CHAPITRE XXXVII
Suite de la journée des Barricades .
Cxi'iSE,le lendemain de la journée des barricades, était maître du Louvre, de la Bastille, de l’arsenal , des deux châtelets , du temple et de l’hôtel de ville } il destitua le prévôt des marchands et les échevins , et les remplaça par des magistrats de son choix. On défit les barricades , on ouvrit les boutiques. Cependant des patrouilles nombreuses parcouraient les rues de Paris. Des bruits vagues et. alarmans étaient habilement semés , afin que l’ardeur de la multitude ne se refroidit pas. Guise veillait avec attention à ce que la capitale ne manquât
1ÔÜ&.
2 98 HIST. DE ER. , II e . P., L, Y.
pas de subsistances. 11 fit attaquer le château de Vincennes, qui se rendit sur-le-champ.
Saint-Cloud , Charenton, Saint-Denis, et tous les postes voisins de Paris en firent de même. On enleva de vive force Pontoise et Corbeil ; la navigation de la Seine devint alors entièrement libre.
De Chartres, le roi écrivit fi) aux principales villes et aux gouverneurs des provinces ; ses expressions étaient compassées. Il racontait comment le duc de Guise était venu à Paris malgré ses défenses formelles; comment , à son arrivée, la multitude soulevée avait assiégé le Louvre, et comment, pour ne pas voir sa capitale devenir un champ de bataille, et pour la préserver d’une ruine inévitable, il s’était décidé à s’éloigner. Sans déverser expressément l'exécration publique sur ces attentats , il semblait n’en faire mention que pour exhorter les villes et les provinces â lui rester fidèles.
Guise au contraire se comportait en homme assuré de son triomphe ; il appelait, dans son manifeste, la journée des barricades une journée toute resplendissante de la protection de Dieu; il conjurait les grandes villes de faire cause commune avec Paris pour rétablir la religion et le trône dans leur ancien lustre ;
( 1 ) Lettre du roi , datée de Chartres, le 17 mors i588.
il déclarait que dans peu il forcerait le roi à congédier ceux qui , dans son conseil , étaient d’intelligence avec les hérétiques. Osant écrire au roi dans le même temps, il faisait son apologie , assurant le monarque de sa lidélité et de sa soumission envers sa personne.
Les compagnies d’ordonnance se rendaient autour du roi, à Chartres ( 1 ) ; il se trouvait à la tête d’une armée , mais on se partageait dans le conseil sur le parti qu’il fallait prendre. Les uns assuraient qu’on ne pouvait déclarer la guerre au duc de Guise sans opérer, dans le parti catholique , une scission dont les suites menaçaient également l’existence du roi et celle des ligueurs , ils lui conseillaient d’user de dissimulation jusqu’au moment de la vengeance.
Les autres soutenaient qu’autant Valait pour le roi d’abandonner la couronne que d’acquiescer aux demandes du duc de Guise ; ils montraient la maison de Guise , après avoir ruiné les Bourbon et le parti calviniste , chassant Henri 111 du trône à l’aide de la faveur populaire.
Celte diversité d’avis augmentait l’inquiétude du roi 5 il soupçonnait ceux qui lui conseillaient la paix ou la guerre , de consulter plutôt leur intérêt particulier que l’intérêt général de
(1) Mém. du duc de Neverç, Cayet, tom. 1.
300 BIST. DE FR. , II e . P. , L. V.
l’état. 11 portail si loin la défiance , comme il arrive ordinairement aux hommes dans l’adversité, qu’il suspectait jusqu’aux sentimens de sa mère. Il n’ignorait pas que cette princesse , le voyant sans postérité, désirait d’exclure la maison de Bourbon du trône pour transporter la couronne sur la tête de sa fille, Claudine de France , duchesse de Lorraine , ou sur celle du fils aîné de cette princesse , le marquis de Pont-à-Mousson : il en concluait qu’elle pouvait bien favoriser, jusqu’à un certain point, les demandes des ligueurs.
Au sein de ces défiances, la dissimulation lui devenant de plus en plus nécessaire 3 il feignait, dans ses entretiens publics, d’approuver le sentiment de ceux <jui lui conseillaient de se réconcilier avec le duc de Guise; il en parlait comme de l’avisle plus conforme à la religion et à la décence; mais en secret, l’outrage qu’il avait reçu se présentait perpétuellement à sa pensée ; n’étant assuré ni de son pouvoir , ni même de son existence, aussi long-temps que Guise régnerait sur la ligue, il était formellement décidé d’en venir aux dernières extrémités pour le perdre. Mais la voie de la guerre lui paraissait également incertaine et dangereuse; une artificieuse paix lui parut préférable.
Dans cette vue, le médecin Miron fut dépêché à la reine mère pour l’autoriser à traiter avec le duc de Guise aux meilleures conditions.
i HENRI III. 3oi
Celle princesse était restée dans Paris, en alléguant qu’elle ne se défiait pas de la fidélité des Parisiens , mais en effet pour éclairer leurs démarches et veiller aux intérêts de son fils.