CHAPITRE XXVIII
Les catholiques et les protestons entrent en campagne.
Dès que la saison permit de tenir la campagne , une armée allemande et suisse , composée de vingt-sept mille hommes cavalerie et infanterie, pénétrait en France; elle traversa la Lorraine et la Champagne; le baron d’Hona la commandait en chef en qualité de lieutenant général du prince Casimir. Guillaume de la Mark , duc de Bouillon , se réunit à cette armée avec deux mille fantassins; de Mouy lui amena de Genève deux cents cavaliers et huit cents hommes d’infanterie. Le roi de Navarre avait rassemblé auprès de la Rochelle les milices du Bearn , de la Guienne et du Poitou. Si les troupes venues d’Allemagne et de Suisse, les milices do Dauphiné et de Provence fussent arrivées, cette armée aurait pu monter à quarante mille combattans. On y voyait le prince deCondéetsesdeux frères, le comtede Soissons et le prince de Conti à la tète des réformes de Normandie. Le vicomte de Turenne , le duc de la Trémouille, le duc de Rohan, le comte de ' Montgommeri, Le marquis de Galerande , le
2Ô2 HIST. DE FR., II e . P. , L. V.
baron de Salignac et les principaux capitaines réformés voulaient s’avancer vers la Loire pour opérer leur jonction avec les Allemands, mais il fallaii combattre une armée supérieure , commandée par le duc de'Joyeuse.
Henri III (i), conduit par une impulsion dont il n’était plus le maître, avait réuni les troupes royales à celles de la ligue } l’arrièreban était publié, et toutes les compagnies d’ordonnance se rassemblaient sous la bannière du roi. La cour avait levé quatorze mille hommes
d’infanterie française et huit mille hommes »
d’infanterie suisse. Le dessein de Henri III était, après avoir envoyé le duc de Joyeuse dans les provinces méridionales, de commander son armée en personne dans les environs de Paris ; mais l’inquiétude que lui causaient les Parisiens l’arrêtait j les prédicateurs et la ligue des Seize ne cessaient de soulever le peuple et d’exciter des séditions fréquentes. On méprisait, dans celte capitale, non-seulement la voix du monarque , mais même celle du parlement, respectée jusqu’alors.
J’ai observé précédemment que le conseil mystérieux de la ligue des Seize s’était assemblé
(i) Arrêté étrange de la Sorbonne , que l’on pouvait Atcr le gouvernement aux princes qu’on ne trouvait pas tels qu’il fallait, comme. l’administration aux tuteurs qu’on' avait pour suspects. Daniel.
assez long-temps au couvent des dominicains ["587^ de la rue Saint - Honoré ; mais depuis que Nicolas Poulain, lieutenant du prévôt de l'Islede-France, avait révélé au roi l’existence de ce conseil , ceux dont il était composé , craignant d’être arrêtés, tenaient leurs assemblées tantôt dans une maison , tantôt dans une autre , mais toujours avec beaucoup de précautions. Le roi craignait chaque jour que Paris ne se révoltât ouvertement (1). Cependant à peine osait - il manifester ses appréhensions. Cette conduite timide ou circonspecte augmentait l’audace de ceux de celte faction. Ils auraient probablement 'levé le masque et déclaré Henri III déchu de sa couronne , si l'approche de l’armée allemande et le nouveau serment de ce prince d’anéantir le culte réformé , n’avaient réprimé la multitude prête à se livrer aux conseils extrêmes des chefs de la ligue des Seize, repercutés dans les places publiques, dans les maisons particulières, et jusque dans les sermons prononcés dans les églises.
Henri II l dissimulant ses appréhensions, ayant nommé VilJeqjiier , gouverneur de Paris , et laissant sa mère dans la capitale pour surveiller, en son absence, les entreprises des ligueurs, se mit à la tète de son armée dans les
(1) Davila, Goerr, civ. de France, liv. 8.
z6 4 HIST. DE FR. , II e . P. , Lm y.
environs de Meaux. Après en avoir fait la revue il confia un corps considérable au duc de Guise pour s’opposer aux progrès des Aile-’ mands, se réservant le commandement du surplus pour porter des secours à l’armée de Joyeuse ou à celle de Guise. Le duc de Nevers servaildanscette armée en qualité de mestre de camp général, et le duc d’Epernon en commandait l’avant-garde. Les forces du duc de Guise n étaient pas suffisantes pour lui permettre de lutter en bataille rangée contre celles qui lui étaient opposées. Elles marchaient lentement, embarrassées d’un bagage trop considérable, et conduites par un chef qui n’était ni assez accrédite, ni assez intelligent. Jamais cette armée ne sut prendre une position avan-r tageuse, et au lieu de songer à passer la Loire, elle s’arrêta dans les plaines de la Beauce.
Henri, roi de Navarre , après avoir recueilli toutes ses forces , se proposait de marcher à la rencontre de l’armée allemande ; le duc de Joyeuse le suivait pas à pas pour le forcer au combat avant que cette jonction. eût lieu; les deux armées furent en présence le 20 oclûr bre , auprès de Coulras.