CHAPITRE XV
Fondation de la république des Provinces ■* Unies.
xngTtQuatre navires bataves pirataient Je long des côtes. La prise de la Brille les rend maître delà Hollande; sept petites provinces au nord du Brabant , inondées plutôt qu’arrosées par des grands fleuves , souvent submergées (1) par la mer, contenue à peine par des
(l) Strada de Rello BelgicQ, iiv. 7.
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lignes , n’ayant pour richesse que le produit de quelques pâturages et une pèche médiocre, fondent une des plus riches et des plus puissantes républiques du monde , et le modèle peut-être des états commerçans. Le prince d’Orange était alors en Zélande avec une petite armée. Les états de Hollande et de Zélande le reconnaissent en qualité de stathouder. Ou ordonne l’abolition de la religion catholique j l'insurrection prend le caractère d’une révolution.
• Philippe II s’apercevait trop tard de l’erreur de sa politique; espérant de séduire les Hollandais par une feinte générosité, il publie une amnistie en faveur de ceux qui poseraient les armes , et rappelant en Espagne le duc d’Albe , il lui donne pour successeur Louis de Itequiescens , d’un caractère plus humain , plus conciliant; mais ses tentatives pour une réconciliation sont vaines. Les Hollandais ayant proclamé leur indépendance , réjètent toutes les propositions tendantes à les ramener sous la domination du roi d’Espagne.
La Hollande, cette république si faible dans son berceau, cherchait de l’appui partout où elle espérait d’en trouver. Elle accorda des asiles aux pirates de toutes les nations. Ce fut le fondement de sa puissance maritime. Inférieure en force aux Espagnols , du côté de la terre , elle leur devenait déjà redou-
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j 579 table sur l’Océan. Les Hollandais enlèvent , en .i 574, trente navires espagnols chargés „ de vivres, de munitions et d’argent pour l’armée de Louis Requiesccns. Les troupes espagnoles se révoltent faute dç paye 3 on les appaise en leur promettant le pillage de Leyde. Le siège de cette place est poussé avec vigaeur. Les Hollandais , désespérant de sauver * Leyde, tinrent précisément la même conduite qu’on leur vit renouveler en 1672, lorsque Louis XIV campait aux portes d’Amsterdam.
Us percent les digues , les eaux de l’Yssel , de la Meuse et de l’Océan inondent les campagnes. Une flotte de deux cents bateaux apporte des secours aux assiégés par-dessus les ouvrages submergés des assiégans (1) : il y eut un antre prodige. Les Castillans , animés par l'espoir du pillage, entreprennent de faire disparaître cette vaste inondation 3 mais leur obstination fut vaine, ils levèrent bientôt le siège. On dit que les assiégés se servirent de pigeons pour instruire le priuce d’Orange de leur situation 3 l’invention des ballons aérostaliques, leur eût été utile.
Une révolte se mauifeste de nouveau dans l’armée espagnole 3 le général de Requiescens
( 1 ) Voltaire, Essais sur les mœurs, tom- 3. Harseus , ômi. brabatje. Strada de Bello Belgico, liv. 8.
emprunta les sommes nécessaires au paiement des soldats. Mais il mourut à Bruxelles, lorsque, par son adresse à manier les espriis, il paraissait conduire les affaires vers le but d’une pacification générale. Sa mort augmenta la confusion. Les villes de Mastricht et d’Anvers furent pillées par les Espagnols. U11 congrès Belgique se tenait dans Gand : on y décida qu’il ne serait conclu aucun arrangement avec Je roi d’Espagne , sans qu’au préalable les troupes espagnoles et italiennes eussent évacué les Pays-Bas.
