CHAPITRE IX
S uites de la bataille de Moncontour. ;
.A. près la bataille de Moncontour, l’amtrdl tint un conseil de guerre dans Parthenay.»
Presque tous ses capitaines consternés paraissaient disposés à céder à leur mauvaise fortune et à implorer la clémence du roi. Coligny P ren d la parole : après avoir observé que les chose^ n’étaient pas réduites à une extrémité assez terrible pour jeter les réformés dans ledésespoir; il ajouta: «dans lesbatailles,
la perte des hommes décide moins des succès
(1) Celles de Dreux , de Saint-Denis, de Jarnac et 'de Moncontour.
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généraux que l'étonnement et la consternation. Celui qui ne croit pas être vaincu, ne l’est pas en effet; nos ennemis ont évité (le nous combattre tomes les fois que leur nombre n’a pas été supérieur «l’un tiers au nôtre, ils redoutent donc notre supériorité réelle (i).
» Cette supériorité, nous la conserverons toujours, les soldats ne nous manquerons pas. L’Allemagne offre une pépinière de guerriers , Elisabeth, iuléresséeà protéger notrccause , augmentera ses secours en proportion de nos besoins. Nous avons des intelligences pour surprendre plusieurs villes dans l’intérieur du royaume. Ces événemens diviseront les forces et déconcerteront les projets des catholiques. Le comte de Montgommeri approche avec une nombreuse et vaillante armée, levée dans leBearn et dans la Gascogne; elle nous mettra bientôt en état de paraître en campagne plus redoutables que jamais.
» Compagnons , reprenez ce courage indompté que j’admirais en vous au milieu des périls, et daus peu nos affaires seront rétablies. •Enfin , si vous désirez la paix , ne l’attendez que de votre courage. Implorer la clémence du vainqueur dans la chaleur meme de sa victoire , c’est se mettre à sa discrétion. Tem-
(i) Mém. de Castelnau , Ur. 7, chap. jo.
3 a 1 IIST. DE ER., II e . P. , L. IV.
porisons du moins , l’expérience doit vous avoir convaincu que c’est le seul moyen d’obtenir des conditions tolérables». -
Le prince de Béarn, le prince de Condé , le comte Nassau , le comte de Mansfeld applaudirent aux senlimcns de l’amiral. Ceux des capitaines réformés les plusdisposés à tenter des propositions de paix ,nepouvaient disconvenir que sans de nouveaux efforts bien dirigés, on ne pouvait se flatter d’obtenir une pacification solide et honorable ; tous résolurent de s’en rap- ' porter à la prudence de l’amiral.
Dès la nuit (i) même, des couriers furent expédiés en Allemagne et à Londres , pour rendre compte de la dernière bataille et solliciter de prompts secours. On écrivit aussi aux chefs des réformés dans les provinces, pour les exhorter à ne pas se laisser abattre par le malheur qu’on venait d’éprouver. A l’issue de la bataille, Catherine de Médicis avait envoyé Michel de Castelnau (i) à la Rochelle, pour assurer la reine de Navarre qu’elle était disposée à faire aux réformés une composition honnête, pourvu que, posant sur-le-champ les armes, ils retournassent tranquillement chez eux. Cette princesse , sans se laisser abattre par l’ad-
(1) La Popeliniêre , liv. 20.
(2) Mém. de Castelnau, lir. 7.
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CHARLES MAXIMILIEN. 33 ver$Ué (i) répondit en termes généraux, que ravie de rendre la tranquillité à la France , elle recevait avec reconnaissance les marques de bienveillance de la reine; mais que ces marques de bienveillance ne s’accordaient pas avec la conduite du conseil de Paris; qu’il avait envoyé un agent à Madrid avec des instructions peu assorties aux paroles pacifiques de la reine; que la cour de Paris fomentait des troubles en Angleterre pour empêcher la reine Elisabeth de secourir les réformés de France ; que des lettres du cardinal de Lorraine au duc d’Albe interceptées , donnaient aux réformés de nou- , vcllcs défiances ; que le projet paraissait formé de les exterminer; niais néanmoins qu’elle ferait part des offres de la reine aux chefs principaux , dont les intérêts étaient inséparables des siens , et qu’elle enverrait au roi une requête contenant de justes demandes pour la sûreté de la religion , de la vie et des biens de tous les réformés de France.
11 lut résolu dans un conseil secret , de se borner à la défense de la Rochelle , de Saint- Jean d’Angely et d’Angoulême, dont les fortifications étaient bonnes; d’abandonner le Poitou , et d’envoyer les troupes inutiles pour les trois garnisons , dans les montagnes
(i) Daniel, Hist. de France, lom. 6. Mdm. de Castelnau, ibid.
Tom. II , a», part. 3
d Auvergne, de Gascogne et de Languedoc»
ou un petit nombre d’hommes pouvaient se se défendre avec avantages , en attendant que les secours des princes d’Allemagne et de la reine Elisabeth les missent en état de recommencer une guerre offensive.
Cette résolution prise, on marcha vers Niort, et lorsque les débris de l’armée furent rassemblés auprès de cette place , l’ordre fut donné de continuer la retraite. A peine les soldats se virent assez éloignés de l’armée catholique, pour ne pas craindre de tomber dans les mains des vainqueurs , que le plus grand nombre abandonnait les drapeaux , les uns parce qu’ils manquaient de moyens de subsistances , les autres pour rétablir leurs affaires ruinées par la guerre. Les princes en arrivant à la Rochelle , comptaient à peine à leur suite quatre mille cavaliers français ou allemands, et à peu près autant de fantassins, la plupart allemands. L’infanterie et une partie de la cavalerie furent distribuées dans les villes dont la défense avait été déterminée. On confia la Rochelle au comte de la Rochefoucault et à la Noue j cer dernier avait été fait prisonnier à la bataille de Moncontour , mais profitant de la négligence de ses gardes, il s’était mis en liberté le lendemain du combat. Depiles s’enferma dans St.-Jean d’Angely, et le baron de Pomivy, parent de la reine de Navarre , dans Angoulème.
(CHARLES MAXIMILIEN; 33 Après ces dispositions , les princes prirent ^ à grande journée , avec le reste de leur cavalerie, la route de Montauban pour se .réunir à la division de Monlgommcri.