‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 48 sur 101 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

fief orme du Calendrier julien. Introduction du calendrier Gre'gorîeii. »*

CrRÉGQfRE XIII , renonçant à mettre Un trône dans sa famille , rendait son nom immortel par la réforme du calendrier Julien , et 1 introduction de celui auquel l’usagé a donné le nom de ce pontife*

La vicissitude des saisons donïia naissance , dans les temps anciens , à l’ihStitUtioft de l’année. Les hbmmeS , portés per Icitrs besoins à chercher les causes de tes vrtissitiides , s’aperçurent aisément qu’elles étaient le résultat des différentes situation du soleil par rapport à la terre. Ils convinrent d’appeler une année l’espacé de temps employé par cet astre à revenir dans la même situation ét à produire les mêmes saSsOftS.

Si On en croit Hérodote , les Egyptiens dressèrent les premiers calendriers. Leur année fut de -trois cent soixante jours ; ils la partagèrent en douze mois. Trisraegiste ou Hermès ajouta

i 58 o— fts c ‘ n H i ours ' a ^’ anu ^ e égyptienne. Plutarque rapporte que le Soieil s’étant aperçu que Rhéa était devenue enceinte de Saturne , la maudit , et dans les imprécations arrachées par son ressentiment, il prononça qu’elle n’accoucherait dans aucun des mois de l’année ; mais Mercure , un des amans de Rhéa, joua aux dés avec la Lune , et lui gagna la soixante et douzième partie de chaque jour; il réunit tous ces içagmens , en forma cinq jours, et les ajouta aux trois cent soixante dont l’année était composée. Rhéa accoucha durant ces cinq jours appelés épactes par les Egyptiens. Au premier naquit Osiris, au second Vénus, au troisième Typhon ; lsis sortit du sein de Rhéa le quatrième jour; le cinquième vit naître Neph té et la Victoire. Ainsi Plutarque cachait un fait historique sous un emblème mythologique. On sait que le philosophe Hermès fut surnommé Mercure-T rismegiste .

On assure que parmi les Grecs , Thalès régla l’année de la même manière que les Egyptiens. Son système ne fut pas généralement suivi. Les cinq jours, placés hors des douze mois , étaient nommés épagomènes. Les Juifs , les Perses, les Syriens, avaient des années d’une longueur différente. IVous lisons même dans Diodore de Sicile (i), que la longueur de

(i) Diodore de Sicile, liv. 6 .

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Tannée égypliaque varia dans diverses époques. Ces accidens tenaient au peu de connaissance qu’on avait alors de l'astronomie.

Romulus distribua l’année romaine en dix mois , alternativement de trente et de trenteun jours. Elle commençait au mois de mars; sa durée emière était de trois cent quatre jours. L’énorme défaut de cette division se fit bientôt sentir : Je commencement de l’année de Romulus, entièrement vague, ne répondait à aucune époque fixe. Ce prince, corrigeant luimême son ouvrage , ordonna qu’à la fin de chaque année fussent ajoutés cinquante - un jours épagomènes, dont il ne forma qu’un mois. Avec cette addition il s’en fallait encore de dix jours six heures moins quelques minutes que cette année ne s’accordât avec l’intervalle de temps dans lequel le soleil paraît décrire le zodiaque.

Nuraa changea la distribution de Tannée romaine ; elle fut composée , par ses ordres , de douze mois : Janvier 29 jours, février 28, mars 3 i , avril 29, mai 3 i , juin 29, juillet 5 1 , août 29, septembre 29, octobre 3 1 , novembre 29, décembre 29; en tout trois cent cinquante-cinq jours. Le commencement de celte année devint encore insensiblement vague par rapport à la situation du soleil. Nun^ , pour arrêter ce désordre astronomique, et voulant fixer exactement le solstice d’hiver au même jour du

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i 58 o — 83. nio ‘ s de décembre, appelé, dans son calendriei , natalis Sohs invicli , naissance du Soleil , invincible, lit intercaler quarante-cinq jours dans chaque période de quatre ans , vingt-deux apres le mois de lévrier de la seconde année , et vingt-trois à la même époque de la quatrième; le treizième mois , qui revenait de deux en deux ans , portait le nom de mois macédonien. L année civile , auparavant trop courte , fut alors trop longue.

On chargea les grands pontifes de corriger cette erreur aussitôt quelle se fit apercevoir. Tantôt ils allongèrent , tantôt ils raccourcirent 1 année civile. 11 résulta de leurs opérations faites sans méthode, que vers l’an n ( , 0 de la fondation de Rome, il s'en fallait de soixantesept jours que le solstice d’hiver tombât au 22 décembre. Les l'êtes déle se célébraient en automne; celies d’automne tombaient en hiver.

Pouij- corriger le calendrier, Jules César, alois grand pontife, employa Sozigcnes, astronome d Alexandrie. Ce savant commença par absorber Terreur de soixante - sept jours, eu ajoutant deux mois, outre Je macédonien, à 1 année 708 de Rome; elJe lut composée de quinze mots ou de quatre cent quarante-cinq jours. Ou l’appela Tannée de confusion , annus confusionis.

