‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 82 sur 101 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Le Cardinal de Bourbon est proclamé roi par les ligueurs.

La mort de Henri III ne causait pas moins d’anxiété dans Paris que dans le camp du roi. Les parens et les amis du duc de Mayenne et Surtout la duchesse douairière de Montpensier

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i5S<j. sa sœur > ^ Ui conseillaient de se faire proclamer roi de France par ses nombreux partisans. On lui remontrait qu’il ne devait pas laisser échapper une si belle occasion offerte parla fortune. Déjà reconnu chef de la ligue, il était obéi dans les principales villes du royaume par le Clergé tout entier et par une partie de la noblesse. Quel avantage n’avait-il pas sur un prince dont on pouvait contester les droits à la couronne , et dont la religion était détestée par le plus grand nombre des babitàns de la France.

« D’aillenrs , ajoutait-on , déclarer roi le cardinal de Bourbon , c’èst mettre réellement le roi de Navarre en possession de la couronne.

Ce cardinal touche à sa fin , et si on retondait ses droits, pourra-t-on méconnaître après sa mort ceux du roi de Navarre son neveu. En vain lui opposera-t-on alors le prétexte de religion j il lèvera cet obstacle à sa volonté , en feignant d’embrasser la religion catholique.

, Prenez pour vous-même ce que vous voulez imprudemment abandonner à d’autres. Dans peu de jours il ne sera peut-être pas possible d’exécuter ce qui est facile aujourd’hui. Le roi de Navarre a promis de se faire catholique dans six mois ; prévenez cet événement.

» Vous (1) n’avez pas un moment à perdre -,

(ij Vers le temps où le cardinal de Bourbon fut dé-

agissez avec autant de promptitude que de vigueur, sans laisser au roi d’Espagne, au pape , au duc de Savoie , et peut-être au duc de Lorraine , chef de votre maison , le temps de rompre vos mesures. A peine serez-vous salué roi , que ces monarques se verront forcés de vous soutenir, pour éviter de s’accommoder avec le roi de Navarre , ennemi du pape à cause de sa religion ; ennemi du roi d’Espagne , à caase de la Navarre dont il réclamerait la souveraineté tôt ou tard -, et ennemi du duc de Savoie , auquel il voudra reprendre le marquisat de Saluces.

» Puisque les travaux et les dangers de cette guerre sont inévitables , ne vaut-il pas mieux travailler pour vous - même , que d’exposer vos jours pour assurer le trône à un prince cassé , faible , prisonnier , et dont vous ne savez pas même quels avantages vous pouvez attendre, lorsqu’une fois vous lui aurez aflérmi la couronne sur la tôt»? »

Cet avis était bien d’accord avec les projets du duc de Mayenne j mais il ne lui était pas aisé de les mettre à exécution. Bernardin de Mendosa , ambassadeur d’Espagne auprès de la

claré roi, il envoya de sa prison, son chambellan à Henri IV, avec une lettre dans laquelle il le recoonaissai t pour son roi. Journal de Henri / tom. 4 > pag- 3 io.

38o HIST. DE FR. , II e . F. , L. VI. ligue, s’opposait à son élévation par des manœuvres secrètes, et le conseil des Seize se montrait ouvertement dans les intérêts de la cour de Madrid. Mayenne fut obligé de faire proclamer roi le cardinal de Bourbon , sous le nom de Charles (r) , et de se contenter du titre de lieutenant général du royaume. Mais dès lors, apercevant tous les obstacles qui s’opposaient à son élévation au trône de France, et désespérant de les surmonter, il ne montra plus la même ardeur pour les intérêts d’un parti qu’il avait jusqu’alors confondu avec les siens.

Personne n'a développé , avec autant de vérité que Mably (2) , les véritables causes de la chute de la ligue et des succès de Henri IV , auxquels il ne devait pas s’attendre malgré ses talons guerriers et politiques. Je crois devoir me servir ici des expressions de ce philosophe.

On a vu précédemment que le roi d’Espagne , en fomentant les malheurs de la France, se flattait d’en placer la couronne sur sa tête ou sur celle de sa fille , Isabelle-Claire-Eugenie. 11 se regardait comme le véritable chef des catholiques français j il regardait Mayenne comme son lieutenant.

