CHA.PITRE XXVII
Effets de la bulle du pape.
iSixte-Quint était trop éclairé pour ne pas sentir l’injustice et le ridicule de cet anathème , et combien dans des circonstances moins orange uses , il aurait été méprisable. Ilencourageait -les ligueurs dont en secret il condamnait sans doute la témérité comme souverain , mais dont la'conduite pouvait lui être avantageuse comme pontife.
. Le roi de Navarre ayant eu connaissance de la bulle, en appela au futur concile, et fit afficher son appel dans Rome même. Il dépêcha un agent au roi pour lui remontrer combien l’insulte qu’il venait de recevoir pouvait rejaiL Jir sur sa couronne elle-même. En effet, si le pape s'ingérait de décider , de la succession au trône de France , n’était - il pas à craindre qu'étendant bientôt sa juridiction à la couronne même , il n’entreprit un jour de dégrader, la postérité de Hugues Capct, comme autrefois
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le pape Zacharie avait dégradé le roi Childérie III. Le parlement voulait faire lacérer la bulle par la main du bourreau , et punir exemplairement ceux qui l’avaient sollicitée. Henri Iïl , absolument dominé par les ligueurs, ne permit pas que cette justice fut rendue*; il se contenta d’en prohiber la publicationen France. Ce rescritde Rome serait resté enseveli dans le silence s’il n’eût été divulgué en plusieurs endroits parles ligueurs , et surtout par les moines dans les chaires.
Plusieurs évêques regardaient la conduite de Sixte-Quint comme attentatoire aux libertés de l’cglise gallicane. Ainsi la cause des princes de la maison de Bourbon commençait à deveuir favorable aux yeux même de ceux qui les avaient jusqu’alors persécutés , et la haine que leur portait une grande partie de la nation s’affaiblissait insensiblement. Sixte-Quint lui-même , vivement piqué d’abord du mépris avec lequel sa bulle avait été reçue en France , changeant peu h peu d’opinion , refusa’ de fournir de l’argent aux ligueurs pour les frais de la guerre sainte ; ce qui dérangea leurs projets, parce qu’ils s’attendaient à recevoir de Ja cour de Rome un million de ee temps-là.
Le roi de Navarre ne négligeait rien de ce qui-pouvait justifiersa- cause auprès de tous les ordres de l’état. 11 prenait en même temps les mesures nécessaires pour repousser les efforts.
de ses ennemis. Il rassemblait de toutes parts des troupes , fortifiait ses places , les munissait abondamment de vivres , rassemblait de l’artillerie, des munitions et de'l’argent, et sollicitait avec instance la noblesse de son parti de ge réunir sous ses drapeaux.
Parmi ses principaux partisaus , le maréchal de Montmorency , connétable dans la suite , lui assurait toutes les* forces du . Languedoc ; le comte de Montpensier et son fils le prince de Dombes , étaient gouverneurs du Poitou; le prince de Condé tenait une partie du Poitou, de la Xaintonge et de l’AngoUmois ; le prince de Conti et le comte de Soissons possédaient des terres considérables au sud de la Loire. Ces princes professaient la religion catholique , excepté le prince de Condé; mais alors tout lë parti politique embrassait les intérêts du roi de „ Jfavarre contre les ligueurs, dont on savait que le véritable but était d’exclure du trône toute la maison royale. *
On comptait encore parmi les réformés les plus considérables, François de Bonne de Lesdiguières, parvenu, par sa valeur et par ses lalens , à un si haut degré de puissance que, maître de la plus grande partie du Dauphiné et de la Provence, il faisait trembler le duc de Savoie; Hercules et Réné de Rohan,, et Claude de la Trémouille-Thouart , très-puissans en Poitou et en Bretagne; Henri, vicomte
<le Turenne; le duc de Bouillon, maître de Sédan; Cbâtillon, fils de l’amiral; François, comte de la Rochefoucault ; Théodore Agrippa d’Aubigné, de qui nous avons nue histoire de ces troubles; Georges de Clermont d’Amboi$e, Jacques de Caumoni la Force, Saint-Gclais , Lansac , de Pons , d’Aubeterre , et un grand nprnbre d’autres capitaines célèbres. On assure que les favoris de Henri 111, attaqués ouvertement par les ligueurs, .et en secret par les Guise , favorisaient eux - mêmes les réformés. Tantôt ils leur donnaient des avis secrets et utiles; quelquefois ils leur procuraient des secours effectifs. La reine d’Angleterre et les princes protestans d’Allemagne secouraient le roi de Navarre de tout leur pouvoir. Ce prince n’eut plus l’appréhension d’être accablé sans avoir moyen de se défendre.
Des obstacles secrets arrêtant l’impétuosité des ligueurs, au lieu de la guerre vive et opiniâtre à laquelle ils avaient lieu de s’attendre, les années t585 et 1 586 se consumèrent en intrigues secrètes sans être signalées par aucune opération militaire de conséquence.
Henri III ayant fait enregistrer au parlement ï’édit de Nemours ( 1 )., à peine se mettait- ou en devoir de l’exécuter, qu’une déclaration,
„ ( 1 ) Mathieu, liv. 8. Cayer, liv. 2 .
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publiée par le roi de Navarre , traitait les catholiques , dans les pays dont ce prince était le maître, comme les protestans étaient traités dans les autres provinces. L’effet de ces deux déclarations eût été de chasser tous les catholiques et tous les protestans de leurs propriétés. L’excès de cette rigueur en opéra forcément la modération : les catholiques se contentèrent de chasser les ministres protestans; le roi de Navarre se contenta, de son côté, de chasser les gens d’église et de s’emparer de leurs biens.