Les astronomes calculaient alors que la révolution solaire s achevait en trois cent soixante-

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cinq jours et six heures ; en conséquence l’an- l58b 8a< . née julienne fut fixée à trois cent soixante-cinq jours. Il fallut ajouter dix jours à l’année de 3N u m a . Sozigènes les répartit ainsi: deux jours fureut adjoints aux mpis de janvier, d’août, de décembre , et un seulement aux mois d’avril , de juin, septembre et novembre. Restaient les six heures qui formaient qq jour de mécompte eu quatre années; on régla que tous les quatre ans ce jour serait intercalé après le vingt-quatrième jour de février. Cet intercalaire se nomma, en latin, bissexto ante calendas mardi , le second sixième jour avant les calendes de mars. De là le nom de bissextile donnée à cptte quatrième année.

Cette réforme du calendrier aurait atteint sa perfection, si la période solaire eût été exactement de trois ceut soixante - cinq jours six ' heures, mais elle n’est réellement que de trois qent soixante-cinq jours cinq heures quarantehuit miuutes et quelques secondes. Cette erreur de onze à douze minutes fut d’abord insensible '; cependant ces minutes s’accumulant pendant la marche des années, formaient un espace de vingt-quatre heures en cent trente-quatre ans , et vers le temps du concile de Trente, la différence entre l’année civile et ht véritable année solaire était de dix jours.

Le retranchement de ces dix jours, et les moyens d’éviter cctle., erreur à l’avenir , furent

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Ï 58 o 82. l'objet de la uouvelle réforme du calendrier

faite par Grégoire XIII. Un médecin nommé Louis Lilio, ué à Rome, indiqua la manière la plus simple et la plus facile de rétablir l’ordre de ! année. 11 né s’agissait , pour le passé , que de retrancher dix jours à l’année i 58 a, où l’on était alors , et pour prévenir un nouveau dérangement dans les siècles à venir, il fut réglé que la centième année ne serait pas bissextile, excepté celle de chaque quatre centième :

c’est-à-dire qu’on ferait une soustraction de trois jours bissextiles dans l’espace de quatre siècles.

Ce nouveau calendrier fut nommé Grégorien.

L’auteur de cette réforme trouva plus d’obs- * * tacles à la faire recevoir par les nations européennes, qu’il n’avait été difficile à des astronomes de la rédiger. Elle fut rejetée en Angleterre, en Suède , en Dauemarck, en Russie, et chez les prolestans d’Allemagne uniquement parce qu’elle venait du pape. On craignait que la cour de Rome en instruisant les hommes ne prit droit de les maîtriser. La différence dans le coinput entre ceux qui se servaient du ca- 4 lendrier Grégorien et ceux qui conservaient (1) le calendrier J uiien , donna naissance à l’usage

( 1 ) Joseph Scaliger, dans son livre de Emendatione lemporum , et d’autre3 savnns, prétendirent que le système de Lilio renfermait des erreurs.

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où l’on fut long-temps, d’ajouter aux dates les jÆ8o— 8*. termes de vieux ou de nouveau style.

Quoique le calendrier Grégorien soit préférable au calendrier Julien, il n’est pas cependant sans defaut : peut-être même n’est-il pas possible, ainsi que le conjecturèrent Cassini et Ticho- Brahé , de porter ce comput à une justesse qui ne laisse rien à désirer. L’intercalation grégorienne n’empêche pas que l’équinoxe n’arrive après le vingt-unième de mars; ce n’est quelquefois que le vingt - troisième , et d’autres fois l’équinoxe anticipe en tombant le dixneuvième. La pleine lune , qui tombe le vingtième de mars, est alors la vraie lune pascale. Néanmoins , dans le calendrier Grégorien , on prend pour la lune pascale celle du vingtdeuxième de mars , qui n’est pas pascale lorsqu’elle tombe avant l’équinoxe. Dans ces deux cas le calendrier Grégorien induit en erreur.

De plus, le comput par épacte étant fondé sur les lunes moyennes, qui peuvent néanmoins précéder ou suivre les vraies lunes de plusieurs heures , la pleine lune de Pâques peut tomber un samedi lorsque l’épacte la met au dimanche , et au contraire ,1’épacte peut mettre au samedi la pleine lune qui est réellement au dimanche. D’où il suit, que dans le premier cas , la pâque est célébrée huit jours plus tard qu’elle ne doit l’être ; dans le second , elle est célébrée ;le jour de la pleine lune avec les / Tom. 11 , 2 e . part. 14

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ï 5 g 0 g.. juifs, ce qui est défendu par le concile de Nicee. ^ . r* ■.!, .. /

Les protestans (i) appelèrent calendrier réformé ou corrigé , celui où, sans s’embarrasser de tout l’appareil des nombres d’or , des épactes et des lettres dominicales en usage à Rome , on détermine l’équinoxe avec la pleine lune de pàques , par des calculs astronomiques, suivant les tables rodolphines. Ce calendrier fut intro-j duit dans les états protestans d’Allemagne en lyoo. On retrancha onze jours au mois de février 5 il n’eut que dix-huit jours. Par ce moyen , le style corrigé revint à celui du calendrier Grégorien. Les protestans ont ainsi reçu , pour un certain temps , la forme de l’année grégorienne , jusqu’à ce que la quantité ' réelle de l’année tropique étant enfin déter-r minée par des observations astronomiques d’une manière exacte , on trouve une. forme plus parfaite.

( 1 ) Un édit public, «n i58a, admet en France la réformation du calendrier Grégorien. On retrancha dix jours au mois d’octobre, en comptant iâ au lieu de S.

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