CHAPITRE XXXII
U ne flotte espagnole , destinée à conquérir l’Angleterre , est détruite par les vents.
Cjet événement offrait à Philippe II un prétexte de déclarer la guerre à la reine d’Angleterre. Après avoir assassiné la mère à Londres , elle pouvait opprimer le fils en Ecosse. Pour protéger la maison Stuart , il fit sortir du port de Lisbonne la flotte la plus redoutable qui eut sillonné jusqu’alors les flots de l’Océan. Elle était forte de cent cinquante gros vaisseaux , montés par dix-neuf mille hommes de troupes de débarquement, et chargés(i) d'une artillerie immense. Une armée de trente mille combattans assemblée en Flandre , dans les environs d’Ostende, et commandée par le duc de Parme, attendait l’apparition de la flotte pour passer le détroit sur des barques de transport toutes prêtes. Les vaisseaux anglais, beaucoup plus petits que ceux des Espagnols , ne devaient pas résister au choc de ces citadelles mouvantes. La cour
(i) D’Orléans, Rév. d’Espagne. Abr. chron. de l’hist. d’Espagne , tom. a.
de Madrid paraissait si assurée du succès de son entreprise, qu’elle avait donné à son armée navale le nom prématuré de flotte invincible.
Cette expédition échoua cependant. La flotte espagnole entra dans la Manche : elle eut bientôt à combattre les vents devenus contraires; les rochers sur lesquels les plus gros vaisseaux , poussés par les vents , allaient se briser , et les Anglais qui profitaient avec adresse des circonssances pour l’affaiblir de tous côtés. L'armée du duc d’Albe ne pouvant |agir sans la flotte, devint inutile. Les vaisseaux espagnols , vaincus plutôt par les tempêtes que par les Anglais, se dispersent. Plusieurs sont fracassés sur les côtes de Zélande et d’Ecosse. Les paysans massacraient les matelots échappés à la fureur des vagues. A peine cinquante vaisseaux revinrent dans les ports d’Espagne. L’armée espagnole , rassemblée en Flandre, soumit aussi peu la Hollande que l’Angleterre; mais elle maintint la Flandre et le Brabant sous l’obéissance de Philippe lî, et lui procura la grande influence qu’il eut dans la suite sur les affaires de France.
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