‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 50 sur 101 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

Le duc de Guise aspire ouvertement à la couronne. Nouveau caractère de la ligue.

Le cardinal de Bourbon prend le titre de premier prince du sang.

P AR la mort du duc d’Anjou, le roi de Navarre devenait héritier présomptif de la couronne de France , parce qu’on regardait comme une chose certaine , que Henri III n’aurait pas d’enfans. La ligue , dont les pas avaient été quelquefois tortueux , prit alors son véritable caractère. Ses émissaires , répandus partout ,

(i) Harseus , ann. biabanç. Strada de Beilo Belgtco.

» 533—84. a ® scta * ent degémirsurlcs dangers de la religion roittai ue'et sur le triomphe prochain de l’hérésie, si le roi de Navarre Ou le prince de Condé montaient sur le trôné. Henri III n’était pas épargné dans leurs invectives. La versatilité de son gouvernement, les nouveaux impôts dont iJ surchargeait le peuple, ses profusions scandaleuses pour d’indignes favoris , ses déhanches qu’il prétendait cacher par des pratiques de religion puériles et ridicules , prêtaient une ample matière à la critique.

Pour le décrier davantage , on publiait qu’il était fauteur secret des hérétiques de France , et protecteur déclaré de ceux d’Allemagne, de Genève et de Hollande.

Presque tous les prêtres et les moines soufflant le feu de la rébellion, entraînaient aisértïfeüt uhe multitude crédule et légère. On proposait de reléguer parmi les moines un prince , qui n’avait pas honte de se revêtir en public

d’un habit de moine, de porter un rosaire et ûne discipline ù la ceinture , et de se faire appeler frère (t) Henri par les compagnons de ses mascarades religieuses.

Henri , dac de Guise , pour donner à ses desseins le temps d’acquérir leur maturité, avait

( 1 ) Histoire de Pierre Mathieu, liv. 8. Journal de Henri III. Mém. du duc do Nevors , tout . a.

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«engagé le cardinal de Bourbon, frère d’An- , 583—84 loi 11e de Bourbon , roi de Navarre , tué au siège ■de Rouen , oncle par conséquent de Henri IV, de $e donner pour héritier de la couronne et -de mettre son nom à la tète de la ligue. Le vieux cardinal , flatté de voir ses cheveux blancs destinés à porter nne couronne , ne s’aperçut pas du piège qu'on lui tendait ; il prit le titre de premier prince du sang et publia un manifeste dans lequel il recommandait aux Français de ne reconnaître pour roi que des princes catholiques. Dans cette déclaration (î), les ducs de Lorraine et de Guise étaient qualifiés lieutelians généraux de l’union catholique de France.

Elle était souscrite par l,e pape , l’empereur , le roi d’Espagne , le duc de Savoie , les représentai des cantons Suisses , où la religion catholique était dominante, les archevêques de Cplogne et de Mayence, les dtics de Ferrare, de Clcves , de Parme èt le grand maître de Malte.

Plusieurs (2) historiens espagnols assurent que

( 1 ) Daniel, Hist. de France, tom. 6.

(s) Eu i583, l’ingénieur. Louis 4e Foi*, -natif de Paris, çpmrnença à bâtir le phare à l'embouchure de la Gaïonne , auprès d’une vieille tour nommée la Tour de Cordouan. Quelque temps auparavaut, les flots. de la mer, ayant comblé l’embouchure de l’Adour, et forcé

2l6 HIST. DE ER. , II e . P., l. V.

Philippe avait trouvé dans les papiers de Juan d Autriche, un traité d’alliance offensive et défensive, avec Henri duc de Guise, dans lequel ces deux hommes également ambitieux se promettaient des secours mutuels , l’un pour parvenir au trône de France , l’autre à la souveraineté des Pays-Bas , et que sur cette découverte fut tracé l’acte d’union entre les princes de la maison de Lorraine et les ligueurs d’un côté , le pape et le roi d’Espagne de l’autre pour maintenir la religion catholique en France et dans les provinces belgiqucs, ainsi que pour exclure du trône de France , les princes delà maison de Bourbon , appelés dans cet acte , hérétiques et relaps.

