CHAPITRE XVII
Confédération d'Utrecht. Fondation de la république dés Provinces- Unies.
Le prince d’Orange , loin d’être abattu par ce revers,, resserra au contraire Ip confédération dont il était le chef. Par ses soins , les provinces de Gueldre , do Sulphen de Hollande , de 2 élande r d’Utrecht, de Frise, d’Qver-Yssel
C>) Srada de Bell o Belgico , liv. i3. Harseus,ann. brabaoç. De Th ou , liv. 46.
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et de Groningue signent , Je a3 janvier i 579, dans Utrecht le traite d’union qui fut le fondement de la république hollandaise. La confédération prit le nom de Provinccs-Unies, sous lequel elle a toujours été connue.
Guillaume de Nassau , prince d’Orange , est déclaré premier magistrat de la république , sous le nom de stadhouder et de capitaine général. Chacune des provinces confédérées conserva son indépendance particulière, ses lois , ses magistrats , son mode de gouvernement ; mais elles devaient réunir leurs forces contre les ennemis du dehors , et pour prévenir les invasions en fortifiant les villes frontières. Les intérêts généraux furent confiés à la surveillance d’un conseil commun , sous le nom d’états généraux.
Les dix autres provinces pouvaient, avec la Hollande > former une république redoutable, par sa puissance. Elles ne se joignirent point aux sept petites Provinces-Unies : celles-ci se protégeaient elles-mêmes , tandis que les Belges réclamaient un prince étranger pour les pro- • léger. Casimir , contrarié par les catholiques, qui ne voulaient pas à leur tête un prince protestant (i), fut bientôt contraint de retourner en Allemagne. L’archiduc Mathias , médiocre
(i) D’Orléans, Rév. d’Espagne, tona. 3. *
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général , encore plus médiocre politique, s’a- j5 g 0 percevant qu’il était joué par tous les partis, demanda sa retraite et une pension , obtint l’une et l’autre , et revint en Autriche. Le duc d’Aujou paraissait plus agréable aux Belges ; mais peu satisfait de la puissance limitée qui lui était assurée parles traités, il voulut la convertir en autorité absolue ; les Belges se soulèvent contre lui. A la crainte de tomber d’un joug sous un autre , se joignaient des appréhensions religieuses. Le duc d’Anjou était catholique romain , mais Ja plupart de ses capitaines professant la religion protestante, on pouvait la regarder comme dominante à sa cour ,et on craignait les suites de son influence; ce prince , généralement abandonné , rentra en France. Il ne resta (1) dans les Pays-Bas que deux partis ; celui du duc de Parme , qui conserva dix provinces au roi d’Espagne , et celui de la maison de Nassau , qui lui en arracha sept pour jamais.
(1) Voltaire, Essais sur les mœurs, tom, 3 .
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C&APlTRE XVlïI.
JjC roi ê'Espàgne envahit h fdyaume de Portugal.
L, fortune donnait ftlorS à PhHippfe II un royaume dont la possession surpassait en valeur celle des Provinces -'Unies.
'Sebastien (1) , roi de Portugal , pour placer sur te trône de Maroc Un prince africain , qui offrait dé faire hommage de ses états à ta couronne de Portugal et de lui céder quelques places maritimes, s’étant imprudemment avancé en Afrique , avait été tué fe 5 août i *5 78 , à la bataille d’Afrasaqhivir , sans laisser de postérité. La couronne passa sur la tête dé 'Hèori , bhele du roi. Ce prince, âgé desoixàhtè et dix ans, était cardinal évêque d’Evora. Les Portugais le sollicitaient de se marier, pour éviter les troubles dont sa mort pouvait être suivie. Philippe Il employait de son côté toute son influence pour décider le pape à refuser Jes dispenses de l'ordre de la prêtrise, demandées
(1) D’Orléans, Révolution d’Espagne, tom. 3 . Ahr, ehron". de l’Hist. d’Espagne , tom. a.
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par la cour de Lisbonne. Henri , n’osant abandonner J’état ecclésiastique , sans la permission de levèque de Rome , assemble les états de Portugal , nomme cinq régens ponr gouverner le royaume après sa irnort , qui arriva en i58o.
Ces cinq régens prenaient d’uné main faible, les rênes du gouvernement, tandis que les états assemblés dans A lmerin (t) examinaient les droits des prétendans à la couronne.
