CHAPITRE IX
Proeès de Charles Ier ■ Son jugement et sa
• mort. (
Si Charles avait eu quelques amis dans le parlement , les conjonctures auraicut amené uue révolution en sa faveur. Les puritains et les indépendans unis jusqu’alors dans le dessein de dépouiller le roi de sa puissance , étaient entièrement divisés sur la forme de gouvernement qu’il fallait établir. Les premiers adoptant les idées du parlementd’Ecosse, voulaient restreindre les prérogatives royales dans
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des limites étroites, en conservant cependant le roi à la tête des affaires. Les seconds rejetaient tout gouvernement royal , ils demandaient une pure démocratie. Les puritains l'emportaient dans le parlement par leur crédit ; mais les indépendans dominaient dans l’armée. Parmi ces indépendans se distinguaient ceux qu’on nomma niveleurs (i); ils voulaient tout détruire pour régner eux-mêmes,
La guerre était finie en Angleterre et en Ecosse ; la majorité du parlement vote qu’une partie de l’armée serait congédiée , et que le reste marcherait en Irlande : c’était le moment de la crise; de l’issue de celte mesure dépendait le triomphe de l’un des deux partis. Les niveleurs ou aplanisseurs , sans s’amuser à protester contre nu décret qui rompait leurs mesures, s’appliquaient secrètement à le rendre inutile. Leurs émissaires répandus dans l'armée , exagèrent l’intérêt qu’elle avait à rester assemblée jusqu’au règlement définitif des récompenses réclamées par elle. La plupart des officiers étaient sortis de la classe des artisans; ilseussent été forcés, en recevant leur congé , dé-
fi) Ils ressemblaient parfaitement aux jacobins , qui soulevèrent toutes les tempêtes de la révolution de, France, .<
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reprendre leur première profession. On ne pouvait guère espérer qu’accoutumés aux douceurs du commandement , ils voulussent s’assujettir à une vie si opposée à la licence des armes ; les troupes se trouvèrent bientôt disposées à tout entreprendre plutôt que d’être congédiées. Une requête est dressée sur-lechamp. Après avoir représenté quelle serait la misère des soldats congédiés , l’armée demandait un acte d’indemnité signé par le roi * le paiement des arrérages de sa solde et la liberté de ne pas servir en Irlande.
Ou craignait dans le parlement que l’armée ne se portât sur Londres où le roi conservait des partisans ; il accorde une partie de ces demandes. Cette concession devient le principe d’une nouvelle série de combinaisons ; il fallait examiner les prétentions et les comptes des différens régimens. Les soldats obtiennent que , dans chaque compagnie, il serait nommé deux députés, sous le nom à' Agitators ; ils devaient faire parvenir les réclamations de leurs commettans à un conseil de guerre chargé de les transmettre au parlement ; le conseil de guerre et les Agitators forment bientôt une association politique , dont le pouvoir rivalise avec l’assemblée nationale. On s’aigrit de part et d’autre ; quelques Agitators se présentent au château d’Holmby , enlèvent le roi , et le conduisent à Neumarket. où l’armée était
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campée 5 l’armée prend alors possession de Londres.
Les divisions entre les puritains et les indé-' pendans , laissaient au roi quelque espérance j’ elle s’évanouit bientôt. Dès que le pouvoir' de i’armée fut affermi dans Londres et dans le parlement , Charles fut resserré dans le' château d’Haptoncourt. 11 passa plusieursmois dans les alarmes continuelles , et , ayant trouvé les moyens de se mettre en liberté , il' se réfugia dans l’île de Wight, et n’y trouva' qu’une nouvelle prison (i).
Olivier. Cromwel jouissait, parmi les aplanisseurs , de ce crédit personnel que donne' dans les révolutions le talent de la parole , joint à une bravoure éprouvée. 11 est des hommes dont le génie se développe au milieu des troubles , comme la foudre éteincclle au t sein des orages. Olivier Cromwel avait été' membre de la chambre des communes en 1628 j les circonstances , quoique délicates , n’étaient pas celles qui devaient le tirer de la foule. Il ne jouissait alors d’aucune considération -, ou ne parlait pas même de lui pendant les premières séances du long parlement j mais, lorsque la guerre civile fut déclarée , sa réputation
(1) Clarend., Hist. tom. 5. Rushworth’s ,hist., tom. 7. Rapiu Thoiras , ton). 3,
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effaça bientôt celle de tous les chefs de parti. Un membre de la chambre des communes le voyant parmi les indépendants , disait : « A présent que Cromwel est indépendant nous allons dépendre tous de lui.
