CHAPITRÉ XXIII
Proclamation publiée par Henri III.
H E N Ri III , instruit que les ligueurs levaient des troupes de toutes parts , se contenta d’abord de publier une déclaration adressée aux gouverneurs des provinces. Il y protestait que toutes ses démarches avaient pour unique but
raffermissement de la paix en France (1), et que ses soins seraient couronnés du plus heureux succès , si des séditieux , abusant de la religion catholique, ne traversaient ses vues bienfaisantes, en semant parmi le peuple de fausses terreurs. Il condamnait toute ligue ou association dans le royaume , sous peine de désobéissance , et faisait défense à quelque personne que ce fût de lever des troupes sans sa permission expresse par écrit, sous peine de haute trahison. Cette ordonnance ne ralentit pas les arméniens des ligueurs.
Il était temps de prendre d’autres mesures pour leur résister. Henri se flattait de trouver des ressources suffisantes pour réprimer les ligueurs sans recourir aux réformés. Persuadé que non - seulement le roi de Navarre garderait une entière neutralité dans cette occasion, mais que , pour abaisser la ligue dont il avait tout à craindre , son parti favoriserait l’armée royale , sans qu’il fût nécessaire de contracter une alliance dont le seul projet servait de prétexte pour soulever les catholiques , il rassemblait scs forces aussi rapidement qu’il lui était possible.
A peine cette résolution commençait à
(1) Mém. du duc de Ncvers, tom. a. Lettre d»
Pisani , ambassadeur de France à Rome.
s’exécuter, que la faiblesse de la cour frappait tous les yeux. Dix-huit mille Suisses avaient été levés pat* le beau-frère du secrétaire d’état Villeroi. Les ligueurs , maîtres de la Bourgogne et de là Champagne , né permirent pas à cette armée de joindre le roi. Le comte de Schomberg, envoyé én Allemagne pour y lover de la cavalerie , avait été arrête en Lorraine. Le duc dé Lorraine , neutre durant les guerées civiles précédentes /entrait alors dans les projets des princes cadets de sa maison , dans l’espoir d’obtenir le trône de France pour lui ou pour son fils.
La noblesse divisée se rendait en petit nombre auprès du roi 3 les négocians , les manufacturiers et les agriculteurs resserraient léué argeul; les bruits de guerre rendaient la perception de* impôts presqu’impossible. Le cardinal de Bourbon s’étànt retiré dans son château de Gaillon, à quelques licites de Rouen, il y fut reçu par un grand nombre de ligués , qui Je conduisirent à Péronne, berceau de la ligue. Les ducs de Guise, de Mayenne , d’Aumale et d'Elbeuf vinrent le trouver dans Cëtte ville. On y publia un manifeste signé par le ( Cardinal de Bourbon seulement , quoiqu’il parût le vœu des princes, des pairs ? des gentilshommes des villes et des villages catholiques de Fraücej il était conçu en ces termes.