CHAPITRE XXVI
Mort • de Grégoire XIII. Sixte - Quint lui succède. Précis de son gouvernement. Il excommunie le roi de Navarre et le prince de Condé.
Grégoire XIII venait de mourir ; les cardinaux avaient placé sur le trône de l’Eglise le célèbre Sixte-Quint , Félix Perreti , cardinal de Montalte. Ou sait que ce pontife passa par tous les états de la vie humaine. 11 avait gardé les pourceaux ou les moutons dans sa jeunesse. Reçu par charité dans Pordre des Cordeliers , son application au travail et sa capacité le firent distinguer: il ot^ëpa successivement toutes les dignités de son ordre. Se trouvant inquisiteur à Venise , il eut quelques démélés avec le sénat et prit la fuite. Comme on le raillait sur son évasion furtive , il répondit, disent les biographes dont nous tenbns savie : qu’ayant fait vœu de devenir pape, il 11'avait garde de se faire pendre. Le père Perreti fut fait évéque en 1068, par Pie V, qui lui donna , peu de temps après, le chapeau de cardinal. Il prit alors le îiorn de cardinal de Montalte. Voyant la route du pon- Tom. II, 2 e . part. ‘ 16
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tificat ouverte devant lui , il ne songea plus qu’à y parvenir.
Dans cette vue il parut renoncer insensiblement aux affaires , se plaignant d’une vieillesse prématurée et des infirmités qui l’accompagnent. A peine paraissait-il avoir la force de se soutenir. Il affectait une toux qui semblait devoir le conduire en peu de temps à son dernier gîte. Grégoire XIII mourut, et les cardinaux se divisèrent pour le choix de son successeur. Ne pouvant s’accorder , ils jetèrent les yeux sur le cardinal de Montalte , dont ils croyaient què la vie prête à s’éteindre, leur donnerait à peine le temps de s’entendre pour lui donner un successeur. ... / .
Gregorio Letti , dans son histoire de Sixte- Quint, raconte que ce pontife se voyant assuré de son élection , sortit de sa place sans attendre la fin du scrutin, et qu£, jetant au milieu de la chapelle le bâton sur lequel il s’appuyait, on le vit se redresser comme un jeune homme.
Si ce fait est vrai, il est à présumer que Sixte- Quint voulait faire connaître par celte action quelle serait la vigueur de son gouvernement. Grégoire XIII passait pour avoir été doux jusqu’à la mpllesse; on n’eut pas le même reproche à faire à son successeur. Jamais homme nese montra plus exact à remplir ses devoirs que Sixte-Quint. La sévérité avec laquelle il rendit la justice ramena la sûreté et l’abondance dans
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l’état ecclésiastique. Cette sévérité impartiale s’étendit non - seulement sur les malfaiteut-3 dont il purgea ses états , mais sur les juges corrompus par l’argent ou par les brigues* Dès la première année de son règne , il fit trancher la tête au comte Popoli, regardé comme le protecteur d’une troupe de bandits qui infestaient la campagne de Rome sous le dernier pape.
Sixte fit relever l’obélisque de Sésostris, donlt la place de Saint - Pierre est décorée. Ce superbe monument de la magnificence romaine était tombé , comme cette antique république , dans la poussière et dans l’oubli. Jbles il et Paul III avaient conçu le dessein de le replace? sur un piédestal; mais ils n’eurent pas le cou*rage de l’exécuter : cette gloire était réservée à 8ixte*Quint. *• ’ '
« Le dernier avril 1 586 , on commença cét ouvrage* et le io septembre l’obélisque fut placé devant la basilique de St.*Pi«rre * patrie travail combiné de huit cents hommes et dç soixante chevaux. C’était le seul obélisque resté entier sous les ruines de Rome. Sixte ne laissa pas d’en faire relever plusieurs antres fils furent érigés dans le» places publiques. Le/MdfauQairinal manquait d’eau , Sixte y éleva une magnifique fontaine , dans laquelle il fie conduira l’eau nécessaire par nn vaste aqueduc.- Cet ouvrage coûta un million de ce temps - là, qui en vaudrait quatre aujourd'hui* Sixte fut
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encore le fondateur de Ja bibliothèque vaticane et le restaurateur du palais de Latran.
Mais son principal ouvrage fut la coupole de St.-Pierre de Rome, line restait dans ce monde que trois monumens de ce genre. Une partie du dôme du temple de Minerve , dans Athènes, celui du Panthéon et celui de Ste. -Sophie , à Constantinople. Ces coupoles , assez élevées dans l’intérieur , paraissaient écrasées en dehors. Brunelleschi remédia à ce dé faut au quatorzième siècle , en établissant deux coupoles l’une sur l’autre , dans la cathédrale de Florence ; mais ce magnifique ouvrage tenait encore un peudu gothique. Michel-Ange Buonarota , peintre , sculpteur et architecte , également distingué dans ces trois genres , donna , sous le pontificat de Paul III, le dessin des deux dômes de St.- Pierre. Sixte-Quint , employant six cents ouvriers , fit construire en vingt-un mois cet ouvrage , d’une perfection dont rien n’ap-
i-Quint , après cinq ans de règne , mourut en idço, sans qne sa maladie lai eût fait interrompre un seul instant ses travaux ordinaires. Il avait coutume de dire^comme Vespasien , qu’un prince doit mourir debout j sa conduite justifia ses discours.
Ennemi des vices, protecteur de la vertu, judicieux , magnifique , ami des lettres:, il passait les nuitsuntières à étudier, après avoir
proche
employé la journée- aux affaires de l'église et de J état. Son exemple prouva qu’il naît quelquefois hors des châteaux des hommes capables de porter une couronne avec dignité. Il laissa un trésor de cinq millions. Sa grande sobriété lui permit de les amasser, malgré les immenses dépenses publiques qui avaient signalé son pontificat.
Les ligueurs s’étaient adressés à ce pontife. Ils le sollicitaient de seconder leurs armes par les foudres de l’église , pour accélérer la ruine entière des protestons de France. La conduite tenue dans cette occasion par Sixte-Quint pourrait étonner , surtout en réfléchissant qu’on lut entendit diréplusieurs fois, qu’il ne connaissait que trois monarques dignes de gouverner les hommes : la reine Elisabeth , Henri IV et lui. Mais il faut toujours considérer les papes scrus deux aspects, comme souverains d’un état et comme princes de l’église. En montant su» le trône , il parut d’abord regarder les (1) ligueurs comme des séditieux , mais bientôt les préventions de son siège l’emportèrent sur les autres considérations. Il publia contre le roi de JNavarre et contre le prince de Condé cette bulle , dans (a) laquelle les appelant généra-
it) Mém. du duc de Nevèrs.
( 2 ) Datée du 10 septembre 1 585. • — • '
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•fion bâtarde et détestable de la maison de Bourbon , il les prive de leurs états et délie leurs vassaux du serment de fidélité prété par eux à ces deux princes.