CHAPÎTRE XII
Sixième edit de pacification. Profusion de Henri III envers sesfavoris . Théâtre italien dans Paris.
edit contenait soixante - quatorze articles.
On accordait aux seigneurs hauts - justiciers 1 exercice public de leur religion dans leur '
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maison seigneuriale, avec la liberté d’admettre ' tout le monde aux cérémonies religieuses. Les réformés pouvaient avoir un temple dans le chef-lieu de chaque bailliage ou de juridiction royale , et des oratoires privés partout ailleurs. On conservait les chambres mi-parties de catho- • liques et de protestans dans plusieurs parlenaens; on les supprimait dans d’autres. Les réformés conservaient leurs places de sûreté : on leur donnait Montpellier au lieu de Beaucaire; mais l’exercice public de la religion réformée était prohibé dans Paris , à quatre lieues de cette capitale et à deux lieues de la cour. Le roi ajoutait (1) qu’il donnait cet édit en attendant qu’il eût plu à Dieu de lui faire la grâce , par le moyen d’un bon , libre et légitime concile , de réuuir tous ses sujets à l’église catholique. Un autre article remarquable de l’édit de Bergerac , défendait de faire des processions , tant à cause de la mort du prince de Condé, tué à Jarnac , que de la Saint-Barthelemi, et d’autres actes pouvant ranimer la mémoire des troubles, Hénault , eu rapportant cet article (a), observe qu’il prouve qu’ily avait des processions établies eu mémoire de ces deux affreux événemens.
(1) Hénault, Abr. chron. de l’Hist. de France , tom. 2. Courrayer , Appendix à l’Hist. du concile de Trente.
(2) Abr. chron. de l’Hist. de France, tom. 3.
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Henri IIÎ, au milieu de la décadence de ses affaires, se consolait dans le sein des plaisirs. Il permit à des comédiens italiens, dont la iroupe se nommait U Getosi , d’ouvrir un théâtre à l'hôtel de Bourbon. Le parlement leur fit défense de jouer la comédie sous peine de dix mille livres d’amende. Us jouèrent malgré l’arrêt du parlement, en 1677, avec un grand concours de spectateurs. On payait quatre sous par place au parterre. Un faitsi minutieux serait indigne de l’histoire , s’il ne servait à prouver qu’alors l’influence de la cour de Rome avait mis la langue italienne à la mode' à Paris, et que la simple volonté du roi suffisait pour infirmer un arrêt du parlement.
Au sein de la misère publique, et lorsque l’autorité royale paraissait vacillante , la conduite insensée de Henri 111 frappait tous les regards; on eût dit qu’il voulait insulter à l’opinion par son luxe effréné, par ses prodigalités sans bornes. Le matin on le voyait paré avec toute l’afféterie d’une jeune coquette; et le soir, vêtu d’un sac de grosse toile, un fouet à la ceinture, un gros chapelet à la main, il assistait aux processions des pénitens auxquels’ on donnait le nom de Flagellans. Je ne puis mieux luire que de rapporter les paroles d’Auguste de Thou à ce sujet. Ces pénitens ont donné un sens détourné à ce, passage des psaumes oh. David se reconnaît soumis comme un autre homme
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aux fléaux de la colère de Dieu : Quoniam ego in flagella para tus sum , et dans leur mascarade ils allaient se fouettant dans les rues. Le parlement ne rendit pas d’arrêt contre cette dévotion immorale autorisée par le roi lui-même. Le cardinal de Lorraine ayant assisté à cette farce pieds nus eu 1574, en avait rapporté une maladie qui le mit au tombeau. Henri 11 L se croyait obligé de donner cette comédie à la multitude, pour imposer s'ilence à la ligue qui l’accusait d’être protestant en secret.
D’autres fois ce prince s’offrait en public portant dans une écharpe un panier rempli do petits chiens; il les flattait-puérilemenl de la main et de la voix. Les médecins, témoins de sa conduite déraisonnable , assuraient que s’il ne mourait bientôt , on verrait renaître les temps déplorables de Charles -le -Bien -aimé. Son luxe désordonné devenait un gouffre sans fond. L’argent, employé en superfluités , manquait perpétuellement pour les choses nécessaires. Il faut observer dans de Thou quelle peine on eut à obtenir , dans les pressans besoins de la cour, treize cent mille francs du clergé - pour six années , à faire vérifier au parlement quelques nouveaux édits bursaux } et avec quelle rapacité le surintendant des finances d’Q dévorait cette substance passagère. • Henri semblait vouloir immoler le royaume à de vaines fantaisies. Ayant créé ducs et pairs
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d’Epemonet Joyeuse, il les appelait ses enfans j son dessein était de partager entre eux les richesses de la France , et de les marier aux sœurs de la reine son épouSe. Joyeuse en avait épousé une. On assure qu’à l’occasion de ce mariage il dépensa quatre millions de ce tempslà. De nouveaux impôts établis à ce sujet sur les entrées de Paris, excitaient la réclamation générale. Si le duc de Guise n’avait pas fait une ligue contre la cour , la conduite inconsidérée du roi suffisait pour en produire une.