Cet amalgame fut la véritable cause du mauvais succès des Guise j ils devaient prévoir que Philippe II , en se mêlant des affaires de France , s’occuperait presqu’uniquement à les embrouiller ; que se repaissant , comme son père, du chimérique espoir de la monarchie universelle , il envisagerait dans les désordres causés par lui-même, l’espoir , plus ou moins prochain , que les Français affaiblis et divisés lui opposeraient une médiocre résistance quand le temps serait venu de les subjuguer (1).

cette rivière à se creuser un autre lit, il la contraignit , par des digues, à reprendre son ancien cours. >

(i) L’office de colonel général de l'infanterie française

Di

2lf

Philippe II avait été marié successivement j5g3 b4 à Marie , infante de Portugal , à Marie reine d’Angleltere, et à Isabelle sœur de Henri J U , et à Anne, fille de l’empereur Maximilien II } il ne lui restait de ces quatre hymenées que la princesse Isabelle - Claire - Eugénie , bile d’Isabelle de France, et Philippe, fils d’Anne d’Autriche, enfant de six ans, dont la santé chancelait. 11 n’était pas improbable que la succession à la monarchie espagnole regardât un jour l’infante Isabelle-Claire-Eugénie. Cette princesse pouvait aussi devenir héritière de l’empire français , si les peuples restaient plus attachés aux principes des ligueurs quà ceux

de la loi salique. . * f

Sur ce calcul de probabilité, le roi d Espagne réglait les secours donnés par lui à la ligue , assez considérables pour l’empêcher de succomber , mais trop faibles pour la rendre victorieuse des protestons français. Ce prince , en fomentant ainsi les troubles de F rance , espérait que les Français abattus par lexccs de l’infortune , se jeteraient dans ses bras pour y mettre un terme. Eu attendant, il se considérait comme le chef des catholiques français,

fut érigé, en 1 584, en charge de la couronne, en faveur du duc d’Épernou ; les lettres patentes furent enregistrées l’anuée suivante au parlement de Paris.

et regardait le duc de Guise comme son lieutenant. Se croyant destiné à régner en France ou sous son nom , ou sous celui de sa fille il eût été bien sûr de réduire alors les Hollandais sous son obéissance; cette considération l’empêchant de seconder efficacement les efforts faits par le duc de Parme pour subjuguer les Hollandais, laissait à leur république le temps de s’affermir.

Jean-Baptiste Saxis et Juan Mortes se rendirent à Joinville de la part du roi d’Espagne. Us conclurent avec les ducs de Guise et de Mayenne et un agent du cardinal de Bourbon , le 2 janvier i585 ( 1 ), un traité portant en substance , que dans le cas où le roi de France viendrait à mourir sans postérité ntûle , Je cardinal de Bourbon lni succéderait à l’exclusion des princes protestans , et que pour fermer à jamais le chemin du trône à ces princes protestans , des troupes suffisantes seraient assemblées. Le cardinal de Bourbon.promcttait qu’arrivé sur le trône , il ferait la guerre aux réformés jusqu’à leur entière extermination ; qu’il tiendrait la main à l’étroite observation des décrets du concile de Trente ; qu’il renoncerait à toute liaison politique avec la Porte Ottomane, et qu’il

‘ '(î) Leonard, Recueil des traités, lom. 2. Davila, • guerr- civ. de Friluce, liv. 7. . -

tioogle

donnerait au roi d’Espagne des secours convenables pour lui aider à conquérir les provinces révoltées contre lui , dans les Pays-Bas.

