‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 51 sur 101 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Henri III, craignant d’élre écrasé par les Guise , engage le roi de Navarre à quitter la religion réjormée.

H E n R i III apercevait un peu lard l'abîme creusé sous ses pas. La reine mère , à laquelle tous les partis eussent été indifférent , pourvu qu’elle les gouvernât en souveraine, avait n> gné successivementsous le nom de ses trois fils. Elle s’était attachée tantôt aux catholiques , tantôt aux protestans pour conserver son pouvoir. Sa politique timide lui montrait les Guise d’un côté , les Bourbon de l’autre', comme les oppresseurs de ses enfans. Elle repoussait les uns parles autres , et régnait durant le combat. Elle eût désiré de placer sur le trône , après la mort de son fils, la seule de ses filles qui eût alors des enfans mâles. C’était Claudine , femme de Charles II , duc de Lorraine. Cet événement of* frait l’avantage de réunir à la France une superbe province. Les Guise , intéressés à faire tomber Ja couronne en quenouille , inspiraient à la reine des sentimeus d’aversion pour le roi de Navarre.* qui n’avait point d’enfans de Marguerite de France , son épouse. D’ailleurs , si les usages s’opposaient en France à ce qu’une femme por-

tàt le sceptre , Médicis pouvait le faire passer au prince de Lorraine , pelit-fïls de France.

Le duc de Guise travaillait pour lui-même, et profitait des dispositions de la reinp mère sans se laisser pénétrer par cette princesse. Nul, ne savait son secret , ou plutôt il en avait un, différent pour chacun de ceux avec lesquels^ iltraitait pour l’exécution de ses grands desseins» Ses promesses au pape , au roi d’Espagne , au, duc de Lorraine , chef de sa maison , au cardinal de Bourbon èt à la reine mère , étaient contradictoires. Chacun le favorisait croyant n’obéir qua ses intérêts. -/-

. Bientôt ces particularités ne furent plus un secret pour Henri III. D’ailleurs il entendait, les clameurs des moines qui faisaient retentir les chaires du projet de le reléguer dans un cloître j mais il .pensait que les intérêts divers des chefs de parti le sauverait de leurs fureurs. Cependant il résolut de solliciter secrètement Henri IV d’abandonner la religion réformée , en lui promettant de le faire reconnaître, en qualité de son successeur. Cet événement eiq détruit toutes les vaines résolutions des ligueurs et de la faction des Seize. Le duc d’Epernon fut chargé de cette commission délicate (i). Presque tous les principaux capitaines de Henri IV

(1) Mathieu, liv. 8. Mém. d’état. (9m. a.

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lui conseillaient de ne pas balancera satisfaire ie roi. On assure que Roquelaure voyant le ministre Marrnet s’échauffer (i)sur l’article de la religion, lui demanda brusquement si une paire de psaumes à la huguenote pouvait entrer en concurrence avec une couronne. Jean de Salignac et le comte de la llochefoucault, ajoutaient que les propositions de Henri il I devaient être acceptées sans délibérer ; mais les ministres , dont l’autorité sur l’esprit des peuples influait nécessairement sur les décisions du roi de Navarre , et qui , dans une assemblée générale tenue peu de temps auparavant dans Montauban, avaient exigé de ce prince un nouveau serment de persévérer jusqu’à la mort dans la religion réformée , s’opposaient de concert à cette résolution.

L’avis (a) des ministres protestans était soutenu , non - seulement par Philippe Duplessis - Mornai et d’Aubigné , confident intime du roi de Navarre, mais par son chancelier Arnaud du Ferrier, attaché à la religion catholique , personnage d’un esprit très-délié, et d’une profonde érudition, et qui s’était fait beaucoup d’honneur durant son ambassade au

(1) Daniel , Hist. de France , liv. 6 . De Thou, Hist. , liv. 80. Mém. de Villeroi , tom. 3.

