CHAPITRE XVI
Le duc d’Anjou est appelé dans la Belgique par les habitons du Brabant. 'La guerre recommence eptre les catholiques et les protestons de France. \ Septième édit de pacification.
Cette proposition n’ayant pas été accueillie, le duc d’Anjou prenait le litre de protecteur de la liberté belgique, en conséquence d’un traité
(») Abr, chron. de l’Hist. d’Espagoe, tom. i.
par lui conclu le i3 août 1578 avec les états du Brabant. 11 se proposait de conduire dans les Pays-Bas les troupes devenues-sans emploi en France, depuis la conclusion de la paix entre les catholiques et les protestans. Mais cette paix ne fut pas de durée. Le prétexte de la guerre était la restitution des places de sûreté , cédées aux protestans par les articles de la pacification. Perefixe rapporte ( 1 ) que le roi redemandait ces places et que la reine mère conseillait au roi de Navarre de les garder , en l'avertissant que tout son espoir de salut consistait dans les armes.
Henri , roi de Navarre , ne comptant point sur la solidité de la paix conclue par lui , ayant - rompu un écu d’or ( 2 ) , en avait envoyé la moitié au comte de Chûlillon , fils de Coligny, chef des réformés du Languedoc , et à Lesdiguières , chef des réformés du Dauphiné, en les prévenant que lorsqu’il leur redemanderait ce dépôt (3) , ce serait le signal d’entrer sur-lechamp en campagne.
Dans les premiers jours de i58o, Henri en-
(1) Hist. de Henri-le- Grand.
(2) Daniel,' Hist. de Frauce, tom. 6. Davila,Hist. des guerr. civ. de France , liv. 6.
( 3 ) C’était le moyen de tromper les espions dont il «Lait entouré.
voie demander aux deux guerriers les pièces de Vécu rompu. A ce signal , les réformés du Languedoc s’assemblent à Anduse dans les Cevennes. Us forment une confédération , dont l’acte (1) est envoyé à la Rochelle et à toutes les églises réformées du royaume. En Dauphiné , Lesdiguières était maître des montagnes des Alpes, entre la France et le Piémont , depuis Briançon jusqu’aux portes de Grenoble ; Condé avait surpris la Fère en Picardie. Le roi de Navarre fait le siège de Cahors , en prétendant que le ioi lui avait promis cette ville pour dot de la reine Marguerite. Celle ville fut (2) prise après un siège opiniâtre.
Ces hostilités privaient le duc d’Anjou des troupes qu’il se proposait de conduire dans la Belgique ; il offrit sa médiation entre le roi son frère , et le roi de Navarre , son beau-frère. Le duc d’Anjou venait alors de Londres , où « il avait fait un voyage inutile , dans l’espoir d’épouser la reine Elisabeth. Il vinten Guienne. auprès du roi de Navarre •, nos historiens , dont les livres sont remplis de récits fastidieux de sièges et debaiailles, sans nous laisser entrevoir les causes de ce pérpétuel carnage , se taisent sur les raisons qui décidèrent les réformés à
(t) Cet acte est date du 26 novembre 1^79.
(2) D’Aubigné, liv. 4.
HENRI ill. f 93
reprendre les armes et à les quitter presque subitement : la suite des événcmens prouve que le duc d’Anjou ramena le roi de Navarre à des Vues pacifiques, en lui faisant envisager' • les Pays-Bas, où il se proposait d'entrer à la tête d’une armée protestante, comme un gouvernement neuf , dans lequel la religion réformée devenant dominante , les réformés de France trouveraient un appui respectable contre tous les efforts des ligueurs. D'ailleurs, la plupart des chefs des protestans manquaient de ressources pour payer leurs troupes durant la paix , ils saisissaient ardemment l’occasion de les employer.
On fut bientôt d’accord. Le traité de pacification fut signé au château de Fleix , auprès de Libourne, par le comte de Montpensier, le maréchal de Cosse et le secrétaire d’état Pomponne de Bellièvre, commissaire ‘du roi (t).
Les restrictions apportées à la' pacification de Bergerac, par la transaction déNeràc, furent supprimées ; on posa les armes des deux côtés et la tranquillité intérieure parut renaître.
Alors le duc d’Anjou conduisit dans les Pays-Bas huit mille protestans (2) et quatre
(1) D’Anbipné, liv. 4, chap.' 22. Daniel, tom. 6 ,
Mathieu, liv. % .
(2) Strafla de Bello ‘Belgico , liv. 8 . Mdm. de la reine Marguerite, liv.' 2.
Tom. II , 2 e . part. i5
194 HIST. DE FR., II e . P,, L. V.
mille catholiques , commandes par les comtes de Montgommeri , de Laval, de St.-Agnan , d’Elbeuf , de la Hochepot , et plusieurs autres capitaines, les uns catholiques , les autres réformés. Cette armée se joignit à l’armée hollandaise , commandée par le prince d’Orange.
Juan d’Autriche, campé près de Piamur , employait ses talens à retarder les succès de l’armée combinée de France et de Hollande , lorsqu’il mourut presque subitement (\) à i’àge de trente-deux ans. On crut généralement qu’il avait été empoisonné par Philippe H,. qui le soupçonnait de ménager tous les partis dans les dix-sept provinces, pour s’.en faire (déclarer souverain. Alexandre Farnèse , duc de Parme , un des plus grands généraux du seizième siècle , lçi succéda dans le commandement des armées espagnoles.
Ce prince ( 3 ) que nous verrons bientôt combattre Henri IV sous les murs de Paris et de Rouen , défendait alors dans les Pays-Bas la domination d’Espagne et la religion romaine.
11 avait pour adversaires , le prince palatin. Casimir , lequel , plusieurs anuées auparavant ,
II) Stracla de Bello Belgico , liv. 10.
(2) Réformation de la coutume de Paris. Ce fut l’ouvrage de Christophe de Thou, et- des conseiller» Vible, Aujorant Chartier et Longue!!.
avait amené deux fiais aux prolestans de France “~ les plus iniportans secours ; l’archiduc Mathias, frère de l’empereur Rodolphe , qui avait succédé en 16.76 au troue de Germanie , à son père Maximilien ; le duc d’Anjou et le prince d'Gçange. Ces quatre chefs étaient réunis par leur haine envers les Espagnols., mais chacun d’eux voulant tourner la révolution à sonprofit, contrariait leurs collègues dans presque tous les détails. Le duc de Parme profita de cette désunion pour faire des conquêtes la Flandre, le Brabant , le Hainaut se soumettent à lai (1).