11 commença par se jeter dans la ville de: Hull , assiégée par le roi , et défendit cette ville avec valeur. On le créa lieutenant général sans avoir passé par les grades intermédiaires : jamais 1 on ne déploya plus d’intrépidité ; blessé ùu bras d’un coup de pistolet , dans un combat , et apprenant que le lord Manchester abandonnait le champ de bataille , il quitte le chirurgien qui mettait un appareil sur sa blessure, retourne au combat, rallie les fuyards, leur parle au nom de Dieu , recommence la bataille , et taille en pièces les royalistes qui se croyaient victorieux. Des hommes de cette trempe sont faits pour changer le sort des états.
Cromwel s’apercevant que presque tous les lords qui commandaient l’armée parlementale agissaient mollement ; les uns , parce qu’ils avaient intérêt de prolonger une guerre qui les enrichissait; les autres, parce qu’ils penchaient secrètement en faveur du roi , craiguant d’exciter une émeute en publiant franchement la cause de leur destitution , fait prêcher dans les rues de Londres que , dans une cause aussi sainte , on ne devait rien faire par des motifs humains , ou par le désir d’augmenter sa for-
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tune et son crédit. Des hommes apostés par lui, font valoir cette idée parmi la multitude; elle devient bientôt le vœu général. Vane propose à la chambre des communes , sous le nom d’acte de renoncement .à soi-même , un bill qui défendait aux membres du parlement de posséder aucun emploi dans l’armée ; il est adopté avec enthousiasme. Ce bill ét#it particulièrement dirigé contre la chambre des lords, presque tous les officiers principaux siégeaient dans cette chambre ; cependant les pairs n’osèrent le rejeter , dans la crainte que les communes ne les expulsassent du parlement , comme elles en avaient exclu les évêques. Aussitôt les lords Essex, Warvick, Manchester, Dymbygh , Valler , Bréréton , donnent leur démission.
Cromwel jouissait alors d’une si grande confiance, que non-seulement on lui conserva sa place de lieutenant général, quoiqu’il fût membre du parlement , mais il eut l’adresse de conserver dans leurs postes les officiers du parti des indépendans qui siégeaient dans la chambre des communes. Le chevalier Fairfax eut la patente de général ; mais Cromwel était le véritable chef de l’armée, et dès lors , ses succès furent constans. Les indépendans ne caçhaiont plus leur projet d’abolir la monarchie , et de vendre les biens du clergé pour payer les gens de guerre ; mais ils ysaient de quelque
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circonspection pour ne pas effaroucher ceux qui regardaient cette mesure comme extrême.. Le parlement d’ Angleterre et celui d’Ecosse négociaient avec le roi dans l’île de Wigtb. Les indépendans, maîtres de cette île et de la personne du monarque , pouvaient arrêter les négociations lorsqu’ils le jugeraient convenable. Leur politique consistait alors à répandre des doutes dans l’esprit de Charles , sur la bonne foi des propositions qu’on lui faisait. Us connaissaient sou fol entêtement pour l’épiscopat , sa haine pour le presbytéranismej ils s’en servaient pour lui faire des offres de service , lorsqu’ils le voyaient sur le point d’accorder les demandes des deux chambres. Ils fomentaient son indécision , et la présentaient ensuite au public comme une preuve qu’on ne pouvait faire aucun fonds sur sa parole.
Enfin , les Ecossais , honteux de passer pour avoir vendu leur souverain , lui firent dire que l’Ecosse entière prendrait les armes en sa faveur. 11 fut instruit, dans le même temps, d’une nouvelle révolte en Irlande et dans Je pays de Galles. Cependant les commissaires du parlement britannique le pressaient de leur donner une réponse définitive. Charles, croyant voir la fortune changer en sa faveur , leur déclare qu’il ne signera jamais aucun acte qui pu isse déroger à son autorité légitime avant que la liberté lui soit rendue.
T cm. VI , 2e. part.
A la nouvelle de». insurrections élevées en Ecosse, en Irlande et dans le pays de Galles , l’armée parlementai se mit en mouvement sous la conduite de Cromwel , tandis que Fairfax se charge de maintenir la tranquillité dans Londres. Jamais guerre ne fut suivie avec plus de promptitude : en quelques mois les révoltés sont défaits entièrement. Le duc d’Hamiltou et le comte de Holland , qui les commandaient , tombent dans les mains de Cromwel. 11 revient triomphant dans Londres. Le monarque , prisonnier dans l’ile de Wight, est transféré , par sou ordre , au château de Hurst , sans en prévenir le parlement. 11 fait rendre un bill qui ordonne que ce prince ne serait plus ; consulté désormais sur les affaires publiques.
