CHAPITRE XXXV1IÏ
Accommodement conclu entre Je roi et les ligueurs.
Catherine de Médicis négociait avec le duc de Guise par l’entremise de la sœur de ce duc , duchesse douairière de Montpensier , quelle voulait faire épouser au vieux cardinal de Bourbon, s’il parvenait à la couronne, Le duc de Guise , malgré ses avantages , ne pouvait plus se flatter de se rendre maître de la personne du roi : prenant une autre tournure , il s’efforcait de prouver à la France entière que la journée des barricades devait être attribuée au pur hasard. Il protestait, dans un grand nombre d’écrits répandus dans le public, de son sincère attachement à la personne du roi, et de son désir de lui en donner des preuves en combinant son obéissance envers le prince avec ses devoirs envers Dieu. Dans ces circonstances , un maître des requêtes fut envoyé
i-SîW.
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parle roi au parlement de Paris (t), pour manifester à cette compagnie son intention d’oublier le passé, si chacun, rentrant sur-lechamp dans son devoi r,prome t tait de le seconder dans son dessein de travailler à la reformation du royaume ; il offrait d’assembler les états généraux pour choisir un successeur à la couronne , catholique et du sang royal; de laisser aux états généraux la liberté du choix , et de faire exécuter inviolablement leur résolution.
Cette proclamation laissait le duc de Guise sans prétexte de continuerla guerre. Pendant qu’il négociait avec la reine mère , le roi était venu à Rouen. Les articles de paix y Rirent signés; mais ce qui peint l’esprit du temps , c’est que , pendant que les commissaires respectifs rédigeaient le traité , les Parisiens, voulant engager le roi à revenir dans la capitale, lui envoyèrent une députation habillée en pénitens ; à leur tète marchait Je frère du duc de Joyeuse, qui s’était fait capucin. Il représentait daus cette ridicule procession , Jésus-Christ montant au calvaire. IJ s’était laissé peindre sur le visage des gouttes de sang, etseniblait traîner avec effort une longue croix de carton ; à certaines intervalles , il se laissait tomber comme
(i) PereOxe , Hist. do Henri- le -Grand. De Thou , liv. 91.
île lassitude, et deux capucins le relevaient à coups de fouet. Le roi attendait à Chartres cette procession dans la cathédrale. Les pénitens se jetèrent à genoux devant lui , et criant tous , miséricorde.
Cette pitoyable mascarade, avait pour but apparent de sauver l’honneur du monarque , en paraissant tenir de sa bonté ce que les principaux ligueurs croyaient arracher parla force; cependant , le roi fût informé que parmi ces pénitens se trouvaient des émissaires de la ligue (i), envoyés pour conférer avec ceux de leur parti ; il pouvait les faire arrêter , mais son parti était pris de dissimuler; à peine voulut-il écouter les avis qu’on lui donnait à ce sujet.
La reine mère ej une grande députation du parlement de Paris arrivèrent à Chartres au moment où le roi en sortait pour allei 1 à Rouen (2). Henri III savait que la pluparrties membres de cette compagnie détestaient les complots de la ligue ; il les reçut avec bienveillance , et leur recommanda de prévenir les Parisiens qu’il leur accordait un sincère pardon , mais que s’ils retombaient jamais dans une semblable faute, il ferait de cette ville un
(1) De Thou , liv. 90.
(3) Mathieu , liv. S.
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désert , en transportant ailleurs la résidence de' la cour, celle des tribunaux supérieurs et celte de l'université.
Les articles de la paix portaient (i) : que le roi se déclarait de nouveau chef de la ligue ca* tliolique , en faisant serment de prendre les armes contre les réformés ; de ne les poser qn’après leur entière extermination } et promettant d’exiger le même sermentdes princes, pairs de France , grands officiers de la couronne, des nobles , des villes et des communes rurales. Personne ne pouvait être admis dans la suite à une charge ou à une dignité sans avoir fait sa profession de foi , d’après une formule dont la Sorbonne serait chargée. Lie roi (2} promettait de faire publier au plutôt les décrets du concile de- Trente ; il jetait un voile sur la journée des barricades , attendu que tout s’était fait par zèle pour la religion. Le roi devait envoyer deux armées contre , les protestans , une commandée par lui-même, l'autre aux ordres du duc de Guise. Il accordaitaux ligueurs dix places de sûreté : Chàlons , Toul , Verdun , St.-Dizier , Reims , Soissons , Dourlens, Orléans, Bourges et Montreuil. L® duc de Guise devait être lieutenant général du
( 1 ) TVAubigné , tom. 3 . Mena: de Vilieroi, tom. ; t. (a) Mdm. de Vilieroi, tom. 1 . Cayét, tou». ».
HENRI III. 3o5
royaume, avec pouvoir de commander toutes les armées dans lesquelles- il sc trouverait. Enfin , les états généraux étaient convoqués dans Blois , pour chercher les remèdes aux maux de l’état. Cet écrit fut signé par le roi , sous le nom d’édit de réunion , il fut enregistré sans opposition dans toutes les cours souveraines.