Philippe 11 promettait un subside de cent cinquante mille francs par mois pour l’entretien de l’armée française , et les troupes nécessaires pour seconder les efforts des ligués tant durant la vie de Henri HT qu’apres sa mort. 11 prenait sous sa protection spéciale le cardinal de Bourbon , les princes de la maison de Guise, les ducs de Mercœur et de Nevers et les autres chefs de la ligue. Un article secret assurait au duc de Guise une pension de deux cent mille écus au soleil.

Jusqu’alors trois grands partis parfaitement prononcés avaient partagé la France. Le parti protestant, dirigé par lé roi de Navarre et le prince de Condé , celui dfcs catholiques dont les princes de Lorraine ëti&tent les chefs, et celui des politiques , à ha tète desquels se trouvaient les Montmorency. Le duc d'Epemon l'embrassé dans la suite. Ce troisième parti regardait les ligueurs et les protestans comme des factieux armés pour anéantir les lois de leur pairie, sous prétexte de défendre leur religion. Les chefs publièrent quelques écrits pour justifier leurs vues : ceis écrits respirent l’impartialité. Les ligueurs , en y répondant, s’attachaient surtout à repousser les soupçons jetés sur les princes lorrains d’aspirer à la couronne.

i2 ° HIST. DE FR. , II*. P. , L. V.

mM5. Chaque parti prétendait avoir terrassé ses rivaux parla force de ses raisons, comme il arrive toujours dans les luttes polémiques. La multitude restait dans son incertitude. De là naquit la guerre des trois Henri , parce que Henri III , Henri roi de Navarre , et Henri duc de Guise semblaient la conduire chacun pour son compte, quoique Henri III et le duc de Guise parussent avoir des intérêts communs.

Un quatrième parti s’élevait dans l’ombre et le silence. L’or de l'Espagne eu était particulièrement le moteur secret# Cet te faction fut connue sous le nom de ligue des Seize , non qu’elle fut conduite par seize principaux personnages , mais parce que son siège principal étant dans Paris, les chefs gouvernaient ou plutôt soulevaient les seize quartiers de Paris (i) , comme durant la révolution nous avons vu un petit nombre de jacobins gouverner ou soulever les quarante-huit sections de celte capitale.

L T n bourgeois nommé Laroche Blond , Jean Prévôt, curé de Saint-Séverin , Jean Boucher, curé de Saint-Benoît, Guillaume Rose, évêque de Senlis, et Mathieu de l’Aunay , chanoine de Soissons , furent les premiers auteurs de cette association particulière , dont les efforts furent multipliés dans la suite pour transporter la couronne sur la tète de l’infante Isabelle-CIaire-Eu-

(i) Hduault, tom. 2.

génie , ou de Philippe II son père. Les premiers associés se répandaient en secret dans les maisons de Paris ; ils firent en peu de temps un nombre prodigieux de prosélytes. Tous les arrêtés se prenaient verbalement dans celte société. La multitude des confédérés en trahit / rarement les secrets.

Les assemblées administratives des Seize se tenaient aux Jacobins de la rue Saint-Honoré, dans le local où , durant la révolution de 1789, nous avons vu la société des jacobins tenir ses séances. Ces assemblées se composaient d’un petit nombre d’individus les plus ardens, les plus fanatiques. Des émissaires attendaient respectueusement à la porte les oracles du conseil pour les transmettre aux intéressés. Un triple serment enchaînait les membres de la confédération. Ils s’obligeaientà tout entreprendre, même aux dépens de leur existence, contre l’hérésie , l’hypocrisie et la tyrannie. Le premier serment regardait le roi de Navarre; le second avait pour but les favoris de Henri III ; le roi luimême était l’objet du troisième.

Senaut , commis au greffe du parlement de Paris, développa le premier , dans l’assemblée des Seize , la délicate question du pouvoir conservé par une nation sur la personne de son roi , de son droit de changer son gouvernetnent; il préludait, par ces recherches inusitées, à la proposition d’abolir la loi salique.

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