‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 78 sur 101 · CHAPITRE XL VI I · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL VI I

Henri III se réconcilie avec le roi de Navarre.

•jP|üPLESSis Momay étant venu à Tours de la - part du roi de Navarre , une trêve fut signée. E|j| devait durer un an , à condition que dans tous les lieux où les réformés étaient les maîtres , l’exercice public de la religion catholique subsisterait , conjointement avec celui de la religion réformée , et que le roi de Navarre servirait en personne le roi avec quatre mille hommes d’infanterie et douze cents chevaux.

On remettait au roi de Navarre la ville de Saumur (1), afin de lui procurer un passage libre sur la Loire. Henri IV en confia le gouvernement a Duplessis Mornay qui en fortifia le château. La même trêve fut signée en Dauphiné par le colonel Alphonse d’Ornano avec le duc de Lesdiguières; leurs troupes se réunirent sur-le-champ contre l’ennemi commun.

La trêve étant signée (a) par la médiation du duc d’Epernon , des obstacles particuliers re-

( 1 ) Métn. de Duplessis Mornay , tom. 1 .

(a) De Thou , liv. ç5, Hisl. du duc d’Epernon, liv. 3.

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tardaient l’entrevue des deux rois. Le roi de Navarre venait à la cour avec une répugnance marquée : les siens lui remettaient sans cesse devant les yeux le massacre de la St.-Bnrihelemi ; celui des deux Guise augmentait son anxiété. On répétait tous les jours à ses oreilles qu’un prince hypocrite pouvait bien avoir le dessein d’acheter du pape l’absolution du meurtre du cardinal de Lorraine en assassinant Henri IV (i). Malgré ces sinistres présages, le roi de Navarre se rendit auprès de Henri III , au château Duplessis-les-Tours. La première entrevue fut assez courte ; mais la franchise du caractère de Henri IV l’emporta bientôt sur toutes les appréhensions que ses vieux capitaines voulaient lui inspirer.il sentait aussi que par cet abandon généreux il s’ouvrait le chemin assuré du trône.

Henri 1 II publia alors deux édits ( 2 ); dans le premier, il déclarait le duc de Mayenue et ses adhérens, criminels de lèse-majesté et confisquait leurs biens s’ils n’avaient pas posé les armes dans le délai de six semaines; il rendait compte dans le second , de ses motifs pour traiter avec le roi de Navarre. Les deux rois

(i)Percfixc, Hist. de Henri- le -Grand. Mém. de Beauvais Nangis.

(a) Daniel, Hist. de France, tom- 6.

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ayant passé plusieurs jours ensemble à prendre les mesures convenables pour pousser la guerre avec vigueur , Henri IV revint à Ch i non pour faire avancer ses troupes , qui faisaient difficulté de se mêler avec les troupes catholiques (i).

Aussitôt que l’union des deux rois fut connue à Paris , la fureur de la multitude redoubla. Henri de Valois parut l’ennemi le plus perfide de la religion catholique. Les curés et les moines dans leurs prônes et leurs sermons , échauffaient les esprits contre les deux rois j les mêmes anathèmes les foudroyaient, disait-on, dans toutes les chaires puisqu’ils faisaient conjointement la guerre aux catholiques.

Quoique Sixte-Quint n’csiimàt pas les ligueurs, sa place lui faisait un devoir de les favoriser. 11 fulmina contre Henri III ( 2 ) , un inonitoire , dans lequel il le citait à comparaître devant lui dans l’espace de soixante jours, en personne ou par procureur, le déclarant excommunié en vertu de la bulle in ccena domini , si dans un mois le saint siège u’etait pas informé de son obéissance.

Cette bulle in cœtta domini (3) , composée

( 1 ) Perefixe, Hist. de Lonis-le-Grand.

(a) Millot , Elcm. de l’hist. de Frauce, tom. 3. M< ; zerai , Abr. chron , tom. 3.

' (3) Millot, Elérn. de l’hist. de France , tom. 3.

35a HIST. DE fR., II*. fc. , L. V.

“ ~ de plusieurs bulles publiées en i568 par Pie V>

y ‘ toujours rejetée en France et en plusieurs autres états, toujours lueà Romele jeudi saint, avait principalement pour objet les immunités de l’église; elle excommuniait les princes qui exigeaient des gens d’église quelques contributions que ce pût cire; elle défendait même d’imposer de nouvelles taxes sur les laïques sans une permission expresse de Rome. Les excommunications sans nombre qu’elle exprimait étaient toutes réservées au pape. Elle excommuniait quiconque osait appeler , au futur concile, des sentences du pape, quiconque croyait que le pape était soumis au concile général. Toute la France était excommuniée à jamais par cette bulle , puisqu'on y suivait la doctrine du concile de Constance au sujet de la supériorité du concile général sur le pontife de Rome. Tous les rois de France étaient à jamais privés des droits de souveraineté , et la cour de Rome se montrait armée de censures pour soutenir scs anciennes prétentions. Mais si les princes , les ministres et les peuples venaient un jour à ouvrir les yeux , quels effets ne devait pas produire cet abus de l’autorité pontificale (i).

( 1 ) La lecture de cette bullp. a ctd supprimée à Rome par le pape Ganganelli.

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Croirait -on que Henri III , que le meurtre du cardinal de Guise n’avait pas effrayé , parut consterné de ce monitoire fulminé contre sa personne, qu’il trembla sous la menace de l'excommunication. Henri IV eut beaucoup de ' peine à le rassurer : « Soyons vainqueurs, lui disait ce prince , et nous aurons l’absolution ; mais , si nous sommes battus , croyez que nous resterons excommuniés aggravés et réaggravés ( 1 ); » Effectivement , le cardinal de Joyeuse avait écrit de Rome qu’on donnerait ou qu’on refuserait l’absolution au roi , suivant que ses armes seraient heureuses ou malheureuses*

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