‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 59 sur 101 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Bataille de Couiras.

L’armée de Joyeuse, où se trouvait une grande partie de la noblesse de France, était couverte d'or et d'armes éclatantes. Celle du roi de Navarre, couverte de fer, ne brillait d’autre éclat que de l’air martial de ceux qui la composaient. La première, à l’avantage du nombre , douze cents chevaux et huit cents hommes de pied plus que l’autre , joignait (1) l’autorité du roi et l’espoir des récompenses militaires; mais plus de la moitié de sa cavalerie et de son infanterie se composait de nouvelles levées. Cette armée manquait de discipline ; elle avait cent chefs au lieu d’un ; tous jeunes gens ,• élevés dans les délices de la cour , pleins de courage, mais sans aucune expérience militaire.

Dans l'armée du roi du Navarre , on voyait l’élite de son parti; des hommes qui s’étaient battus à Jarnac et à Moncontour , endurcis aux travaux de la guerre , pleins de confiance

(î) PercGse , Hist. de Henri IV. D’Aubigné, tom. 3.

dans leurs chefs , el dans les capitaines qui leur servaient de lieutenans généraux. Son nombre était de deux mille cinq cents chevaux el de quatre (i) mille cinq cents fantassins. Cette petite armée fut partagée en sept corps, quatre de cuirassiers , un de chevau - légers et deux d’infanterie. Son artillerie fut rangée sur une hauteur. I-e roi de Navarre et le prince de Coudé se placèrent au centre ; le comte de Soissons était à l’aile droite avec le comte de Montgommeri. Le vicomte de Turenne et le prince de Conli à la gauche. La Trimouille commandait la cavalerie légère \ l’infanterie , partagée en deux corps, était distribuée sur les ailes. La droite , sous les ordres des colonels de Castelnau, de Solignac et de Parabèrc ; la gauche , sous ceux de Lorges , Préaux et Charbonnières. La droite s’appuyait à un bois épais et à un fossé large de sept pieds ; la gauche , s’adossait aux murs du parc de Coutras. Clermont Galerande fut chargé de la direction de l’artillerie. Les ordres donnés, le roi de Navarre appela tous les chefs de son armée ; il prit Dieuà témoin qu’il ne combattait pas contre le roi, mais pour la défense de la religion et de ses droits personnels. S’adressant ensuite aux princes de sa maison , catholiques ou protes-

(i) Hist. du maréchal de MaLigaou, tom. Z-,

Digitizcd bÿ Goôglé

tans : 4 Je n’ai rien à vous dire , si ce n’est que "

vous êtes de la maison de Bourbon » et vive :

Dieu (1) , je vous montrerai que :je suis, votre aîné. » -

On comptait dix mille hommes dans l’armée du duc de Joyeuse. Regardant cette supériorité comme un gage assuré de la victoire , à peine voulaient-ils se ranger en bataille. Le duc de Joyeuse occupa le centre , ayant auprès de lui un escadron entièrement-composé de la principale noblesse de France ; le maréchal de Matignon fut chargé de la droite et le comte , de la Grange Monttgny de la gauche. Lavardin faisait les fonctions de maître de camp général.

Il était environ neuf heures du matin (a) , lorsque les deux armées commencèrent à se canonner avec un succès fort inégal. L’artillerie du roi de Navarre, supérieurement servie, faisait un grand carnage -de la gendarmerie catholique , tandis qjuhle& canonniers du duc de Joyeuse, pointant mal leurs pièces, leur canon ne nuisait point à leurs ennemis. Lavardin , pour mettre nn terme à ce. désavantage , sonne la charge ; mais sa cavalerie s’étant portée en avant sans garder ses rangs , ne résista • 1

(1) Perefixe, Hist. de Henri-Ie-Graad.

(2) Mém. de la ligue, totn. 1,

pas une heure aux efforts mieux combinés des protestans. La déroute des catholiques fut complète. Le duc de Joyeuse périt sur le champ de bataille avec une partie de ses lieutenans généraux 5 presque tous les autres rendirent les armes. Mais ce qui prouve le désordre extrême dans lequel les catholiques combattirent, c’est qu’ils perdirent trois mille cinq cents hommes tuésetuue plus grande quantité de blessés ou prisonniers , tandis que le nombre des morts ne monta pas à deux cents dans l’année du roi de Navarre. Elle s’empara de l’artillerie , des drapeaux et des bagages des catholiques. Les réformés, accoutumésà la simplicité des mœurs antiques, tournaient en dérision ce vain appareil d’équipages , monument de luxe et de mollesse, convenable non aux guerriers, mais aux courtisans efféminés d’une cour asiatique.

On rapporte (i) que la bataille gagnée , quelqu’un ayant aperçu de loin un gros de fuyards, obligé par la fatigue de s’arrêter pour reprendre haleine, vint dire au roi de Navarre qu’une seconde armée catholique approchait. 11 reçut cette nouvelle comme un nouveau sujet de triomphe , et se tournant vers ses compagnons :

(i) D’Aubigac , tom. 3 , liv. i. Hist. du maréchal de Mali guon. Daniel, tom. 6. Mém. de la ligne , tom. 2.

Allons, mes amis, ce sera ce qu’on n’a jamais vu , deux batailles en un jour.

Bientôt, détrompé de l’idée de ce second combat , il se hâta de faire cesser le carnage , reçut les prisonniers avec humanité , honorant de ses éloges la conduite de ceux qui s’étaient vaillamment comportés durant le combat. 11 remit le corps du duc de Joyeuse à ses amis:

ils lui firent dans Paris de magnifiques obsèques.

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