‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 72 sur 101 · CHAPITRE XL II · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL II

Mort de Catherine de Médicis. La Sorbonne déclare Henri III déchu du trône.

L a mort de la reine mère fut le dernier acte de cette tragédie. Cette princesse , âgée de soixante et dix ans, fut percée jusqu’au coeur lorsque , le lendemain de l’assassinat des Guise ayant été visiter le cardinal de Bourbon , il lui jeta en face ce sanglant reproche : # « Quoi ! madame, vous nous avez tous menés à la boucherie ! » Elle était déjà malade , son mal augmenta; elle mourut le 5 janvier 1589.

Sa mort fut regardée comme une chose indifférente ; elle ne causa ni joie ni tristesse. Cette femme , après avoir occupé durant trente ans les cent bouches de la renommée , fut bientôt oubliée au milieu des convulsions de la France.

Tandis que dans Blois Henri III examinait les cahiers des états, au lieu de marcher rapidement à Paris avec son armée , ses ennemis soulevaient la France. Rien ne saurait peindre

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la fureur de la ligue (f) , à la nouvelle de la mort de son chef. La populace ardente à remuer n’éclatait pas seule , tous les ordres de l’état se soulevaient; l’assassinat d’un guerrier et d’un prêtre rendait Henri III exécrable à la moitié de la France, sans augmenter son pouvoir. Ce meurtre était utile au roi de Navarre; cependant il n’en témoigna aucune joie. Duplessis Mornay empêcha les Rochellois de faire des réjouissances à ce sujet , dans la crainte qu’on reprochât un jour aux réformés d’avoir approuvé une action regardée généralement comme criminelle. Les états de Blois furent congédiés le 4 janvier 1589.

La nouvelle du meurtre des Guise fut portée à Paris par un Courier dépêché par l’ambassadeur d’Espagne (2). Les boutiques sont fermées à l’instant; la multitude s’assemble en tumulte sur les places et dans les principales rues. Les uns courent à l’hôtel de Guise où demeuraient Catherine de Cléves , duchesse de Guise , et sa belle-sœur , la duchesse de Montpensier. Le conseil des Seize s’étant assemblé, élut pour gouverneur de Paris , Charles de Lorraine , duc d’Aumale. Un secret pressentiment l’avait

(1) De Thoti, liv. 93.

(2) Cet ambassadeur, quittant Blois assez brusquemeut , se retira à Paris. Daniel, Hist. de France, tom. 6.

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éloigné des étais ; il accepta le gouverne- j'TjjT ♦ment de Paris, en promettant de ne rien entreprendre sans l’aveu du conseil de la ligue.

Le fanatisme déjà extrême , avait acquis de nouvelles forces ; toutes les églises retentissaient des noms de tyran, à’ assassin , à! ennemi de ia religion et de l'état , donnés à Henri III parles prédicateurs catholiques. On prodiguait aux Guise les noms de saints martyrs .

Le a8 décembre, le conseil des Seize fit présenter à la Sorbonne , au nom de la ville de Paris , un écrit danslequel, après un récit pompeux des services rendus par les princes de la maison de Lorraine, on exposait que le roi avait fait inhumainement massacrer les défenseurs de la religion catholique ; et on demandait si ce prince , par ce forfait , n’était pas déchu de sa couronne (t) , et si les sujets , déliés du serment de fidélité , pouvaient en sûreté de conscience refuser d'obéir à un monarque hypocrite , soutien déclaré des calvinistes , persécuteur de la sainte église , et meurtrier d’un cardinal , sans respect pour son caractère sacré ? La Sorbonne répondit que les Français étaient déliés du serment de fidélité et du devoir d’obéissance envers Henri de V alois , et qu’il leur était loisible de prendre les armes contre lui.

(i) ..Vîém. do la ligue, tom. 3.

Armée de ce décret , la multitude perdant toute retenue, détruisait les armes de Henri 111 sur les monumens publics. On recherchait les individus soupçonnés d’être attachés aux partis protestant ou politique. Sous ce prétexte, les personnes pacifiques et ne prenant aucune part aux troubles publics, étaient menacés de la perte de leurs biens et même de leur existence} plusieurs furent contraints de sortir de Paris, pour chercher ailleurs leur sûreté ; d’autres se rachetaient à prix d’argent. Un grand nombre périt misérablement , malgré les soins du duc d’Aumale. Toutes les rues se remplissaient d'hommes armés ; Paris ressemblait à une ville livrée au pillage. -

Achille du Harlay (i), premier président au parlement de Paris , s’opposait d’une manière indirecte à cette frénésie , et tâchait de modérer l’effervescence des esprits irrités. Le conseil de la ligue regardant la couronne comme vacante, avait ordonné une nouvelle convocation des états généraux dans Paris. Il n’osait pas répandre cette proclamation dans les provinces sans qu’elle eût été enregistrée dans les cours supérieures. On s’attendait à trouver des oppositions invincibles dans le parlement aussi longtemps qu’il serait présidé par Achille du Harlay,

( 1 ) Journal de Henri III.

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pnr Pierre Séguier , par Jacques Auguste de Thou , et par plusieurs autres magistrats attaches à l’antique constitution de la monarchie ; le conseil delà ligne triompha de cet obstacle par le coup d’éclat le plus extraordinaire.

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