CHAPITRE VI
. • Bataille d’ Arques.
H enri IV avait établi son quartier général dans le château d’Arques, situé à une jjeue de Dieppe , sur une éminence entre deux coteaux , dont les sinuosités, forment la vallée où coule la petite rivière d’Arques ou de Bétune (1), dont l’embouchure forme le port de Dieppe. Le roi établit autour du château et du bourg d’Arques un bon retranchement, avec un fossé large de huit pieds et autant de profondeur 3 il le garnit de redoutes et de ravelins de soixante en soixante pas. On y plaça de l’artillerie dans les endroits où le canon
(1) Méin. du duc d’Angoulcme. De Thon , liv, 97, Mathieu, Hist. de Henri IV, torn. 2.
pouvait faire le plus d’effet. L’armée royale occupait (fe la sorte les deux chemins qui Conduisent à Dieppe par le sommet et par le pied de la colline. La cavalerie , distribuée dans l’espace qui s’étendait depuis le retranchement d’Arques jusqu’à Dieppe , était prête à se porter où on aurait eu besoin de son secours.
Dans certains endroits où le terrain le permettait , avaient été laissées des ouvertures, par lesquelles pouvaient sortir cinquante chevaux de front , nombre suffisant pour toutes les évolutions qu’on voulait faire. On disposait dans le port de Dieppe de plusieurs vaisseaux, destinés à approvisionner l’armée de munitions et de subsistances apportées d’Angleterre et des villes delà Basse-Normandie, attachées à Henri IV. L’armée sè trouvait abondamment pourvue de tout ce qui était nécessaire aux hommes et aux chevaüx. . • •
On apprit bientôt dans l’armée royale que le duc de Mayenne , laissant de côté la colline qui conduit à Dieppe par le chemin d’Arques , marchait par une autre route à dessein de s’emparer du faubourg de Dieppe , appelé le Follet , et d’y élever des batteries pour foudroyer l’entrée du port et empêcher les vaisseaux d'entrer dans Dieppe ou d’en sortir. Mayenne se proposait, par cette mesure, de couper à l’armée royale les vivres et la rc-
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traite , et de la forcer de mettre bas les armes. Le roi laissant dans Arques le maréchal de lïiron avec les Suisses, mille arquebusiers français et six cents chevaux , avec ordre de disputer ce passage à l’ennemi s’il s’y présentait, traverse Dieppe avec le reste de sa cavalerie et des arquebusiers français, et arrive en diligence au faubourg duPollet. Les généraux , les soldats et les bourgeois , secondant le roi d’une ardeur égale , le faubourg fut environné d’un retranchement profond qui, se terminant en farine d’éperon , faisait un angle aigu , au sommet duquel on avait fortifié un grand moulin en le terrassant et en le palissadant de toute part. Six petits canons furent placés sur cette redoute ; les troupes royales garnirent ces lignes :1e comte de Chàtillon ftit chargé, de la défense de ces ouvrages.
La lenteur ordinaire du duc de Mayenne avait donné à Henri IV le temps de les élever; s’il eut fait plus de diligence , l’unique ressource de ce prince eut été de s’enfermer dans Dieppe, et après un siège plus ou moins long -temps soutenu , il se serait vu infailliblement coutraiat de passer en Angleterre ( 1 ).
Mayenne arriva à la vue du Pollet le i5 septembre. Il attaqua sur-le-champ le retranche-
(1) Daniel, Hist. de-,France, tom. 7. .
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ment ; trouvant une résistance à laquelle il ne s’attendait pas, ses troupes se rebutèrent, et il passa lui-même plusieurs jours sans rien entreprendre de nouveau. Enfin , le ai il résolut de tenter la fortune d’un combat général. Elle parut d’abord se déclarer en faveur des gros bataillons; une partip des retranchcmens d’ Arques fut forcée. Le roi , que son activité merveilleuse semblait multiplier, se vit, durant quelques minutes , engagé presque seul au milieu de ses ennemis; il eût été pris si Châtillon , laissant peu de monde* dans les retranchemens du P«dlet, ne fût promptement venu le dégager à la tête de l’infanterie française ; alors les royalistes repoussèrent les ligueurs, et reprirent leurs retranchcmens. Mayenne fit sonner la retraite, et rentra dans son camp.
Tel fut lo combat d’Arques , où Henri IV, avec environ sept mille hommes, repoussa vingt mille combattans. Le duc de Mayenne ayant tenu conseil la nuit suivante, on décida de faire un nouvel effort pour s’emparer de Dieppe; ayant fait un long circuit, ses troupes arrivèrent le 24 sous les murs de la ville , du côté delà citadelle. Une batterie de huit canons fut élevée durant la nuit, et à la pointe du jour l’artillerie écrasait les maisons de Dieppe. Henri IV , laissant dans les retranchemcns d’Arques les troupes nécessaires pour se garantir d’une surprise, s’était retranché avec la
plus grande partie de son armée sous le canon du château ; il multipliait les sorties pour empêcher le duc de Mayenne de continuer son feu. Une manœuvre , jusqu’alors inusitée , força bientôt les assiégeans h faire retraite. Le roi avait fait avancer le duc de Biron dans la campagne avec un corps de cavalerie ; Mayenne détache deux gros escadrons pour l’attaquer ; à leur approche , les rangs des royalistes s’ouvrent : on voit deux canons qui, marchant et tirant en même temps avec une justesse et une promptitude surprenante, éclaircissent les rangs des ennemis. Cette nouvelle manière d’employer l’artillerie dans les batailles, perfectionnée de nos jours sous le nom d’artillerie volante, était de l’invention d’un bombardier normand , nommé Charles Brisa.
, Dans Je même temps, le duc de Mayenne faisait attaquer de nouveau les retranchemens d’Arques parle duc d’Aumale, avec son arrière- » garde; mais, après deux heures d’un assaut inutile, ses troupes fatiguées furent contraintes d’abandonner l’attaque.
Cependant les royalistes , perpétuellement sous les armes depuis douze jours pour repousser un ennemi trois fois supérieur en nombre, étaient épuisés de fatigues, mais ils les oubliaient en présence des ennemis. Henri attendait des secours du côté de la mer et du côté de la terre. Il avait mandé au duc de Longueville et
au maréchal d’Aumont de marcher prompte- ' ment sur Dieppe avec toutes les forces dont ils pourraient disposer. La reine Elisabeth lui promettait un secours de quatre mille Anglais, fet de%. vivres qui commençaient à manquer dans son camp ; mais , comme les événeraeus de la mer sont souvent incertains, le duc de Longueville et le maréchal d’Aumont, auxquels le comte de Soissons s’était joint , arrivèrent les premiers à la tète de six à sept mille hommes. Ils campèrent le 26 septembre à six lieues des ligueurs j quatre mille Anglaisentraient presque en même temps dans le port de Dieppe. A cette nouvelle , le duc de Mayenne s’éloigne avec précipitation et prend la route de Picardie ( 1) , pour y recruter ses troupes. L’armée royale marche sur Paris à grandes journées.