‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 60 sur 101 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Suite de la bataille de C outras*

Cjette journée procura au roi de Navarre plus de réputation que de véritables avantages* Son armée ne ressemblait pas à celle d’un souverain puissant , en état par ses finances , de la payer régulièrement et de la tenir perpétuellement sous le drapeau. C’était celle d’un chef de parti. Privé d’une solde réglée , les capitaines ne pouvaient empêcher leurs soldats d’aller faire leurs moissons et labourer leurs terres j ils se voyaient forcés eux-mêmes de tenir la même conduite. On accusa le roi de

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Navarre (1) d’avoir perdu le fruit de la bataille de Coutras , en allant dans le Bearn rendre visite à la comtesse de Grammont (2) dont il était amoureux. On ne fait pas réflexion qu’on eût aisément fait agir son armée en son absence si elle ne s’était dissipée. Le prince de Coudé, aussi austère dans ses mœurs, qu’Henri IV montrait de galanterie dans les siennes , se rendit comme lui dans scs terres , après avoir resté quelque temps dans le Poitou ; tous les capitaines en firent autant. Ils promirent avant leur départ , et firent promettre à leurs soldats, de se retrouver au 20 novembre sous les drapeaux ; on faisait ainsi la guerre alors.

D’ailleurs ( 5 ), l’armée allemande, sur laquelle le roi de Navarre comptait essentiellement , gagnée par l’argent des ligueurs , retournait dans son pays, sans avoir rendu aucun service à la cause en Faveur de laquelle elle avait pris les armes. La discorde parmi les généraux* fut l’origine de cette retraite. L’infanterie suisse refusait de combattre contre les Suisses

(1) Mena, de Sully, tom. 1. Hist. du maréchal de Matignon.

, (2) Corisando d’ Andouin.

( 3 ) Mém. de la ligue , tom. 2. Cayct , tom. 1 . D’Anbigoé , iom. 3 . Davila , guerr. civ. do Franco , liv. &

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levés par la cour de France , quoique de religion différente ; la mort du colonel général de celle infanterie acheva d’y semer l’insubordination. Les capitaines résolurent de capituler avec le duc de Guise. Le général d’Hona, à la tête des troupes allemandes, et le duc de Bouillon à la tète des troupes françaises , pour retarder cette défection , s’éloignaient à grands pas de, l’armée royale. t • ;7. i' .^V -

François de Bout-bon, prince de Conti, se présenta au mois d’octobre , pour commander en chef lWnée; mais il n’apportait point d argent pour Ta paye. Les maladies causées par le mauvais choix et par la trop grande quantité des fruits mangés par les soldats , affaiblissait tous les jours l’armée : l’arrivée du prince de Conti fut d’abord célébrée avec beaucoup de joie; mais bientôt les Suisses ne recevant pas leur paye , se mutinèrcntde nouveau. I/armée reçut plusieurs échecs ( 1 ) en divers endroits , spécia-i lement à Àuneau en Beauce et au pont de Gien. Acceptant un arrangement proposé au nom de Henri 111, elle se retira par la Bourgogne et le pays de Montbelliard. Les , troupes françaises , faisant partie de cette armée sous les ordres du prince de Conti , du

(i)Mém. de la ligne, tom. 2 . D’Aubigné, tom. 3. Mathieu , Hv. 8. Mdm. do Sully, tom. 1 .

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duc de Bouillon , du comte de Châtillon et de plusieurs autres chefs , craignant d’être livrés aux ligueurs par les Allemands et les Suisses , abandonnèrent furtivement l’armée , traversèrent , avec beaucoup de peine la Bourgogne , le Lyonnais et se retirèrent dans les montagnes du Languedoc. Les fatigues de cette expédition causèrent au duc de Bouillon, une maladie dont il mourut peu de temps après , laissant pour héritière de ses états sa sœur, en lui substituant le duc de Montpensier.

Dans le même temps (i), les milices réformées du Dauphiné , sous les ordres tlu duc de Lesdiguières , et celles du Languedoc, sous ceux du duc de Montmorency , restaient dans ces provinces pour faire face aux armées catholiques. Le roi de Navarre , privé de ces ressources, s’adressait en vain a la reine d’Angleterre. Une querelle domestique occupait uniquement cette princesse; elle oubliait les rivalités entre les réformés et les catholiques pour songer uniquement uses rivalités personnelles avec l’infortunée Marie Stuart , reine d’Ecosse.

(1) Mdm, du duc de Ncvcrs, Mém. de la ligue,

Dig'rtized 6,

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