(a) Davila , guerr. civ. de France , liv, 8.

concile de Trente. Craignant cjue Henri en acceptant les propositions tin roi ne se rendît méprisable et ne fût abandonné de son parti, ils remontraient que rien n’était plus fragile que les espérances dont on le flattait ; que le roi dans la force de l’àge pouvait avoir des enfans, et qu’alors les anciennes animosités venant à se raHumer, le roi de Navarre deviendrait la fable de la cour. Les deux rois se trouvaient à peu près du même âge : il était incertain le* quel survivrait à l’autre. N’était-il pas d’une imprudence extrême de se réduire à un esclavage certain pour des espérances si reculées et si douteuses? Etait-il raisonnable au roi de Navarre de se dépouiller de son autorité sur sou parti pour se mettre à la discrétion de ses ennemis, dont il ne pouvait méconnaître 1’acliarnement. On connaissait la faimfessc de Henri III ; il se servait du roi de Navarre pour se tirer de l’embarras dans lequel les ligueurs le mettaient, et il le leur sacrifierait peut-être pour avoir la paix. Enfin ils ajoutaient : « Le roi de Navarre peut-il, sans frémir, «aller se remettre en prison dans ce Louvre où , sous ses yeux , tous ceux qui lui étaient attachés avaient été massacrés à la sollicitation de cet Henri 1 1 f ^ qui lui destinait probablement le même sort, » Henri refusa d’abandonner la religion réformée et de venir à la cour. 11 offrit simplement au roi le secours de sa personne et les forces Tom. II , a®, part. i5

! ■ de son parti s’il jugeait convenable de les em-

ployer pour dompter les ligueurs. Il fut aussi question , dans cette conférence, de la restitution des places de sûreté accordées aux réformés par l’édit de pacification ; le terme fixé pour les rendre était expiré. Le roi de Navarre re- , présentait que dans un temps où les réformés étaient publiquement menacés par les ligueurs , ils étaient en droit de demander de nouvelles sûretés, loin de se dessaisir de celles qu’ils avaient dans leurs mains. Il priait en conséquence le roi d’excuser son refus et d’en rejeter la faute sur les préparatifs hostiles de la ligue.

Mille pamphlets circulaient dans Paris , dans lesquels on assurait que le duc d’Epernon avait porté , -de la partadu roi , six cent mille francs au roi de Navâms, et que ces deux princes étaienrd’accord pour rendre la religion protestante dominante en France. Duplessis Mornai fit imprimer une brochure dans laquelle il rendait un compte exact de la négociation du ' duc d’Epernon, et des raisons balancées dans le conseil du roi. de Navarre. Il résultait évidemment de cet écrit que Henri III ne cherchait pas à se ligner avec les réformés au préjudice de la religion catholique , comme le publiaient les ligueurs , mais qu’il avait seulement voulu engager le roi de Navarre et le prince de Coudé à rentrer dans le sein de l’église ca-

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tl.olique ; qu’il était 'également faux que Henri lil eût accordé de bon gré aux protesta»»

la permission de garder les places de sûreté ; .mais que ceux-ci , tonnés sur des raisons plausibles , refusant de tes rendre, le roi paraissait tolérer ce qu’il uc pouvait empêcher , pour ne pas forcer les réformés à reprendre les armes dans le temps où il avait tout à craindre de la part des ligueurs.

Une circonstance particulière donnait de la consistance aux soupçons lancés dans le public par la ligue. Les états généraux des Provinces- Unies, après avoir déclaré stndliouder Maurice, fils de Guillaume , prince d’Orangc, offraient a Henri III de le reconnaître pour leur souverain. Les états de Brabant et de Flandre faisaient les mêmes offres. Presque tous les historiens ont blâmé ce prince d’avoir manqué l’occasion de réunir à la France les provinces des Pays-Bas, sans faire attention que, chancelant sur son trône ébranlé par le fanatisme , il lui était impossible d’entreprendre une guerre contre l’Espagne.

Bernardin de Mendosa , ambassadeur d’Es- .pagne , s’était plaint de ce que le roi avait donné audience aux députés d’un peuple regardé à Madrid comme rebelle. Henri III conaais&ut le traité conclu à Joinville, entre le roi d’Espagne et les ligueurs. Il répondit au ministre castillan que les antiques liaisons entre la cou-

ronne de France et les Flamands suffisaient sans doute pour l'autoriser à les protéger ; qu’il s’en était cependant abstenu pour ne pas rompre la paix subsistante entre la France et l'Espagne . quoiqu’il fût parfaitement informé de la violation de cette paix, faite par le roi d’Espagne dans un article secret; mais qu’il ne craignait ni les menaces , ni les forces , ni les machinations d'aucune puissance. Le roi pensait que cette réponse, laissant en doute s’il protégerait ou s’il ne protégerait pas les habi- 4 tans des Pays-Bas , déterminerait le cabinet de Madrid à garder la neutralité. Il en arriva autrement. Philippe II se hâta d'allumer un incendie en France, pour empêcher Henri III de jeter des matières combustibles sur celui qui ravageait les Pays-Bas.

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