et ayant une fois tiré l’épée pour défendre leur cause , il fut assez généreux pour ne jamais passer du côté de la cour, malgré les avantages immenses qu’elle lui offrait. Il soutint les réformés dans leurs revers , parce que son ame grande et noble détestait la perfidie , la trahison , et qu’il avait vu, avec horreur, le conseil de Catherine de Médicis, employer perpétuellement des moyens également obliques et sanguinaires (2).
(1) De Thou, liv. 44.
(2) Brantôme , Eloge du prince de Condé. Ce princa n’était âgé que de 39 ans. Lorsqu’il entra daus le monde,
Il fallait à l’amiral de Coligny des prodigieuses ressources dans l’esprit , pourrendre un peu moins amère, à son parti humilié, la perte du prince dont l'ame dirigeait ce grand corps. Comment prévenir la consternation générale et en imposer aux soldats après leur défaite? '
Coligny déploya dans cette occasion ses rares talens. Henri ^prince de Condé, remplace son père dans le rang de lieutenant général de l’armée réformée. La reine de Navarre, au lieu de se déconcerter, fait frapper des médailles avec celte légende ,pax certa , Victoria integra \ mors hdnesta , et les distribue à toute l’armée. Les secours des princes protestans d’Allemagne arrivèrent par les soins infatigables de l’intrépide d’Audelot , qui mérita de partagera gloire de son frère. En vain la cour mit à prix la tête de l’amiral ; en vain elle promit cent cinquante mille francs à l’assassin de ce valeureux guerrier ; en vain le parlement le condamna à la mort , Coligny , froid, inébranlable , également jaloux de la liberté civile et religieuse de son parti , bravait les
il ne jouissait que de six mille livres de rente. La mare’chale de Saint - André lui fit don de la terre de Saint-Valéry. Il avait épouse Eléonore de Roye, et après sa mort , il s’était remarié à la sœur du duc de Longueville. Hénault, tom. 2.
CHARLES MAXIMILIEN. T 5 poignards de la trahison, et les embûches de k cour.
La cavalerie seule avait combattu à la battailledeJarnac; les réformés perdirent environ cinq ou six cents hommes, et les catholiques deux ou trois cents. L’infanterie protestante , sans avoir reçu aucun échetf, passa le pont de Jarnac, le rompit (i), et se retira le même jour à Coignac ; la cavalerie s’y rendit bientôt, ayant à sa tête le prince de Bearn , l’amiral , les comtes de la Rochefoucault et de Montgommeri. On tint un grand conseil de guerre en présence de la reine de Navarre; il y fut décidé que, pour suppléer à l’inexperience du prince de Bearn et du prince de Condé , l’amiral commanderait J’armée et réglerait tout ce qui concernait la guerre. Son l’rère , le comte d’Andelot, mourut deux mois après d’une fièvre pestilentielle. Le prince de Bearn donna sa charge de colonel général de l'infanterie fran-' çaise à Jacques de Crussol d’ Acier ; Charles en pourvut de son côté Philippe Strozzi , parent de la reine mère,
- Plusieurs capitaines encore effrayés par l’issue de la journée de Jarnac, proposaient la retraite de l’armée à la Rochelle et daus les postes fortifiés autour de cette place ; ce parti
(i) La Popelinière, liv. 1 5 .
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~ timide fut rejeté. La victoire des catholiques à Jarnac avait été plutôt signalée par leur habileté à passer la Charente et par la mort du prince Louis de Condé, que par un avantage décisif; Ils voulurent tenter le siège de Coignac(i); la valeur des assiégés les contraignit de lever la siège , après avoir* essuyé des pertes considérables.