Antoine, prieur de Crato, avait un parti considérable. Ce prince était fils naturel dé Louis, frère du dernier roi. Le duc de Bragance, descendant des anciens rois de Portugal , et dont la postérité monta dans la Suite sur le trône , ajoutait à ses litres dé famille , son mariage avec Catherine, fille de l’infant Edouard, et petite-fille du roi Emmanuel-le-Grand. En Conséquence , il prétendait à la couronne au préjudice du prieur de Crato , formellement exclu pour cause de bâtardise , par des lettres patentes du roi Henri ( 2 )»
Parmi les autres contendans , Oti comptait le duc de Savoie , fils de la princesse de Portugal , Beatrix , et le dtic de Parme , fils de
(1) Abr. chron. de l’hist d’Espagne, tom. 3 .
(a) Le duc de Brnganee fnt fort comrétabte de Portugal par Philippe II. Son petit -fils Jean remonta sur le trône en 1640.
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j58o. Mûrie de Portugal, fille du prince Edouard et Sœur aînée de la duchesse de Bragance. Catherine de Médicis se mil aussi sur les rangs , comme issue d’Alphonse 111 , roi de Portugal , et de Mathilde, comtesse de Bolonia. Le pape prétendait avpir des droits à ce trône, comme étant la dépouille d’un cardinal , et parce qu’Alexandre 111 avait donné Je tilre de roi au comte Alphonse, qui s’était déclaré feudataire du saint siège , d’où la cour romaine concluait que la couronne de Portugal était un fief dévolu à la tiare. Grégoire XIII avait le dessein, ou plutôt l’idée vague de donner un royaume à Buon-Compagno , son bâtard , en faveur duquel il ne voulait pas démembrer letat ecclésiastique , comme avaient fait ses prédécesseurs. Mais il avait un invincible antagoniste en Philippe II, dont les droits ne valaient guère mieux, mais qui possédait de grands moyens de les faire valoir,
Antoine , prieur de Crato , parcourait le royaume pour se faire des créatures. 11 fut proclamé roi à Cétubal , à Sanctaren et à Lisbonne. Ce prince lâchait de prouver qu’il était né en légitime mariage ; daus cette supposition son droit eût été inattaquable.
Philippe II (i) fil prévaloir le sien par la
(0 Une maladie pestilentiole se ddilare cd França
force des armes. Leduc d’Albe lui soumit le j58o. Portugal en trois semaines. 11 fut reçu dans Lisbonne sans la moindre opposition ; on l’eût pris pour un fils qui succédait à son père. Ileconnu sans contradiction , il eut la bassesse de promettre , par une proclamation , vingt-quatre mille ducats à celui qui lui livrerait le prieur de Crato. On doit dire à l’honneur des Portugais que cette somme ne porta aucun d’eux à le trahir. Le jeune prince, après avoir longtemps erré dans sa patrie, se réfugia en Angleterre avec un petit nombre de compagnons de son infortune -, il vint ensuite en France , et après d’inutiles efforts pour monter sur le trône (i) de ses pères, il mourut dans l’obscurité,
Philippe II était maître non-seulement du Portugal, mais de tous les grands établissemens formés par les Portugais dans les Indes. Sa domination s’étendait alors dans les quatre parties du monde. Maître des principales colonies européennes, en Asie , en Afrique et en Amérique, l’Italie entière tremblait sous son sceptre de fer. Ses trésors , répandus en abondance ,
cette année; elle ravagea, durant cinq à six ans, tantôt une province , tantôt une autre. On assure qu’elle emporta le quart de la population. Méserai.
^t) D’Apbignt 5 , liv. 5. De Thou, liv. 65.
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éternisaient les convulsions dans lesquelles la France se trouvait plongée. La crainte inspirée par sa vaste puissance , empêchait la reine d’Angleterre de prêter directement son assistance aux Provinces-Unics ; cependant cette vaste paissance échouait coutre èêtte république qui avait à peine un territoire.
À défaut de succès militaires, les proscrip-* lions étaient les armes à l’usage de ce monarque. Ce prince avait promis vingt-quatre mille ducats a qui lui livrerait le prieur de Crato ; il offrait soixante-quinze mille francs pour assassiner le prince d’Orange. La réponse de Guillaume à cet acte de proscription , est un des plus beaux moùumcns de l'histoire moderne (r).
De sujet qu’il avait été de Philippe, il devient son égal dès qu’il est proscrit. On voitdansson apologie , un prince d’une maison impériale , ridu moins ancienne et non moins illustre que ' la maison d’Autriche, et un chef de la république hollandaise , qui se porte pour accusateur du plus puissant roi de l’Europe, au tribunal de toutes les cours eide tous les hommes. Le printô d’Orange se montre dans cette occasion supérieur à Philippe , en ce que pouvant le proscrire à son tour, il abhorre cette vangeance des lâches, et attend sa sûreté de
(i) Voltaire, Essais sur lés mœurs, tom. 3.
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son épée. Les états généraux dés Prdvinces- Unies renoncèrent alors solennellement à la domination de l’Espagne.