CHAPITRE VIII
Bataille de Moncontour.
Depuis un’ mois l’armée royale ayant reçu de nombreux renforts , se trouvait très*supér rieure à celle des réformés. Elle passa la Vienne en s’approchant de Loudun. Le duc d’Anjou en lit la revue; elle se trouva forte' de sept
(j) Comment, de Montluc. . *
CHARLES MAXIMILIEN. 2 5 mille hommes de cavalerie et de dix-huîl mille fantassins. L’amiral tint alors un conseil de guerre : il observa qu’un grand nombre de ses capitaines avaient demandé des congés pour .passer quelque tems dans leurs terres avec leurs vassaux ; que son armée montait à peine à six mille chevaux et à douze mille hommes d’infanterie (1) ; que la pi*üdcnce n’était pas moins essentielle aux guerriers que la valeur. Les catholiques, ajouta ce général , évitaient le combat lorsqu’ils étaient inférieurs en nombre, ils le recherchent aujourd'hui à cause de leur supériorité.
A ces mots, Coligny fuj; interrompu au milieu de sa harangue par un cri général ep faveur de la bataille. Les officiers et les soldats, éloignés de leurs maisons depuis un an , avaient épuisé toutes leurs ressources; ils demandaient qu’on les menât à l'ennemi ou qu’on leur permit de se retirer chez eux. Plusieurs capitaines observaient que les troupes allemandes étant venues en France dans l’espoir du butin , se mutineraient infailliblement dès quelles n’auraient plus l’espoir de combattre. Coligny parut, acquiescer au vœu général , mais son dessein secret était de n’accepter u*ne bataille générale qu’à la dernière extrémité. Ce projet fut ap-
(») La Popelinière, Hist., liv. 16.
j( U j prouvé par la reine de Navarre et par les géné- • taux expérimentés.
Sous prétexte de choisir (i) le champ de bataille le plus avantageux à son armée , à peine’ lut-il informé de la marche de l’armé^ royale, qu’abandonnaut sa position de Faye," 1 sur les confins du Poitou et de l’Anjou , il passa deux petites rivières ptfur s’approcher de la Dive , franchir cette rivière et se retirer dans le bas Poitou plus proche de la Rochelle. Oh publia par son ordre que ce mouvement rétœ»grade était nécessité pour aller à la rencontre d’un renfort considérable de Gascons conduits par Montgommeri , .lequel ayant défait une . armée royale envoyée dans le Bearn, commandée par le maréchal de Danville , gouverneur du Languedoc (2), accourait pour avoir part à la bataille qu’on allait livrer au duc d’Anjou. ‘ ■
Par cet artifice Goligny espérait d’arriver au milieu des villes de son parti, de se poster sous Je canon de quelque place forte, de satisfaire par quelque combat partiel l'ardeur que montrait sort armée de se mesurer avec l’ennemi et
(1) Mem. de Castelnau, liv. 7. LaPopelinière, Hist. , liv. 19; Davila, Guerr. civ, de Fiauce, liv. 5 . Daniel j tom. 6 .
(2) Comment, de Monluc, liv. 7.
d'attendre que la mauvaise saison suspendît les opérations militaires, il se datait qu’en s’approchant de la Rochelle , ceffè ville lui fournirait lesvivres dont il avait besoin pour nourrir ses troupes , tandis que le duc d’Anjou , s’en procurant difficilement dans un pays dévasté, serait forcé de ramener la sienne dans des provinces plus abondantes.
