‹ Histoire de France (volume 3)Chapitre 90 sur 101 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Un légat de Rome arrive en France.

On a vu précédemment que le pape avait choisi le cardinal Caëtani pour l’envoyer à Paris en qualité de légat a latere. Ses instructions portaient d’employer son influence à procurer à la France un roi catholique , agréable aux Français; pour cet effet, de résider à Paris; de se concerter avec les ambassadeurs

(i) Mena, de Duplessis Mornay, toen. s.

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d'Espagne et de Savoie ; d’écouter toutes les propositions qui lui seraient faites , de se montrer entièrement désintéressé) de ne prendre aucun engagement) d’écouter même le roi de Navarre , s’il montrait un désir de se réconcilier avec l’église romaine.

Ce prélat était sur le point de se mettre en route , lorsque le duc de Luxembourg entrait dans Rome, en qualité d’ambassadeur extraordinaire , de la part des catholiques attachés au parti de Henri IV , pour soumettre an pape les raisons qui les avaient déterminés à prendre ce pàrti , et pour le supplier , en qualité de père commun des fidèles, d’indiquer les moyens les plus propres à rendre la paix à la France. Les ageils de la ligue avaient assuré Sixte-Quint, qu’à peine un petit nombre de désespérés embrassaient en France les intérêts de Henri IV. .

Ce pontife était trop éclairé pour tenter de renouveler les temps de Grégoire Vil et de Bonifaçe VIII. S’il excommunia Henri IV et la rçine Elisabeth , les monumens du seizième siècle nous ont transmis le profond mépris témoigné par lui pour les basses intrigues , dont l’entortillage le / forçaient à déployer les armes spirituelles de l’église , sous peine de s’exposer Jui-même aux fanatiques poignards des assassins bénis, ou aux bouillons des empoisonneurs. Il faisait si peu de cas des ligueurs ,

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qu’au rapport de l’Etoile (1), Henri lit con- “ sultaut un jour ses plus intimes confidens sur le meurire du duc et du cardinal de Guise, projeté par lui , quelqu'un lui ayant reprcseuté les dangers auxquels il s’exposait de la part de la cour romaine , il tira de sa poche une lettre dans laquelle Sixte-Quint lui conseillait d’anéantir la ligue par tous les moyens possibles.

Les clameurs de la ligue avaient entraîné les désagrémens essuyés par le duc de Luxembourg au commencement de sa mission. Le pape,étanlbientôlconvaincuqueles ligueurs lui en avaient imposé, le départ du légat fut retardé de plusieurs semaines} mais les instances de la cour de Madrid devinrent si pressantes et si impérieuses , que Caëtani reçut enfin prdre de se rendre en France. Il arriva à Lyon le 9 novembre, et trouva la situation des choses peu conformes à l’opinion qu’il s’en était formé.

Henri IV, instruit de son départ de Rome, avait ordonné aux gouverneurs de toutes les villes qui lui étaient soumises , de le recevoir avec honneur et de lui fournir gratuitement toutes les facilités nécessaires pour venir à sa cour, où il jouirait d’une entière liberté , et

(1) Journal de Henri 111 .

pourrait assister aux états généraux ; mais , supposé que son projet fût d’aUer résider auprès des chefs de ia ligue, à Paris ou ailleurs , de le traiter en ennemi. Le duc de Mayenne , informé de son côté du caractère du légat et de ses liaisons secrètes avec la cour d’Espagne , pour faire tomber la couronne de France sur la,téte de la princesse Isabelle-Claire-Eugenie , paraissait se soucier fort peu de sa visite. Il ne put obtenir ni escorte ni même de sauf-conduit pour continuer sa route. Le comte de Brissac , chargé de le recevoir et de l’accompagner , d’après les instructions envoyées à Rome , faisait la guerre en Normandie.

• Celte commission avait été donnée à la Bourdaisière, mais il venait d’être entièrement défait auprès de Barrsur-Seine , par les royalistes, commandés par Praslîn. Caëtani agité de mille réflexions différentes, ne savait de quel côté il dirigerait sa course; il était presque aussi périlleux pour lui de reculer que d’avancer,. parce que Lesdiguières et la Valette lui coupaient la retraite par le Dauphiné et la Provence. Le duc de Nevers, retiré dans ses terres l’invitait à venir chez lui et à garder une neutralité convenable au ministre du saint siège. Le légat , dans cette incertitude , considérant que le texte précis de ses instructions lui ordonnait de résiderà Paris, s’adressa 'âff dxrC de Lorraine, et en ayant obtenu une escorte de cavalerie , prit sa route par

Bourg en Bresse, par Lons-le-Saunier, par Dijon, par Troyes, et arriva à Paris le 20 janvier.

Peu de jours après, le bref de sa légation fut affiché sur les murs des rues et des places de Paris. Aussitôt (1) deux arrêts circulèrent en France ; l’un du parlement de Toursqui faisait défense à un chacun - de reconnaître le cardinal Caëtani en qualité de légat du saint siège et d’obéir à ses ordres; l’autre du parlement de Paris, qui exhortait les Français à profiter de la tendresse paternelle du St. Père. Ces arrêts produisaient une guerre de plume. Dans d’autres circonstances elle eût été simplement ridicule : elle échauffait alors les esprits de la manière la plus alarmante. Le public fut inondé de pamphlets composés par des catholiques et par des proiestans , de lettres du légat, de réponses des prélats français attachés au roi , de décrets delà Sorbonne, d’arrêts des parlemens de Tours et de Paris. Le légat achevait de reconnaître l’erreurdesa politique, et combien il lui serait difficile de remplir les vues de la cour, romaine. D’ailleurs, il était frappé de la faiblesse des ressources de la ligue et de la différence du but où tendaient les chefs, seule capable de déconcerter tous leurs projets , tandis

i5go.

(i)Mëm.de l’Etoile, tom. 2. De Thon, liy. 98.

ifyo. M ue k ro > marchant vers un objet unique agissait avec vigueur et célérité. > I J ai déjà parlé de ces dissensions. Cachées jusqu alors dans une espèce de nuage , elles se montraient à découvert depuis le meurtre de Henri III. Le duc de Mayenne entrevoyaitquelqu espoir de renouveler les temps de Charles Martel et de Pepin-le-Rrefj mais le roi d'Espagne n’avait pas dépensé deux millions d'or à soutenir la ligue, pour faire la fortune de ce prince. Il offrait des troupes et de l’argent dont le besoin se faisait également sentir, mais il se croyait en droitde recueillir des avantages pro- , portionnés aux dépenses par lui faites, et aux • quelles il se soumettait pour l’avenir.

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