CHAPITRE XXXV
Les ligueurs présentent leur requête au roi . Suites de cet événement.
requête des ligueurs avait été présentée à Henri III au mois de février. Il la reçut sans paraître s’en offenser, mais aussi sans y’ faire de réponse. Le duc de Guise ne le pressait pas de s’expliquer; le but de cet écrit était cfe
<1) "Voltaire, Essais sur les mœurs, tom. 4, (2) De Thon , liv. 90.
l’accuser publiquement d’intelligence avec le* réformés, et de trouver dans cette disposition (1) un prétexte de demander sa déposition , au moment où les ligueurs le jugeraient convenable ; mais ils n’avaient plus besoin d’user d’artifice , les Parisiens , dirigés par la faction des Seize , témoignaient la plus vive impatience de briser les ressorts du gouvernement. La capitale était inondée de libelles diffamatoires contre le roi •, le conseil des Seize assurait le duc de Guise qu’il disposait de vingt mille hommes armés , prêts à tout entreprendre pour détrôner un prince , fauteur des hérétiques. Le duc de Guise nomma cinq généraux pour commander celte armée ; il choisit pour cet emploi le comte de Brissac , Bois Dauphin , Chamois, d’Esclavoles et St. -Paul, auxquels fut adjoint François de Roncherolcs de Menneville, un des fondateurs de la ligue dans la capitale. Le duc d’Aumale se chargea de soutenir les efforts des Parisiens avec cinq cents hommes d’armes.
Toutes ces choses étant disposées (2) , le conseil des Seize résolut d’arrêter le roi dans
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(1) D’Aubigné,to/n. 3, liv. 1. Mathieu, liv. 8. Cayet , tom. I. \
(2) Davila, Hist. des Guerr. civ. de France, liv. 9. De Thou , liv. 90.
la rue de St.- Antoine , lorsqu’il reviendrait de Vincennes. Il n’était ordinairement accompagné dans ces voyages que Oe quelques valets de pied et de deux ou trois courtisans dans sa voiture; le dessein des conjurés était de tuer d’abord le cocher et de disperser les valets de pied. Entourant ensuite la voiture, ilsauraient crié , qu’ils n’en voulaient pas au roi , mais que leur projet était seulement de vérifier si sa voiture ne renfermait pas des huguenots. Sous ce prétexte , l’ayant fait descendre, en feignant de le mettre- à l’abri de la fureur de la multitude soulevée, ils l'auraient enfermé dans la tour delà chapelle St.* Antoine, où le conseil des Seize tenait sa séance.
Alors les troupes rassemblées par la faction des Seize, réunies aux cinq cents hommes d’armes du duc d’Aumale, devaient sc rendre maîtres des principaux postes de Paris et les garder jusqu’à l'arrivée du duc de Guise, auquel on eût donné la qualité de lieutenant général du royaume, pour convoquer les étals généraux, dans lesquels on voulait faire déposer le roi.
Ce prince fut instruit de ces particularités (i); il refusait d’abord d’y ajouter foi.
(i) Procès verbal de Nicolas Poulain, lieutenant du prévôt de l'Isle-de-F rance.
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i588. Cependant , il ordonna à Biron de cantonner dans les environs de Paris, les Suisses à la solde de la cour; en même temps le nombre des gardes - françaises fut augmenté par les ordres donnes aux capitaines de rappeler tous les soldats à leurs drapeaux. Les archers de la gai de , servant d ordinaire par quartiers , avaient été mandés extraordinairement ; les quarante-cinq gentilshommes attachés au roi ne quittaient plus sa personne ; enfin , sous divers prétextes , ou avait attire a la cour un grand nombre d’hommes d’armes de plusieurs compagnies d’ordonnance. L’objet de ces précautions inusitées, ne pouvait échapper au conseil des Seize : ces hommes , ne doutant pas que leur conspiration ne fût découverte (1), perdirent courage. On n’osa rien entreprendre , et un courier fut dépêché de leur part au duc de Guise , pour le solliciter de venir protnp- • tentent à Paris.
(1) De Thou, liv. 90.
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