Henri , impatient des moindres délais (i) , capables de retarder l’exécution de ses desseins secrets , avait à peine signé la paix , qu’il sortit de Rouen et prit la routp' de Blois sans entrer à Paris. Mais la reine vint dans cette capitale pour amener le duc de Guise à la cour. Ce duc ne comptaitpassans doute sur-la sincérité d’une réconciliation nécessitée par les circonstances. J’ai lu dans un manuscrit de la bibliothèque impériale , qu’un ligueur (a) , alors en Provence , instruit des faveurs dont la cour comblait les Guise, s’écria : Maugrebiou de la cervelle de Lorraine ! A-t-il si peu de jugement pour croire qu’on ne dissimule point avec lui , qui tant a dissimulé avec les autres. II écrivit ensuite au duc de Guise : Je ne voudrais être avec vous , ni auprès de vous.
(0 Davila, Guerr. civ. de France, liv. 9. r f ! ) (2) Le Laboureur, Addit. aux méro, de Carteloau , liv, 7. . : i
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Cependant , il n’est pas bien démontré que Henri 111 en signant ledit de réunion au mois de juillet, eût déjà décidé le meurtre du duc de Guise, qui arriva le a3 décembre. Leroiétait résolu de se venger, mais le mode et l’étendue de cette vengeance dépendaient des circonstances. L’auteur d’un ouvrage intitulé : Galerie philosophique du seizième siècle (i), s’exprime en ces termes à ce sujet : L’indolent Henri sentait ses forces renaître à l’approche des états j les ressorts de son ame efféminée semblaient se tendre , se roidir ; Un grand dessein l’échauffait, et comme s’il était déjà assuré du coup, il se permettait l’ironie. 11 n’appelait plus le duc de Guise que le- roi de Paris ; Guise ne connaissait pas assez le caractère du roi ; le lion était enfin sorti de son long sommeil , il couvait des yeux sa victime ( 2 ).
Cet auteur peint parfaitement Henri 111.
Cependant , je ne pense pas que le projet de faire assassiner le duc de Guise à Blois eût été formé par le prince dans Chartres ou dans Rouen ; en vain on nous dit que celte résolution violente était la suite de plusieurs conseils secrets avec le maréchal d’Aumont , BeJlic- *
( 1 ) De Majer, a vol. in-8.°.
, (a) Galerie philosophique du seizième siècle , tom. 3,
pag. 99.
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vre , Gaverai , Duplessis , Villeroi et le médecin Miron (t). Comment un secret de celte nature aurait-il pu être gardé plus de cinq mois dans une cour où les amis de la maison de Guise dominaient? Lorsque Henri 111 paraissait se couder entièrement au duc de Guise , qu’il savait être son mortel ennemi , il se flattait de trouver dans la combinaison des événement futurs, les moyens de se rendre maître de sa personne ; peut-être même regardait-il la session des états généraux comme propre à lu< procurer ces moyens ; ( mais il paraît constant que ce fut dans les états mêmes , et d’après les circonstances amenées parla marche des affaires, que Henri se détermina à faire assassiner le duc et le cardinal de Guise , et que ce plan fut formé et exécuté presque en même temps.
Avant de quitter Rouen , le roi fit expédier des lettres circulaires à tous lés bailliages , avec ordre d’élire des députés aux états généraux. Il fit quelque séjour à Chartres; la reine mère lui présenta le duc de Guise , le cardiual de Bourbon et le duc de Nemours. Le roi les reçut avec les marques extérieures de bienveillance. La guerre contre les réformés fut publiée ; et afin de la pousser avec vigueur
(i) Galerie philosophique du seizième siècle, tom.2.
pag. 99.
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les ducs de Mayenne et de Nevers étaient nommés généraux de deux armées , dont l’une devait agir en Dauphiné , l’autre en Poitou.
Il fut ensuite question de la nouvelle dignité dont le duc de Guise ..était investi par l’édit d’union j on le modifia : le roi ne lui accorda pas le titre de lieutenant général de la couronne , mais sous le nom de généralissime de toutes les armées, il posséda la principale partie de l’autorité des connétables de France , pour la levée , les revues , la paye et le commandement des troupes. Cette charge , réunie à celle de grand maître de la maison duroi, possédée par lui , l’investissait des principales prérogatives des maires du palais, sous les princes mérovingiens.
Henri poussa la dissimulation jusqu’à éloigner d’auprès de lui les personnes qu’il honorait d’une entière confiance ; il avait déjà engagé le duc d’Epernon et son frère Lavalette , personnellement odieux à la maison de Guise, de se retirer pour un temps dans leurs terres. Le chancelier de Chiverni , le surintendant des finances Bellievre , les secrétaires d’état Brulard, et Villeroi, eurent ordre dequitter la cour. Ces deux derniers furent remplacés par Martin Rosé de Beaulieu, et Louis Révol (1). Mon-
( 1 ) Mém. de Chiverni.
HENRI III. 3og
tholon , fameux avocat au parlement de Paris, fut créé garde des sceaux. Frànçois d’O eut l’intendance des finances , mais le roi se conduisait par les avis d’un conseil secret , com- v posé du maréchal d’Aumont, du comte de Rambouillet, d’Alphonse Ornano et du médecin Miron, amis des ministres renvoyés.