‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 77 sur 101 · CHAPITRE XLVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVI

Le roi quitte Blois pour se retirer à Tours.

Henri avait auprès de lui le régiment des gardes et un corps de Suisses assez considérable. Le duc d’Epernon lui amenait quatre mille hommes d’infanterie et huit cents chevaux. Les princes du sang, le duc de Montpensier, le prince de Conti et le comte de Soissons se trouvaient à Blois avec leurs compagnies d’or- , donnanee ; le maréchal de Montmorency, chef du parti politique , augmentait celte petite armée d’un corps de troupes levées dans son gouvernement de Languedoc. Toutes ces forces réunies ne pouvaient résister à l’armée du duc de Mayenne , maître d'Orléans. Le roi prit le parti de se retirer à Tours, où il n’était guère plus en sûreté.

11 lui restait la ressource de faire la paix et une alliance défensive avec le roi de Navarre ; mais , en prenant ce parti , il s’exposait évidemment à passer pour fauteur des hérétiques ; il encourait le blâme de violer les édits dont il avait juré l’observation avec tant de solennité dans les états de Blois. D’ailleurs , comment trouver de l’argent pour payer les troupes; les

revenus publics étaient montes sous son règne, suivant les mémoires de Sully , à trente - un million en i58t ( 1 ); mais, depuis lors, la misère et l’anarchie avaient tari cette source de richesses , et le duc de Mayenne percevait les tailles dans les provinces où la ligue dominait. Henri tenta toutes sortes de voies pour apaiser le ressentiment du duc de Mayenne; il lui offrait les conditions les plus avantageuses (a). On assure que le duc répondit au nonce du pape , charge de cette épineuse négociation : Je ne pardonnerai jamais à ce misérable.

Henri III eut alors recours au roi de Navarre, qu’il eût dû, dès le commencement de la ligue, choisir pour son appui, non-seulement comme le plus intéresse au maintien de la monarchie, mais comme un prince dont il connaissait la franchise , dont lame était au-dessus de son siècle , et qui n’aurait jamais abusé de sa qualité d’héritier présomptif de la couronne.

Henri, roi de Navarre , favorisait cette réunion par plusieurs écrits , dont la plus extrême modération formait la base, et par une conduite conforme à ces écrits (3) , dans toutes

(r) Le marc d’argent valait 19 francs , et le marc d’or 222 . ,

(a) Mdmorie di Morosini , lib. 3.

(3) Mém. de Sully, toin. i.-Mém. de la ligue, tom.3.

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f. HENRI III.’ & 347

♦es villes de la Guicnne , du Poitou -et de la * Sai oronge dont il était le maître ; les catholiques jouissaient de la liberté de conscience la plus illknitée» Ghatellerault s’étant rendu à lui par composition, il y publia un manifeste ( 1 ), dans lequel condamnant toute rébellion contre l’autorité légitime , il offrait non-seulement •de se soumettre au roi , pourvu que sa liberté de conscienceffût assurée , mais il exhortait tous ses partisans à l’imiter dans une conduite si ■glorieuse, afinde justifier aux yeux de l’univers la droiture de leurs intentions , et que le seul désir d’obtenir la liberté d’exercer leur religion, en laissant la même liberté à leurs oppresseurs, les forçaient à rester armés. Ce manifeste , adressé aux trois ordres du royaume , fut envoyé au roi à Tours. Leduc d’Epernon et le maréchal de Montmorency ( 2 ), dont les Guise avaient juré la ruine , faisant valoir les dispositions du roi'de Navarre, achevèrent de déterminer Henri 111, ébranlé par les observations d’un grand nombre de personnes désintéressées.

Le nonce Morosini faisait au contraire tous ses efforts pour détourner le'rt»i ! (3)-de prendre

(1) M<?m. de Duplessis Mornay, tom. i.Cayet,tom. 1 .

( 2 ) Méns. de Sully, tom. 1 . Hist. du duc d’Epernon ,* liv. 3.

(3) MJmorie di Morosini, lib. 3.

348 HTST. DE ER., H*. P., L . y.

ce paiti. Tl obtint 1 autorisation de proposer au duc de Mayenne des articles de paix. Le prélat romain oflrait au duc de Mayenne , avec le gouvernement de Bourgogne, le droit de mettre dans toutes les villes des gouverneurs a sa volonté , eide nommer à toutes les charges. Au jeune duc de Guise, le gouvernement de Champagne, avec deux villes de sûreté dans cette province. Le gouvernement de Lyon, au duc de ï\ entours j celui de Picardie au duc d Aumale , avec deux villes de sûreté. On promettait les deux premiers gouvernemens de pro\ inces qui viendraient à vaquer, au prince de Joinville et au duc d’Elbeuf. Enfin , on donnait au marquis de Pont-à-Mousson , fils aîné du duc de Lorraine, le gouvernement de Metz, Toul et Verdun, en stipulant la réunion de ces villes et de leurs dépendances au duché de Lorraine , si le roi venait à mourir sans enfans males. Ces propositions ayant été rejetées par le duc de Mayenne , le légat Morosini manda au roi de pourvoir à sa sûreté comme il le jugerait convenable ; que pour lui, tie pouvant demeurer auprès d’un prince sur le point de combattre les catholiques à 1 aide des protestans , il se disposait de retourner à Rome.

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