CHAPITRE VI
Siège de Poitiers par les réformés.
O N s’arrêta à ce dernier projet j et pour diminuer la mutinerie des Allemands , on leur accorda le pillage de la riche abbaye de Brantôme dans le Périgord. L’amiral s’empara de Châtellercault , où les catholiques firent peu de résistance (»); ils ne défendirent pas mieux le château de Lusignan , regardé comme une des plus fortes places du royaume. La prise de
( 1 ) Discours militaires et politiques de 1a Noue.,
* CHARLES MAXIMILIEN. T 9 Lusignan fut suivie de celle de Saint-Maixeut et de Mirebeau; on assiégea ensuite Poitiers.
Cette place (1) était défendue par le duc dé Guise , à la tète d’une garnison nombreuse. La plupart des généraux conseillaient à l’amiral de s’attacher à quelque place moins considérable , et surtout à Saunmr,' qu’on pouvait fortifier pour se procurer en tout temps un passage commode lorsqu’on voudrait porter la guerre dans les provinces voisines de Paris. L’amiral savait qu’on avait déposé dans Poitiers , comme dans un asile assuré, toutes les richesses des pays voisins et surtout des églises 5 non-seulement la prise de cette place aurait enrichi l’ar^ mée assiégeante, mais elle entraînait la réduc-* tion de toutes les places des environs.
D’ailleurs , le désir de se rendre maîti'c de la personne du duc de Guise et de celle du duc de Mayenne, son frère, ses ennemis personnels , contribuaient à sa résolution. La cour de France, pour défendre une ville très-peu peu- 1 plée pour sa vaste enceinte et commandée dé divers côtés, y avait introduit huit cents gendarmes , quatre cents chevaux légers et quatre mille fantassins; enfin, les bourgeois armés et disciplinés formaient six compagnies de quatre cents hommes chacune.
(1) Le Laboureur, addit. aux naém. de Castelnau* liv. 7.
Ces troupes étaient commandées (i) par les ducs de Guise et de Mayenne , par MeJchior de Montpesat, François de Sessac, René de la Rochefoucault-Mortemart, de Chabot de Clairvaux, Philippe de Châteaubriant , Philippe de Ruffec, Gui de Lusignan, René de Lude, Jean des Ursins, et par un grand nombre d’autres capitaines d’une haute réputation. Des milliers de paysans s’étaient réfugiés dans la ville avec leurs bestiaux et leurs effets ; on les employa à réparer les endroits les plus faibles des fortifications, et à conduire l’artillerie partout où elle était nécessaire. La ville se trouvait abondamment pourvue de munitions de toutes les espèces. On avait préparé une grande quantité d’artifices; les assiégés comptaient les lancer sur les ennemis durant les assauts.
Les réformés parurent devant Poitiers (a) le 24 juillet. L’amiral en arrivant fit attaquer de plusieurs côtés par son infanterie , le faubourg situé hors la porte Saint-Lazare; ses fortifications n’étaient pas tenables , il futbientôt emporté. Les premiers jours du siège se passèrenten combats très-vifs; les succès en étaient variés. L’amiral parvint à établir une batterie
(1) Mém. de Castelnan , livl 7. LaPopelinière , Hist., liv. 18.
' («) Daniel , Hist, de France , tom. 6 .
de quatorze canons; elle commença à jouer le premier août , et ruina bientôt une tour dont ' Ja porte Saint - Cyprien était couverte; mais l'intérieur de la tour se trouvant terrassé , elle demeurait en état de défense malgré la chute du mur. Un assaut donné par les réformés ne réussit pas; l’amiral dirigea son artillerie d’un autre côté. On commença de battre en brèche le mur qui s’étend le long du Clain , dans l’endroit nommé le Pré-de-1’ Abbesse , quoique le Clain qui coulait entre le mur et le camp parût un obstacle ; mais l’amiral connaissait la faiblesse des remparts de ce côté ( 3 ) , les assiégés se croyant assez couverts par la rivière dans cette partie de leur enceinte.
