CHAPITRE XI
Origine des vastes prétentions développées par les parlemens , depuis le règne des derniers Valois. Ordonnance de Blois.
Il fut rendu, dans les états de Blois , une déclaration portant que les princes du sang précéderaient tous les pairs , soir que ces princes ne fussent pas pairs , ou que l'érection de leurs pairies fût postérieure à celle des autres pairs. La même loi réglait le raug des princes du sang à la cour, suivant letlr proximité de la couronne.
L’édit célèbre, connu sous le nom d’ordonnance de Blois , parce qu’il fut rendu (i) sur les cahiers des états, réglait plusieurs articles de la discipline ecclésiastique. 11 permettait l’émission des vœux de religion à seize ans, conformément à un décret du concile deTrente, quoique l’ordonnance d’Orléans les eut prohibés avant lage de vingt - cinq ans pour les hommes, et de vingt ans pour les femmes. Cet
(l) Renault, Abr. chron. de l’Hist. dcFrance , tom. 2.
édit contenait d’autres articles remarquables , entr’autres le 62®. , condamnant à la peine de mort pour le crime de rapt. Avant cet édit , la fille ravie sauvait la vie à son ravisseur en l’cpousant. Le a 58 e . , sur la noblesse , portait que les roturiers , achetant fiefs nobles , ne seraient pas pour cela anoblis , malgré la grande valeur des fiefs par eux acquis.
J usqu’alors l’homme non noble pouvait s’anoblir de lui-mêmesans lettres du prince ; ce droit semblait un reste des anciens usages de la monarchie ; mais tous les riches non nobles ne manquaient pas d’acheter des fiefs pour éviter de payer la taille. La multiplication excessive des nobles rendait insensiblement impossible l’assiette et la perception de cet impôt. Il ne resta plus aux non nobles d’autre moyen de passer d’eux-mémes dans la classe des nobles, que la profession des armes 3 ce moyen fut supprimé par Henri IV. J’ai déjà parlé et je parlerai encore dans la suite de son ordonnance à ce sujet.
Le parlement de Paris profitait de toutes les circonstances pour augmenter son crédit. Confondant les édits donnés par le roi et les ordonnances faites par les états du royaume, et que le roi avait simplement sanctionnés , il osa modifier et même rejeter plusieurs articles de l’ordonnance de Blois.
Un prince plus ferme que Henri 111 aurait
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j 57 sa ' 8 * ce,te occasion pour réprimer les entre*
/7 prises du parlement ; et, sous prétexte de venger la dignité dçs étais généraux v il se serait soustrait à la formalité gênante de l'enregistrement, malgré l’invention des lits de justice. Mais, soit que Henri vît avec plaisir que le parlement infirmait une loi dont plusieurs articles lui déplaisaient, ou qti’tl n’osât tenter un açte de vigueur, les prétentions du parlement furent couronnées du succès; et, d’après cet exemple , il regarda la puissance législative comme une de ses attributions; On le vit dans la suite s’élever au-dessus des états de la ligue, lui prescrire- des lois; et lorsque Henri IV convoqua une assemblée des notables da us Rouen en j5g6, il prétendit que les assemblées nationales ne pouvaient se tenir hors du ressort du premier parlement- de France , donnant à entendre que ces assemblées étaient soumises a sa censure, dou il résultait qu’il i ■ était necessaire qu’elles fussent convoquées dans l’étendue de sa juridiction , afin qu’il put les contenir et les réprimer au besoin.
Depuis (i) cette epoque , le parlement de
(f) Il parut cette année , en octobre , la plus grande consëte qu’on eflt jamais vue. Elle tenait, en longueur, trente degre's d’étendue, embrassant les signes dtr Sagittaire. et du Scorpion, la queue. tournée vers le nord. Un
Paris développa un système à la faveur duquel iJ prétendait représenter les anciens champs de Mars et de Mai , taudis que les états généraux convoqués par Philippe-le-Bel et ses successeurs , ne tenaient pas à la constitution primitive de la monarchie française. Dans ce système, les droits des états généraux se bornaient à faire des représentations dont le conseil du roi jugeait arbitrairement; mais le parlement de Paris, où siégeaient les princes et les pairs, semblable au parlement britannique par son essence , était le conseil nécessaire des rois , et ne formait avec eux qu’une seule pui^nce souveraine pour gouverner la nation.
Aux premières hostilités, Henri 111 s’aperçut qu’il était, entre les mains des ligueurs, un instrument aveugle de leur haine contre le roi de Navarre et Je prince de Condé, et que les Guise semaient partout la confusion pour rendre son gouvernement odieux. L’expérience lui démontrait que les individus auxquels on donnait le nom de Politiques , étaient seuls attachés au bien de l’état ( 1 ), et que les Guise calomniaient leurs intentions philantropiques parce qu'ils refusaient de partager les
astronome trouva qu’elle était à la hauteur de la planète de Vénus, Méser<ti- i
0) Méra. de Sully , toru. t. De Thou , Hist. , liv, 63.
j 7° HrST. DE FR., ÎI«. p., L . v.
i 5 77- ex , cès auxc l“ eJs J es catholiques et les réformes se i\ 1 aieutégaJement. Les maladies contagieuses et Ja famine se joignaient en France au fléau de Ja guerre. De nombreuses troupes d’Allemands, accourant au secours des réformés, allaient mettre Je comble aux malheurs publics.
IJes négociateurs furent envoyés à Bergerac pour traiter avec Je roi de Navarre : c’étaient e comte de Montpensier, le duc de Biron et le secrétaire d’état Villeroi. On convint, au commencement de septembre, d’une suspension d armes pour quelques jours. La cour ayant lait le voyage de Poitiers , signa une nou- ^e e paix, dans laquelle on assurait de nouveau, aux réformés, presque tous les avantages obtenus par eux dans la pacification précédente.