L’armée demande aux deux chambres , par une adresse, que Charles soit livré à la justice, comme auteur du sang yersé pendant la guerre. Le jour où cette adresse devait être discutée Fairfax avait fait arrêter quarante-un membres du parlement, accusés de complicité avec lui. Alors le nombre des indépendans devint supérieur dans la chambre à celui des puritains: la discussion de l’adresse présentée par l’armée fut prolongée pendant un grand nombre deséances. On reçut une foule d’autres requêtes qui adhéraient à celle de l’armée. Lorsque les royalistes avaient été défaits à Nazcby en 1645, on avait trouvé sur le champ de bataille le por.'e-feuille
^ / -i LOÜIS xrvC- ' y 67 du roi, rempli de ses papiers les plus importans. Quelques-unes des lettres qu’il contenait , annonçaient qa’en négociant avec le parlement , le roi n’avait eu d’autre dessein que d’amuser ses ennemis ; les indcpend&iS firent alors imprimer celte correspondance , comme une preuve de la perfidie du monarque.
11 fut décidé, le 28 décembre 1648, qu’une haute cour de justice serait érigée pour faire le procès à Charles 1er. 3 en même temps un comité de trente-huit personnes dressait l’acte d’accusation. Leroi fut transféré à Wmdsor, et ensuite à Londres au palais de Saint-James. L’acte d’accusation fut lu, pour la première fois, au mois de janvier 1649- La haute cour de justice avait été composée de cent cinquante juges, pris dans la chambre des communes , et parmi les principaux officiers de l'armée. Le bill adopté par la chambre des communes fut envoyé à la chambre haute, où ne siégeaient plus que seize pairs. Us s’ajournèrent à dix jours , espérant que , dans ce délai , les communes pourraient revenir de leur arrêté 3 elles décidèrent au contraire , que , représentant la nation entière , dont les pairs n’étaient qu’une corporation, le pouvoir législatif suprême leur était transmis par le peuple. La haute cour de justice se mit en activité, le 20 janvier , dans une des salles du palais de Westminster.
Charles comparut quatre fois devant ce tri-
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Imnal 5 quatre fois il fut accuse d’avoir voulu rendre sa puissance arbitraire contre le serment par lui l'ait à son sacre de gouverneur selon les lois britanniques, d’avoir appelé des troupes étrangères daus le royaume, d’avoir donne des commissions pour faire massacrer les protestai en Irlande , et d’être la principale cause du sang répandu eu Angleterre , en Ecosse et en Irlande, depuis (Jix ans. Charles récusa e tribunal comme incompétent et refusa de répondre aux accusations dont ou le chargeait.
La quatrième fois, ou entendit quelques témoins qui assurèrent avoir vu le roi combattre l’armée du parlement, Charles s obstimu t a carder le silence. Le président lui déclara qu ou allait le iuger. Le greffier lut a haute voix la sentence; elle portait que Charles Stuart ayant été accusé par le peuple de tyranmc , de trahison , de meurtre et de malversations , et ayant constamment refusé de répondre a ces accusations, était condamné à mort.
Trois jours d’intervalle furent mis entre la prononciation de ce jugementetson exécution
11 fut permis à Charles de voir sa fille Elizabeth et sou filé , le duc de Gloces.er , les seuls de ses ef, fans qui fussent en Angleterre. L ambassadeur de France , par ordre expi es de sa •; cour celui de Hollande et ceux de quelques autres puissances, sollicitaient uxie commutât ion de peine. La reine d’Angleterre et son hls , le
prince de Galles, écrivirent les lettres les plus touchantes au parlement. On assure queFairfax fut tenté de se mettre à la tcte d un détac hement de soldats pour enlever le roi sur 1 échafaud , et nue Cromivel arrêta les effets de la compassion de ce général par son hj pocr.s.c ; profitant de la superstition dont Pairfax etai imbu , il lui persuada de se mettre en P™d’es avec le colonel Harrison pour demander a Dieu quelques signes de sa volonté sur le rot.
Tandis que Harrison , d accord avec C.romxvcl, prolongeait sa méditation, Charljes était conduit à l’échafaud par le colonel iom Linson : deux bourretfcx l’y attendaient , 1 un 1m abattit la tête d’un seul coup (.), 1 autre 1 elcsa en l’air en criant-. Celle iete est celle d un traître. Harrison , informé de la mort du roi, dit à Fai r fax que Dieu venait de s expliquer.
Ce tragique événement changeait le gouvernement d’Angleterre, tandis que la France, apres la mort de Louis XH1 , était dcsolee par la guerre civile de la fronde.
(O Le g février 1649.
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