CHAPITRE XXXI
Meurtre de la reine d‘ Écosse Marie Stuart*
jA tôur de Frarice ayant refusé de protégeé les Hollandais, ils «'étaient adressés à la cour dé Londres. Elisabeth n’avait donné jusqu’alors presqu’aucun secours à la nouvelle république. Ses dispositions se montraient différentes depuis que Marie Stuart, reine d’Ecosse, prisonnière dans la tour de Londres , passait pour avoir voulu associer la cour d’Espagne à sa vengeance. Des prodigieux arméniens multipliés dans les ports espagnols , menaçaient la Grande- Bretagne ; soit que Philippe II voulut forcer Elisabeth , par la voie des armes , à rendre lé liberté à Marie Stuart , ou qu’ayant des vues plus étendues, il se flattait, conjointement aveé les catholiques d’Angleterre et d’Ecosse , dé précipiter Elisabeth du trône britannique pour y placer la reine d’Ecosse et rendre dominante dans cette île , la religion roïnaine.
Elisabeth n’ayant plus rien à ménager, protège ouvertement les Provinces-Unies , tandis que les escadres britanniques ruinent le commerce espagnol en Amérique, en Asie, en£u- Tom. II, 2 e . part. 16
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rope. Ces dispositions politiques hâtèrent la mort tragique de Marie Stuart.
Celte princesse de retour ( i) en Ecosse, après la mort de François II, son premier époux, était l’appui des catholiques des îles de la Grande-Bretagne , comme Elisabeth protégeait de son côté les protestans. Marie, bien moins puissante, bien moins maîtresse chez elle , moins ferme, moins politique, n’avait davantage sur Elisabeth que celui de la beauté. La reine d’Angleterre porta d’abord la supériorité de sa politique ou de ses intrigues , jusqu’à empêcher long-temps la reine d’Ecosse de se remarier.
Enfin elle épousa Henri Stuart, comte d’Arlai, son cousin ; et , dans les premiers transports de son affection pour ce prince, elle plaça son nom à côté du sien dans tous les actes publics. Le bonheur des deux époux ne fut pas de longue durée , soit que Marie-Stuart, accoutumée à la liberté dont les femmes jouissaient en France , se # permit des imprudences dont son mari conçut de la jalousie, ou que la soif du pouvoir s’emparant de l’ame de Henri Stuart , il employât le prétexte d’une feinte jalousie pour éloigner de la reipe ceux auxquels elle donnait sa confiance , afin de se rendre lui - même le centre de l’autorité publique.
(i)Rapiu T ho iras, Hist. d’Angleterre, liv. 17. Hume, But. d Angleterre. Bist. de la reine Élisabeth.
HENRI III. 2y&
Un italien, nommé David Ilizio, était devenu principal ministre de la reine. Les uns disent que cet homme , très-excellent musicien , fut trop avant dans les bonnes grâces de sa maîtresse ; d’autres nous présentent ce ministre comme un vieillard décrépit qui devait sa faveur à ses talens politiques. Quoi qu’il en soit, Henri Stuart , aigri ou jaloux , entre un soir par un escalier dérobé dans le salon où sa femme soupait, n’ayant auprès d’elle que David Rizio et milady d’Argyle. La table est renversée , Rizio est assassiné sous les yeux de la reine alors enceinte de cinq mois de Jacques , parvenu dans lastiitc au trône d’Angleterre et d’Ecosse.
Rizio pouvait n’avoir été que confident de Marie , un homme plus dangereux lui succéda auprès de cette princesse. Ce fut le comte de Bothvel. Cette nouvelle liaison avec on homme ardent et vicieux , occasionna la mort du roi. Il fut assassiné à Edimbourg , dans une maison isolée. Les meurtriers ayant commis leur crime la firent sauter avec de la poudre. La voix publique accusa Bothvel, cependant la reine l’épousa publiquement.
Cette union , formé* sous de fâcheux auspices , souleva contre Marie Stuart une partie de l’Ecosse. Le lord Murray, fils naturel de Jacques V, roi d’Ecosse , se met à la tête des mé<* contens. Bothvel s’enfuit danslesîles Orcades Marie se réfugie en Angleterre; elle y trouva
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un asile et ensuite une prison. L’Ecosse devint la proie de l'anarchie. Le lord Murray fut assassiné par une faction. Elisabeth fit élire régent d’Ecosse le comte de Lénox, frère du roi assassiné.
Depuis dix-huit ans Marie Stuart était conduite de prison en prison , plus ou moins resserrée , mais négociant toujours avec la reine d’Angleterre. Enfin des commissaires furent nommés pour instruire son procès. On l’accusait d’avoir reconnu le roi d’Espagne pour son héritier, à condition qu’il la tirerait de captivité. Les bruits les plus ridicules couraient chaque jour à ce sujet dans Londres. Tantôt une flotte espagnole avait été aperçue dans la Tamise; tantôt une armée conduite par le duc de Guise avait débarqué sur les côtes de Sussex ; d’autres fois les Ecossais faisaient une irruption en Angleterre. Le pape avait fait afficher très -indiscrètement dans Londres, une bulle dans laquelle il excommuniait Elisabeth , et déliait ses sujets de leur serment de fidélité. On accusait Marie d’avoir sollicité celte bulle pour exciter des troubles en Angleterre.
On parlait chaque jour de conspirations nouvelles contre les jours d’Elisabeth. Marie Stuart était présentée aux Anglais comme le foyer de ces imaginaires complots. Interrogée par cinq commissaires de la cour et quarantedeux membres du parlement , elle protesta de son innocence. Jamais procédure ne renferma
Digiliz
plus d’irrégularités! On présenta à Marie de simples copies de ses lettres et jamais les originaux. On prétendit la convaincre d’avoir attenté à la vie d’Elisabeth sur la déposition de trois prétendus conjurés qu’on avait fait mourir sans les lui avoir confrontés. Les jd&es la condamnèrent à être décapitée. Cet arrêt fut exécuté le 18 février 1587 , dans une chambre de sa prison tendue de noir (1).
Elisabeth n’ignorait pas que sans juridiction . sur la reine d’Ecosse , elle se rendait coupable d’un assassinat en la faisant condamner à mort. Elle rendit cette action encore plus odieuse en • feignant de plaindre celle qu’elle envoyait sur l’échafaud , en assurant qu’on avait passé ses ordres, et en faisant mettre en prison le secrétaire d’état qui avait, disait-elle, exécuté trop tôt l’ordre signé par elle •'même.
(l) Celte princesse était âgée de quarante-six ans j çfle fut décapitée dans le château Fotheringai.
ZyS HIST. DE FR., II*. P., L. Y.