CHAPITRE XXXIX
Seconds étais de Blois.
La cour arriva à Blois le 27 septembre; il s’y trouvait peu de députés. L’ouverture de l’assemblée fut remise au mois suivant ; elle eut lieu le 10 octobre. Le .clergé était représenté par cent quatre députés, parmi lesquels on comptait quatre archevêques , vingt - un évêques, et deux abbés, chefs d’ordre. Les évêques étaient revêtus du rochet et du camail, et les ecclésiastiques du second ordre , du surplis. On comptait cent quatre-vingts représentans de l’ordre de la noblesse ; ils portaient un riche manteau (1) sur leur pourpoint, et
(1) Méserai , Abr. cbron. de l’hist. de France , lîv. 3 . De Thon , liv. 92. Essai sur les états généraux dp France, tom. 2.
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sur la tête une toque de velours. Cent quatrevingt-onze députés représentaient le tiers état , tous gens de justice ou de commerce. Les premiers avec la robe et le bonnet carré} Jes seconds avec le capot et le bonnet rond.
* Non-seulement tous les députés étaient catholiques, mais la plupart se montraient tellement attachés à la ligue que , plusieurs jours avant l’ouverture des états , s’étant assemblés en comité préparatoire , ils sollicitèrent le roi de leur envoyer l’édit d'union , afin qu’ils en jurassent l’observation. *
Cette assemblée, comme celle tenue quelques années auparavant dans la même ville , commença par une procession où le roi, environné de ses compagnons de débauche , invoquait le Saint-Esprit én méditant la perte des Guise , tandis <pie les Guise se conduisaient de la même manière en méditant la perte du roi. Le clergé de toutes les églises de Blois précédait les trois ordres. Le roi, entre les deux reines , sa femme et sa mère , suivait le Saint-Sacrement porté par un archevêque; les princes et les grands officiers de la couronne environnaient le monarque.
Tous les députés s’étant rassemblés dans la grande salle du château , le roi s’assit sur un trône surmonté d’un dais ; les reines , les princes, les cardinaux, les pairs et les officiers de la couronne prirent place autour de lui ;
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la compagnie de gentilshommes appelée à bec * à corbin , se rangea derrière eux , tous sur un vaste échafaud richement décoré.
Aux pieds du roi , le duc de Guise , grand maître de France , assis sur un tabouret à bras , tenait en sa main un long bâton semé de fleurs de lys d’or; à gauche , le garde des sceaux , Montholon , s’asseyait sur un autre tabouret ; à droite , était la place du duc de Mayenne , grand chambellan, alors à la tête d’une armée en Dauphiné ; devant le roi , sur une estrade moins élevée , se placèrent les secrétaires du roi et les conseillers d’état. Le nonce du pape , les ambassadeurs et les dames de la cour , regardaient du haut des galeries fermées par des jalousies. On avait élevé des gradins sous ces jalousies pour les curieux.
Les députés des trois ordres s’étaient placés avant que le roi entrât dans la salle ; ils se réunirent d’abord dans la cour du château, un héraut les appela; d’autres hérauts les recevaient à la porte et les conduisaient au grand maître des cérémonies; cet officier assignait à chacun sa place. Tous les députés étant assis , le duc de Guise salua l’assemblée et alla chercher le roi.
Tout le monde se leva lorsque Henri 111 entra dans la salle ; les députés écoutèrent de bout le discours de ce prince. 11 commença par assurer les étals de la droiture de ses inten-
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lions ( î ) pour le bien et la tranquillité du royaume} il exhorta les députés à se dépouiller de tous préjugés pour fermer les plaies de l’état} enfin, il les conjura de l’assister de leurs conseils , sans prêter l’oreille aux perfides insinuations des malintentionnés, et encore moins aux clameurs des factieux. Le garde des sceaux harangua ensuite } il loua , suivant l’usage, la bonne volonté du prince , et exposa plus au long les objets que le prince n’avait fait que désigner. L’archevêque de Bourges ré-r pondit au nom du clergé par des protestations de respect et de soumission. Le baron de Beaufremont, fils de celui qui avait présidé la no-? blesse aux états précédens, parla au nom de la noblesse, et la Chapelle-Marteau, prévôt des marchands de Paris, au nom des communes (2).
La seconde séance fut indiquée pour le 18.
Dès cette séance, Henri 111 reconnut que l’esprit de la ligue dominait entièrement dans les états, et que les Guise y donnaient à leur Volonté et à leur intérêt, le caractère apparent delà volonté et de l’intérêt de la nation. D’abord il fut forcé de renouveler l’édit de réunion et d’en jurer solennellement l’observation} triste cérémonie dont il s’était imposé à lubmême la
(1) Recueil général des états, part. 2, pag. 84.
(2) De Ti»ou, liv. 9a.
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dure nécessité. Le roi , après avoir proscrit le quart des Français et l’héritier présomptif de sa couronne, défendait à ses sujets toute autre association que celle de la saiute ligue, sous peine d’étre punis comme criminels de lèsemajesté.
Toute l’assemblée fit le même serment. Un acte en fut dressé par un secrétaire d’état ; il portait : « Le roi , séant à Blois dans l’assemblée des états généraux (t), a juré sa foi et parole de roi , de tenir et d’observer cette loi en tout ce qui dépendra de lui; les cardinaux de Bourbon et de Vendôme, le comte de Soissons, le duc de Montpensier, les cardinaux de Guise, de Lenoncourt , de Gondy , les ducs de Guise , de Nemoui’s , de Nevers , de Retz ; le garde des sceaux , le conseil du roi et les députés des trois états ont pareillement juré de garder et d’entretenir inviolablement ladite loi, tant en leur nom que pour les provinces et les ordres dont ils sont les représentans.
De Thou (2) observe que pendant cette cérémonie, les ligueurs paraissaient applaudir au roi ; mais , qu’à certains signes , on s’apercevait qu’ils croyaient l’avoir rendu leur dupe :
(1) Mém. de la ligue- Recueil des états généraux de Toussaint Qu inet.
(2) De Thou , liv. 92.
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i5 gjj l’effet de tant de sermens , ajoute l’historien , liait plus fortement les ligueurs au duc de Guise.
Cependant les Guise se méfiaient du roi ; ils se plaignirent de plusieurs phrases de son discours , et les corrigèrent eux-mêmes ayant qu'il fût imprimé. Le roi se prêtait à tout ce qu’on désirait de lui : non-seulement il laissa interpréter son discours comme il convenait aux Guise, mais, ayant juré sur l’eucharistie qu’il leur vouait une amitié parfaite , il ajoutait d’un ton converti , qu’il voulait se reposer désormais de l’administration de l’état, sur la reine mère et sur le duc de Guise , pour passer le reste de ses jours dans la retraite et dans les pratiques (i) de la religion.
Cette conduite encourageait le clergé à solliciter la prompte publication du concile de Trente , moyen infaillible pour attacher la cour de Rome à ses intérêts. Bientôt les trois ordres décrètent que le roi de Navarre et les autres princes de la maison de Bourbon , suspects d’hérésie , sont exclus de tout droit à la couronne de France. L’archevêque d’Embrun , Guillaume d’Avançon , suivi de douze députés de chaque ordre, vient demander au roi la sanction de ce décret.
(i) Journal de l’Étoile , tom. a , pag. i36.