CHAPITRE XIV
■ ' Suites de la bataille d'Ivry.
Ce n’est plus comme à Coutras où à peine il était le maître 5 son armée le suivait avec allégresse. Elle fut même renforcée par plusieurs corps de cavalerie conduits par d’Humières, du Mouy, Duplessis Mornay et laTrirpouille 5 ils accouraient du Poitou et de la Picardie sur le bruit d’une bataille prochaine , et survenant à la fin de l’action, ils contribuèrent à rendre la victoire complète. On résolut d’assiéger de nouveau Paris.
Une extrême consternation régnait dans cette grande cité. On s'attendait à voir arriver incessamment Henri IV aux pieds des murailles, et on craignait que la multitude n’ouvrît les portes. Il fut ordonné aux prêtres de rassurer les esprits : ils publièrent d’abord que le roi avait été tué dans le. combat. Cette nouvelle,
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tenue pour certaine dans Paris durant cinq à six jours , donna le temps à la première frayeur ' de se calmer. On fit venir quelques troupes de Picardie et de Champagne. '
Sully rapporte dans ses mémoires (i), que si Henri IV ne se porta pas suv Paris le lendemain de la bataille d’Ivry, ce fut la faute du surintendant des finances d ? 0 , qui , s’entendant avec les ligueurs et ne pouvant s’accommoder de la domination d’un roi huguenot, laissait , Henri dans un tel dénù ment, que les Suisses furent sur le point de se mutiner faute de solde. Cette raison ne saurait être admise : la solde de l’armée victorieuse se trouvait alors aisément à la pointe de l’épée. Cette armée devenait d’autant plus florissante, que la plus grande partie de l’i nfànierie française et suisse , échappée à la première fureur du soldat , passa au service du roi.
**• Il est probable que Henri, en marchant rapidement sur Paris après la journée d’IVry, eût terminé la guerre ; par la prise de cette capitale; mais il est probable aussi qu’elle eût été détruite de fond en comble. Non-seulement il aurait été impossible d’arrêter le soldat, mais on devait prévoir qu’une multitude d’ouvriers , de journaliers, d’hommes de peines, dépourvus de
(1) Tona. i.
toute propriété , se seraient réunis aux soldats royalistes pour piller Paris, et peut-être pour en détruire les bàtimens.
Il parait que cette considération dirigea la conduite de Henri IV (i). Ayant séjourné assez long -temps dans Mantes, sous prétexte des grandes pluies, il se rendit maître de Lagny , de Provins, de Monlercau et de Melun; il fortifia tous les postes sur la Seine, la Marne et l’Oise , d’où l’on pouvait transporter des vivres dans Paris; enfin, Saint -Maur s’étant rendu à lui le a5 avril, Paris se trouva entièrement bloqué.