Juan (1) d’Autriche , célèbre par le succès de la bataille de Lépante , fut chargé par Philippe II , du gouvernement des Pays-Bas. Ce prince en entrant dans Bruxelles , renvoya en Italie les troupes amenées' par le duc d’Albe. Les peuples Belges aimaient dans Juan d’Autriche le sang et la valeur de Gbarles- Quint son père. Us n’étaient paé éloignés de le choisir pour leur chef, pourvu qu’il promit de maintenir les privilèges du pays. Ses liaisons successives avec la reine Elisabeth et avec les ligueurs de France, semblaient annoncer que son ambition s’accordait avec le vœu des peuples. L’ancienne forme .du gouvernement
(t) Abr. ehron. de l’Hist. d’Espagne , tono. 2. D’Or- Jéaio , Révol. d’Espagne.
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ara, t élé rétablie; le nouveau gouverneur gé-
BCF r al laiSsa,t f cha ^n la liberté de conscience.
■ Cette conduite calmait peu à peu les passions exaltees, lorsque le prince d’Orange, u^ant appris par lettres interceptées de France , J U * Jua “ ? Autriche se proposait de rétablir 1 exercice delà religion romaine dans les provinces bataves, la Hollande et la Zélande rcpiennent es armes ; la guerre recommence.
. rel, f ,on ^formée dominait dans les prov.nces bataves , mais le plus grand nombre des Brabançons et des Flamands, restait attache a la religion romaine. Celte différence , culte devint l’origine de la scission entre Jes Bataves et les Belges, qui conserva dix provinces des Pays-Bas à l’Espagne.
Des-lors les' formes républicaines s’établirent dans Amsterdam, devemi le centre de l’association batave. Ce mode de gouvernement concourut a former dans les Pays-Bas un nouveaugenre de division favorable aux Espagnols. Les provinces belgiques étaient remplies d’une noblesse turbulente , ennemie d’une domination étrangère. Elle consumait son bien et répandait son sang pour chasser les Espagnols des Pays-Bas ; mais 1 affranchissement de la patrie n’était pas le terme de ses efforts. Ces guerriers, en secouant le joug des monarques castillans, se proposaient de dominer à leur place; le gouvernement des Bataves ne se trouvant pas con-
forme aux règles de l’ancienne féodalité, leur zcle se ralentit. Cette cause concourut, avec celle de la religion , à séparer l’intérêt des Beiges de celui des Bataves. ^
Telle était la confusion dans ces provinces, qu’en i5n8 ( 1 ) les états de Flandres avaient nommé gouvernèur général des Pays-Bas l’archiduc Mathias, qui fut empereur dans la suite. Les autres provinces admettent ce choix pourvu que ce prince gouverne concurremment avec Juan d’Autriche, et que le prince d’Orange leur soit adjoint en qualité de lieutenant général.
Il paraît extraordinaire à Voltaire , qu’un archiduc, proche parent du roi d’Espagne, et professant comme lui la religion romaine , vienne se mettre à la tête d’un parti moitié catholique, moitié protestant , insurgé contre le chef de sa maison ( 2 ). C’était la suite des lois féodales , en vigueur dans les Pays-Bas. Leroi d’Espagne en était souverain sous la suzeraineté de l’empire ; les Hollandais et les Flamands après avoir inutilement demandé justice à l’empereur , des vexations éprouvée^ par eux de la part de la cour de Madrid, s’étaicm adressés à la diète impériale. Elle avait chargé
( 1 ) Abr. ebron. de l’Hist. d’Espagne, tom. 2.
( 2 ) Voltaire , Essais sur les mœurs, tom. 3 -
190 HIST. DE FR., II*. P., L. V. les archevêques de Cologne et de Treves ,1'évêque de Wursbourg elle duc de Juiiers , d’examiner ces plaintes et d’y faire droit. Dans cet état de choses, d’élection de Mathias conservait en même temps les droits de l’empire et ménageait une voie d’accommodement entre les insurgés et- la cour de Madrid.
D’un autre côté, le duc d’Anjou avait envoyé en Espagne un négociateur (/) , pour demander en mariage l’infante Isabelle-Claire- Eugénie , et pour dot les Pays-Bas , en promettant de conquérir ces provinces et d’en faire hommage à la couronne de Castille.