CHAPITRE V
Henri IV se retire en Normandie.
H enri IV avait pris la route de Compïègne , conduisant avec lui le corps de Henri III , dans la crainte que les ligueurs ne lui fissent quelque outrage. Son armée se rendit maîtresse de Meulan , de pisors , de Clermont en Beauyoisis , et arriva le 24 août à Compiègne. Le roi déposa dans la principale église le corps de son prédécesseur avec peu de pompe , comme l’ordonnait l'état de ses a flaires. Il marcha ensuite , avec toute la diligence possible , vers la Normandie ,avec trois mille hommes de pied, trois (1) mille chevaux et deux régimens suisses. Il était maître du pont de l’Arche. Le capitaine Rolet, gouverneur de ce passage important sur la Seine, l’avait maintenu sous l’obéissance du roi , lorsque Rouen se révolta
(i) De Thou, liv. 97 . Me'ai. de la ligue, tôm. 4 •
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contre Henri III. Le roi s’avança jusqu’à demiiieue de Rouen ; mais il n’élait pas en état d’en entreprendre le siège. La plus grande partie des hommes d’armes qui composaient sa bataille , lui avaient demandé un congé de plusieurs semaines pour aller dans leurs terres faire la récolte ; il se trouvait réduit par leur départ à douze cents chevaux. Le commandeur de Chattes, gouverneur du château de Dieppe , lui avait remis cette place importante. Il s’y retira, et dnns cette position il pouvait attendre des secours considérables d’hommes , d’argent et d’artillerie que lui promettait la reine Elisabeth.
Le duc de Mayenne marchait aussi en Normandie avec une armée , où l’on comptait quatre mille chevaux et quinze mille hommes d’infanterie. Instruit en chemin de la retraite de Henri IV sous le canon de Dieppe ,il écrivait à Rome et en Espagne qu’il tenait le béarnois enfermé dans un lieu d’où il ne pouvait lui échapper , à moins que de sauter dans la mer(i).
Le parlement de Tours , effrayé du danger de sa situation , lui proposait d’associer à la couronne le vieux cardinal de Bourbon son onde. Plusieurs de ses capitaines voulaient
(i) Mcm. du dur. (FAngonlêrae. Journal de l’Étoile.
l’engager à s’embarquer pour l’Angleterre , afin de rentrer en France par la Rochelle, et de transporter tout d’un coup ailleurs le théâtre de la guerre. 11 fit réponse au parlement que ses mesures étaient si bien prises , que le duc de Mayenne ne viendrait pas à bout de rendre la liberté au cardjnal de Bourbon comme on paraissait le craindre ; ?t a 1 égard de sa retraite par mer , le maréchal de Biron eu démontra les inconvéniens avec tant d’énergie , qu’il fut unanimement résolu d’uttetj^re les ligueurs dans la position où l’on se trouvait.
A la tète, de la petite armée de Henri IV 5e trouvaient le duc de Montpensier , charge de l’avant-garde; le duc d’Auvergne, grand prieur de France , réconcilié avec Henri IV depuis le meuftre de Henri III; Armand, maréchal de Biron ; Charles , baron de Biron , son frère ; Charles , maréchal , duc de Montmorency , qui commandait les Suisses; le comte deChàtillon, colonel général de l’infanterie française; Ricux, maréchal de camp général ; et Basqueville , commandant des chevau-légers.
Le duc de Mayenne , le marquis de Pontà-Mousson , le duc de Nemours, le duc et le chevalier d’Aumale, la Châtaigneraie , mestre de camp de l’infanterie f Sagone et Balagni , mestres de camp de la cavalerie , étaient a la tète de l’armée de la ligue. Tous ces généraux regardant la défaite du roi comme infaillible,
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se disputaient d'avance ses dépouilles et celles <le la France. Le marquis de Pont-à-Mousson , fils de Claude de France , sœur de Henri III , se regardait comme celui auquel la couronne devait appartenir 3 le duc et le chevalier d’Aumale tournaient ses prétentions en ridicule 3 ces dissensions nuisaient à la cause défendue par les uns et les autres.