CHAPITRES Vil.
Les réformés sont forcés à lever le siège.
TJ" ne large brèche offrait, le dix août, aux, assiégeans une voie pour tenter un assaut. On jette rapidement sur le Clain un pont composé de tonneaux ct.de pontons ) mais, au moment même où l’armée se préparait à marcher, des
( 1 ) Daniel, Hi»t. de France, touo. 6.
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hommes chargés de reconnaître le local , rapportèrent que les assiégés avaient pratiqué derrière le mur des retranchemens formidables * garnis d’artillerie. Coligny ne voulant pas exposer inutilement ses troupes à un danger évident, prétexta pour renvoyer l’assaut, que le pont était trop faible, et que, s’il venait à se rompre, les soldats périraient infailliblement dans la rivière. Les difficultés du siège augmentaient chaque jour (i) ; l’amiral commençait à désespérer des succès de son entreprise.
L’armée du duc d’Anjou approchait. Au lieu de s’avancer (2) sous les murs de Poitiers , ce prince forma le siège de Chàlellerault, où se V trouvaient les malades et les principaux magasins de l’armée protestante , persuadé que pour sauver Chàtellerault , Coligny lèverait le siège de Poitiers. Ce dessein réussit aux roya- s;»’ listes 3 soit que l'amiral" n’espérât plus d’emporter la place assiégée , ou qu’il préférât de livrer bataille au duc d’Anjou , l’armée protestante , abandonnant les environs de Poi- , tiers ( 3 ) le 9 septembre , prit la route de Chàtellerault.
( 1 ) Daniel, Hist. de France , tom. 6.
(2) Mém. de Castelnau , liv. 7 , chap. ÿ,
( 3 ) Discours politiques et militaires de la Noue. Là
Popelinière, Hist. , fiv, *9. t . -* • ; » ' ,
En trois jours de marclie Coligny était parvenu devant cette place , à l’opposite de l’endroit attaqué par les catholiques. Après avoir laissé prendre à ses compagnons un repos nécessaire , il se préparait à commettre son sort à la fortune d’un combat général 5 mais pendant la nuit le duc d Aujou décampa avec assez de précipitation } il passa la Creuse au port de Piles , et vint camper à la Celle , poste fortifié par la nature. L’amiral, après de vains efforts pour l’attirer en plaine , se rendit à Fayela-Vineuse, et distribua ses troupes en quartiers de rafraîchissement.
Catherine de Médicis s’était transportée k Tours avec le roi son fils j le duc d Anjou vint dans cette ville pour déterminer les opérations du reste de la campagne. Le duc de Guise arrivait en meme tempsà lours (1), couvert des lauriers dont il venait de ceindre sa tête en défendant Poitiers. Il fut admis dans le conseil secret de la reine. Les avis furent partagés : le maréchal de Cossé voulait éviter une bataille générale ; il pensait que les troupes protestantes , sans argent et sans ressources , seraient contraintes , pour peu qu’on temporisât , à se dissiper d’elles-mèmes. Le maréchal de Tavannes représentait au contraire , que les réformés
( 1 ) Davila, Hist. dos gtierr. civ. de France, liv. 5.
secrètement soutenus par ]a reine d’Angleterre, recevaient par la Rochelle les secours dont ils avaient besoin; que les Rochellois anéantis- ^ 1
saient absolument le commerce des villes catholiques de France, et que, si on donnait à l’amiral le temps de se fortifier, il fonderait solidement une république redoutable entre la Loire, les Pyrénées , les montagnes d’Auvergne (i) et l’Océan. 11 fallait donc, ajoutait ce général , attaquer promptement les réformés découragés par le siège infructueux de Poitiers , pendant que le prince d’Orange était retourné en Allemagne , et sans lui donner le temps de lever de nouvelles troupes. Cet avis prévalut dans le conseil.