CHAPITRE VII
L'armée royale tente le siège de Paris.
Depuis quinze jours , il n’était bruit dans Paris que de la défaite totale du roi. On publiait chaque matin les grandes nouvelles reçues du
(1) Mém. du duc d’ADgoulême. de la ligua,
iom. 4. Cayet , Hist. de Henri IV, tom, 1.
OÇ)S HIST. DE FR.. II e . P. y L. VI.
camp par un courrier extraordinaire. La duchesse douairière de Montpensier à qui ces dépêches étaient, disait-on, adressées, annonçait, tantôt que Henri I V demandait à se rendre avec toute son armée, et qu’on rédigeait les conditions de cette capture ; tantôt que ce prince était prisonnier 3 tantôt enfin qü’on l’amenait à Paris sous sûre garde : si bien que toutes les fenêtres de la rue Saint-Denis étaient chèrement louées pour le voir passer , lorsqu’il parut tout à coup dans la plaine de Montrouge , attaqua en même temps les faubourgs Saint-Germain , Saint-Michel , Saint-Jacques, Saint-Marceau, Saint-Victor, les emporta d’emblée, et serait elitré^lans le quartier de l’université si son artillerie lut arrivée à temps pour briser les portes. Les Parisiens passaient tout d’un coup de la confiance la plus entière aux déchiremens de la crainte (r ). La capitale se trouvait dépourvue de troupes réglées; eu vain Bernardin de Mendosa, am- * bassadeur d’Espagne , se portait rapidement à tous les postes pour ranimer l’espoir de ceux: qui les gardaient ; il est probable qu’on eut ouvert les portes à l’armée royale, si le comte de Rosne , gouverneur de Paris pour la ligue, alors à Etampes , ne fût accouru promptement avec un corps de cavalerie.
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( 1 ) Décades de Henri IV , par Legrain. Dfc Thou, liv. 9p.
Le roi s’était emparé de cinq faubourgs de- ” puis le premier novembre; Bourgpin, prieur des dominicains , fut pris dans cette occasion les armes à la main; on le conduisit à Tours où le parlement le condamna à être écartelé, convaincu d’avoir conseillé à Jacques Clément d’assassiner Henri III.
L’artillerie royale était enfin arrivée; mais, avant que les batteries fussent prêtes , l’armée des ligueurs entra dans Paris par le côté du nord , que Henri IV ne tenait pas bloqué. Ce' prince prit le parti d’évacuer les faubourgs où, s’il eût été attaqué, sa cavalerie ne pouvait lui rendre aucun service, faute d'espace pour la faire manœuvrer. Il sortit le 4 novembre par le faubourg Saint - Jacques , vint coucher à * Montlhéri , et marcha ensuite vers la Loire à petites journées. •
L’épreuve faite par le duc de Mayenne à Arques , lui avait ôté la fantaisie d’en venir aux mains avec l’armée de Henri IV. Pour sauver son honneur et amuser en même temps la multitude , il publiait que Paris avait beaucoup moins à craindre des ennemis du dehors que de ceux du dedans, auxquels on donnait le nom de royalistes ou de politiques.
Des écrits avaient été semés dans Paris; il»
contenaient les raisons qui devaient engager les liabitans de celle ville à reconnaître l'autorité de Henri IV. Le conseil de l’union faisait „ar-
400 HIST. DE FR., II e . P., L. VL rêter tous les bourgeois qui lm étaient suspeêts, en les aceu|ant d’être les auteurs de ces écrit » , ou de les avoir répandus. En vain le roi , envoyant un héraut d’armes aux portes de Paris , déclara que, si les personnes arrêtées dans celte occasion n’étaient pas remises en liberté , ou si elles éprouvaient des mauvais traitemens , il userait de représailles envers un grand nombre de ligueurs faits prisonniers par son armée , et surtout envers le nommé Charpentier, membre •du conseil de l’union. Malgré cette menace, le parlement de Paris fit pendre plusieurs des personnes arrêtées j Henri IV, par représailles, fit pendre Charpentier et plusieurs ligueurs. Le président Nicolas Potier de Blancméi|il allait périr de la même manière, lorsqu’il trouva moyen de sortir de Paris ; il se retira à Châlons, où le roi le fit président de la chambre du parlement établie dans cette ville.