‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 71 sur 101 · CHAPITRE XLI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLI

Assassinais du duc et du cardinal de Guise.

On tourna cet événement en plaisanterie le lendemain, mais il avait fait sur l'esprit du roi l’impression la plus sinistre. Aigri par les injures passées, effrayé par les dangers présens et futurs, il résolut de se défaire par un assas- • sinat d’un sujet rebelle (1), qui s’était mis audessus des lois. La mort du duc et du cardinal de Guise fut résolue dans un conseil secret, où furent appelés le maréchal d’Aumont, l’ancien surintendant des finances Bellievre, Nicolas d’Angennes de Rambouillet, Armand Duplessis, prévôt de l’hôtel, et Miron , médecin du roi , dont j’emploie la relation manuscrite qui se 1 trouve dans la bibliothèque impériale (2). D’Aumont conseillait au roi de faire arrêter les deux frères et de les mettre en justice comme cri-

(1) Le roi reçut un billet ne contenant que ces deux mots : Mots Coradini vita Caroli , mors Caroli vita Ca rodini. Cayet, tom. 1.

(2) Galerie philosophique du seizième siècle , tom, a, pag. 100. DeThou, liv. 93.

minels de lèse-majesté. Ce projet ne pouvait satisfaire le roi , parce que la plus grande partie des pairs et des officiers du parlement ^étaient ligueurs. Le duc de Guise s’était conduit avec tant d’art à la journée des barricades , qu’il avait paru réprimer le peuple au lieu de l’exciter à la ré.volte ; d’ailleurs le roi avait publié une amnistie. Cette journée ne pouvait donc faire le sujet d’une accusation contre le duc. -

Enfin , dans l’état des choses , aucun magistrat n’aurait osé condamner à mort le cardinal de Guise. Rome, alors toute puissante par les préjugés des peuples , donnaitàun cardinal le droit de troubler impunément les étals. On conclut à faire poignarder le ducetle cardinal : l’exécution de ce double meurtre n’était pas aisée. Le duc , suivant l’usage du temps , était constamment entouré d’une foule de guerriers ; ils l’accompagnaient jusqu’à la porte de la salle où se tenait le conseil. Une fois entré , il se trouvait environné d’un assez grand nombre d’amis ou de complices, pour n’avoir à craindre aucune surprise. Voici le parti qu’on prit.

Du grand escalier on parvenait dans le salon où le conseil était en usage de s’assembler ; au bout du salon , était le cabinet du roi ; à main droite sa chambre à coucher; à main gauche, une garde-robe. Vis-à-vis la porte du cabinet, était une petite pièce communiquant à une galerie d’où l’on descendait, par un escalier dé-

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robe, à l’appartement de la reine mère. Les gentilshommes dcmtles conseillers d’état étaient accompagnés, s’arrêtaient dans la salle antérieure à celle du conseil. Le roi résolut de faire assassiner les deux Guise un jour de conseil, Lognac , un des gentilshommes de sa chambre, se churgea de commettre ce meurtre avec plusieurs des quarante-cinq dont j’ai parlé précédemment.

Henri III vint au conseil le 22 décembre, et dit qu’il souhaitait qu’on expédiât le lendemain plusieurs affaires pressantes, afin de pouvoir se livrer à ses dévotions durant les fêles de Noël. *

Guise fut prévenu par plusieurs personnes du danger dont il était menacé} la veille même • de sa mort, il trouva sous son couvert , en se mettant à table, un billet dans lequel on l’assurait que le roi voulait le faire tuer. 11 prit un crayon, mit au-dessus de l’écriture ces deux mots ( 1 ) : Il n’oserait , et laissa le billet où il était. Cette sécurité prouve l’étendue du péril dans lequel se trouvait le roi. En effet , nous lisons dans le Journal de l’Etoile, un trait semblant attester que Henri III ne fit que prévenir Je duc de Guise ! « Attendez , disait Péricard, secrétaire du duc» le 5o novembre , à ceux qui

(1) Mathieu , liv. 8. De Thon , liv. g3.

demandaient des passe-ports, attende! , bientôt nous changerons de qualité. »

Le a3 , à huit heures du matin , le duc étant arrivé dans la salle du conseil avec le cardinal son frère , un huissier de la ehambre vint l’avertir que le roi avait une affaire importante à lui communiquer. Il se lève sans crainte, salue, sort de la salle du couseil , entre dans le cabinet du roi , est reçu avec respect par ceux qui allaient l’égorger. Au moment où la porte de la chambre à coucher du roi s’ouvrait , neuf satellites se jètent sur lui , saisissent son épée et le frappent;; il se débat , secoue les assassins avec tant de brait , que son frère se leva pour venir à son secours ( 1 ). Il n’était plus temps , le duc était tombé dans son sang. Le maréchal d'^umont arrête le cardinal et l’enferme dans un grenier. On s’assure , dans le même temps, du vieux cardinal de Bourbon , de la duchesse douairière de Guise , du prince de Joinville des ducs de Nemours et d’Elbœuf , des comtes de Hautefort, de Brissac , de Saint- Aignan.

Richelieu , prévôt de l’hôtel , entre dans la salle des états , en criant qu’on avait voulu assassiner le roi. Il arrête le président de Neuilly , le pré-

(1) Davila, Gnerr. civ. de France, Uv. 91. 13 e Thon, liv. 93. Cayet, ton. I. Tortora , Hist. de* guerr. de religion do France.

vôt. des marchands , deux échevins de Paris, et Vincent Leroi , président au présidial d’Amiens. Les députés épouvantés prennent la fuite 3 les uns sortent de Blois 3 les autres ne s’étant pas assez pressés de partir , trouvèrent les portes de la ville fermées, et furent contraints de cacher leurs appréhensions sous de faux témoignages de joie. Le cardinal fut assassiné le lendemain (1) à coups de hallebardes.

Richelieu fil brûler les corps des deux frères et disperser leurs cendres , de peur que la multitude n’en fît des reliques. « Me voilà enfin roi ! disait Henri III à la reine mère , alors malade de la maladie dont elle mourut. — Votre habitent bien coupé, répondit Médicis, il s’agit de le coudre. » , , # •

C’est à quoi Henri n’avait pas songé. Le duc de Nemours s’évada, soit en gagnant ses gardes à force d’argent, soit en profitant de leur négligence. Anne d’Est, mère du duc et du cardinal de Guise , fut mise en liberté par ordre du roi. Presque tous les autres prisonniers étaient membres des états ; ils furent réclamés par l’assemblée , on les lui rendit. Le roi voulait faire arrêter (2) le duc de Mayenne dans

( 1 ) Journal de Henri III.

( 2 ) Hist. du conndtable de Lesdignières, liv. 3. De Thou, liv. ç3.

l’armée commandée par lui ; averli à temps , il se réfugia dans son gouvernement de Bourgogne , et devint bientôt chef des ligueurs.

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