Ce projet fut déconcerté par l'activité des généraux catholiques. L’armée protestante devait s’arrêter à Montcontour , au bord de la Dive. Le 5o septembre , l’armée catholique , campée à Loudun , prend rapidement la même route } elle arrive dans la plaine de Moncoritour, presqu’eii même temps que les troupes réformées. L’amiral , trompé par ses coureurs , croyait avoir au moins plusieurs lieues d’avance sur le duc d’Anjou , lorsque le comte de Montpensier paraît à la tête de l’avant-garde 1 catholique. Un combat partiel s’engage , durant lequel l’armée protestante a le temps de passer la Div$i&^T
Cette armée était inférieure d’un tiers à celle du duc d’Anjou. L’amiral, convaincu qu’une bataille générale lui serait fatale, voulait hâter sa marche rétrograde. Le plus grand nombre des capitaines français et allemands s’opposent de concert à cette sage disposition. Coligny forcé de combattre une armée supérieure, *ne songea plus qua prendre de son mieux ses avan-
2 Ü HIST. DE FR., II e . T., L. IV. tages (i). 11 envoya ses malades et. ses bagages àHervaux, sur^a rivière de Thoué , et s’éloignant d’uhe demi-lieue de Moncontour, il s’avança vers l’armée ennemie , et prit poste entre la ïhoué et la Dlve , couvrant sa droite de la première de ces rivières , et sa gauche de la seconde. Son armée fut partagée en deux Corps : le comte de Nassau commandait la droite; il se chargea de la gauche, où se trouvait le comte de Mansfeld. Toute son artillerie consistait eu huit pièces de cauon.
L’armée royale ayant passé la Dive près de sa source, se trouva en présence des reformés le 3 octobre. Le corps opposé à l’amiral était commandé par le comte de Montpensier. Le duc d’Anjou ayant auprès de lui les ducs d’Aumale et de Longueville, le maréchal de Cossé, le margrave de Bade ; Guillaume de Montmorency-Thoré , le marquis de Villars , et la fleur de la chevalerie française, devait combattre le. comte de Nassau. Les deux armées se trouvaient disposées de manière que toutes les troupes pouvaient combattre à la fois. A
A dix heures la bataille commença parune (a)
(1) La Popelinière, Hist., liv. 19. Mém. do Castelnau, liv. 7. Mém. de Tavannes. Relation de la bataille de Moncoutour imprimée en l 56 ().
(2) Méiri. de Castelpaa, liv. 7. Relation de la bataille
de Moncontour. .. . .■«
CHARLES MAXIMILIEN. 2g
canuonade , et jusqu’à deux heures après midi on ne se battit qu’à co.ups de canon. Le comte de Montpensier engagea l’action ; les bataillons et les escadrons se mêlèrent avec fureur: la vietoire balança plusieurs heures : I ardeur étant égale de part et d’autre , le nombre devait l’emporter. Les réformés s’étaient encore affaiblis en laissant en arrière sur une colline un corps nombreux de cavalerie pour garder le prince de Beam et le prince de Condé qu’on ne voulait pas exposer dans la. mêlée. L’aile commandée par le duc d’Anjou ayant été enfoncée par les réformés , les deux jeunes princes voulaient fondre sur le corps de bataille catholique avec leur réserve : ce mouvement eût peut-être décidé la victoire en leur faveur j le priuce de Nassau s’y opposa.
On dit que Henri IV, alors âge de seize ans ,
s’écria: « Nousperdons notre avantage, et vous
verrez que cette faute nous enlèvera l’honneur
de la iournée ». Cela arriva comme Henri 1 a-
vait prévu. Au surplus, l’armée protestante ■* r , . j C . i -
ayant ete mise en déroute , la reserve arrêta
lés poursuites des catholiques, eudonna à leurs ennemis les moyens de se rallier. Ils se retirèrent à Hervaux et ensuite à Partbenaÿ. L’armée vaincue se trouvait à Niort le lendemain de la bataille.
C’était la quatrième bataille rangée , perdue
3 o HIST. DE FR.,. II*. P., L. IV. .
1569. P ar ^ es réformés (1). On eût dit que leur parti devait être' irrévocablement écrasé , cependant il continuait à se montrer formidable. La cour manquait presque toujours d’argent. Coligny, chargé de tout le poids d’une guerre malheureuse erf manquait souvent aussi ; mais sont génie suppléant à tout, il réparait perpétuellement des pertes regardées , en vain par les catholiques comme ne pouvant être réparées,