CHAPITRE III
Vaine tentative de Henri IV pour faire la paix avec le duc de Mayenne.
Av» T de quitter les environs de Paris , Henri IV voulut faire une tentative d'accommodement avec le duc de Mayenne. L’ancien secrétaire d’état Viileroi fut chargé de cette commission. Mayenne l’assura que , très-informé que le massacre de ses frères avait été désapprouvé parle roi de Navarre , il n’en conservait contre lui aucun ressentiment; mais il refusa de s’expliquer plus ouvertement. Henri IV/ sans se rebuter, adjoignit à Viileroi, la Marsillière , son secrétaire privé. Mayenne refusade l’admettre à son audience^ il fit dire à Villeroi que le but de la sainte union étant d’empêcher que la couronne n’échut à un prince hérétique, il ne se croirait jamais permis de se prêter à aucun accommodement, sans qu’au préalable Henri IV fut rentré dans la communion catholique (1).
( 1 ) Daniel , Hist. de France , tom. 7 . Perefixe, Hist. de Henri-le-Grand.
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Le 7 août, le duc de Mayenne lit publier et enregistrer clans le parlement de Paris, un édit rendu dans le conseil .de l’union , qui proclamait roi de France ,. Charles , cardinal de Bourbon. Des médailles furent frappées au nom de ce prince. Le commandeur de Diou , qui avait apporté en France le monitoirc de Sixte-Quint contre Henri III, fut envoyé par les ligueurs à Rome, pour informer le saint père de l’état des choses. On dépêcha deux courriers à Madrid. Le duc de Mayenne se proposait d’y envoyer un ministre particulier après avoir entendu (i) Jean Morréo qui venait d’Espagne avec une mission particulière. Philippe II , n’osant se déclarer ouvertement contre Henri III , n’avait donné à la ligue jusqu’alors que des secours- indirects ; la mort de ce monarque le dispensait des ménagemens extérieurs. Le duc de Mayenne espérait qu’il ferait marcher toutes ses troupes pour écraser Henri IV ; en conséquence il attendait' avec impatience l’arrivée de Jean Morréo.
Henri IV, en apprenant l’enregistrement de la proclamation eu faveur du cardinal de Bourbon, envoya Duplessis Mornay à Chinon, oùce vieillard avait été enfermé par Henri III , avec ordre de le transférer aü château de
^i) £avila , Guerr. civ. de France, liv. io.
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Fontcnai , dans le voisinage de la Rochelle.
Les catholiques, attachés à Henri IV, avaient envoyé le duc de Luxembourg à Rome ; Henri IV lui donna les pouvoirs nécessaires pour entrer en négociation avec le pape. Il convoquu en même temps les états généraux pour le mois d’octobre dans Tours, où résidaient le parlement et la chambre des comptes.
La manière dont Sixte-Quint (1) reçut la nouvelle de la mort de Henri III ne paraissait pas être dans son caractère. Il prononça , dans le consistoire des cardinaux , un discours injurieux à la mémoire de ce prince. C’était l’usage de l’église romaine de faire un service solennel après la mort de tous les rois catholiques. Sixte examina s’il était convenable de rendre cet honneur au monarque français , assassiné par Jacques Clément, et conclut que ce prince étant mort dans les liens de l’ëxcommunication, il fallait le refuser. Une copie de cefte harangue fut envoyée à Paris, où) devenue publique , elle fut également désapprouvée des catholiques et des protcstans.
Cependant, le düc de Luxembourg approchant des terres de l’église , défenses lui furent faites de la part du pape d’y entrer; ce fut avec beaucoup de peine qu’il obtint la permission de
. (j) De Thou, Ur. 9 ^. / ,,.. 1 .:. q| itj
venir n Rome comme simple particulier. Sixte- Quint, sur les instances du duc de Mayenne et du roi d'Espagne, venait d’envoyer en France , en qualité de légat , le cardinal de Caëtani , accompagné du jésuite Bellarmin , pour ordonner aux Français d’exclure pour jamais de la couronne tout prince protestant. Le duc de Luxembourg, d’un caractère conciliant, et tenant une excellente maison , se fit bientôt de nombreux amis à la cour de Rome. Dévorant sans se rebuter tous les désagrémens dont les gens d’église l’accablaient durant les premières semaines de son séjour dans la ville aux sept collines, il obtint peu à peu tant de confiance que , si là mort de Sixte-Quint 11 e fut pas arrivée sitôt, ce pontife eût probablement terminé les troubles de France, en employant sa puissance d’une manière toute différente qu’il n’avait fait auparavant.