(1) Méro. de Villeroi , tom. x.

(a) Considérations sur l’hist. de France, tom. 4.

« Les secours et les infidélités de la cour de Madrid retenaient Mayenne dans une indécision funeste : la ligue ayant deux chefs qui n’osaient ni se brouiller ni se servir , les catholiques divisés n’eurent plus un même esprit ni un même mouven cnt. Les provinces et 1rs

villes memes formaient des partis différens

» En effet , sans la division qui se mit parmi les ligueurs, on entrevoit à peine comment Henri IV aurait pu triompher de ses ennemis.

Ce prince était environné de réformés et de catholiques qui s’étaient fait de trop grandes injures pour agir de concert j les uns craignaient que le roi n’abandonnât leurs prêches, les autres ne l’espéraient pas. Par une suite des préjugés dans lesquels les catholiques avaient été élevés , ils sentaient quelque scrupule de rester attachés à un prince qui avait déjà changé deux fois de religion , et dont la foi serait peut-être toujours équivoque. Les réformés de leur côté , voyaient avec jalousie que Henri eût des ménagemens pour les catholiques , et s’appliquât d’une manière particulière à se les attacher par des bienfaits. Ils craignaient de servir un ennemi qui , pour monter sur le trône et s’y affermir , prendrait peut-être la pratique intolérante de ses prédécesseurs. Cependant le courage demeurait suspendu, et, tandis que le roi avait besoin d’être servi avec le zèle le plus vif, la défiance

glaçait les esprits , ou du moins le peu d’ardeur dont on était animé, laissait le temps à chacun de songer à ses intérêts personnels, de se livrer à une fausse politique , d’établir sa fortune particulière sur l’infortune publique , et même de mal servir pour rester plus long-temps nécessaire.

» Dès qu’on s’aperçut des intérêts opposés qui dirigeaient le roi d’Espagne et le duc de Mayenne , plusieurs princes espérèrent d’eir profiter pour l’agrandissement de leur fortune particulière. Le duc de Lorraine, jaloux de la grandeur d’une branche cadette de sa maison, voulait placer la couronne sur la tête de son fils, petit-fils de France par sa mère ; le duc de Savoie , descendu d’une fille de François I e *. , demandait les deux importantes provinces du Dauphiné et de Provence 5 le jeune duc de Guise , échappé de la prison qui le renfermait depuis l’assassinat de son père et de son oncle , se fit un inutile parti de tous ceux à qui son nom était cher, et que la conduite hautaine du duc de Mayenne mécontentait. Tant de factions différentes produisirent enfin dans la ligue une confusion qui l’empêcha de rien faire de décisif. Les ennemis de Henri IV le servirent presque aussi utilement que s’ils eussent été ses alliés.

» La ligue, formant un parti dont tous le»

membres travaillaient à se perdre , les affaires

de Henri IV devaient tous les jours se trouver

dans une situation plus avantageuse Le

peuple , en admirant l’activité de Heuri IV, se disposait insensiblement à lui obéir. Des que les catholiques^aperçureut de la décadence de leurs affaires , ils se défièrent de leur fortune : quelques prélats , qui auraient été fanatiques si Henri IV avaitparu moins heureux , commencèrent, par ambition, à croire qu’on pouvait se prêter à des tempéramens. Les réformés les plus inquipts sentirent qu’étant les plus faibles, ils ne pouvaient raisonnablement espérer de

détruire la religion romaine Les esprits,

ainsi disposés à la paix, Henri IV rentra dans le sein de l’église catholique. Ce changement, dans une autre occasion, eût été regardé comme une profenation 3 mais , après tant de calamités , on crut tout pour avoir un prétexte de goûter . enfin les douceurs de la paix. »

- Telles furent les causes de la fortune de Henri IV, plutôt cjue le succès des batailles d’ Arques et d’Ivry, et que le blocus de Paris, célèbre par la ridicule procession de la ligue , et que le duc de Parme fit si aisément lever.

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