‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 9 sur 70 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

Massacre d’Irlande. Nouvelle guerre civile .

.I/Angleterre , l’Ecosse et l’Irlande se partageaient en factions violentes. Lorsque le parlement voulait diminuer la puissance royale , les catholiques montraient une volonté déterminée d’assurer le pouvoir despotique pour en obtenir l’exercice public de leur religion ^ le projet des évcques était d’écraser les calvinistes puritains , et celui des calvinistes , d’humilier et peut-être d’écraser les évêques. Ceux qu’on nomma aplanisseurs (i) îevellers , suivirent bieutôt, avec beaucoup d’art, le plan de profiter des fautes faites par tous les autres pour devenir les maîtres de l’état.

Les catholiques romains écrasés en Angleterre et en Ecosse , dominaient en Irlande. Un des crimes qui conduisaient Slraffortsur l’échafaud , était la levée illégale faite par ce ministre , de huit mille catholiques irlandais , destinés à

(») Rushwortb’s, tom. 4> Rapin Tboiras , tom. 8. Cla?~ tendon, hist. Hume, hist.

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porter les armes contre les covenautistes d’Ecosse. Gette armée était un noyau auquel pouvaient se réunir les catholiques des trois royaumes. On publiait qu’il existait uue conjuration pour rétablir la religion catholique-, dissoudre le parlement , et confier au roi le .pouvoir arbitraire; Ces rumeurs faisaient- à Londres la plus fâcheuse sensation , lorsqu’on y reçut l’horrible nouvelle des massacres d’Irlande.

Cette conspiration- de la moitié d’un peuple contre l’autre pour cause de religion, avait été conduite avec le même secret que celle de la Saint-Barthelcmi. Elle éclatait même jour dans l’Irlande , le a5 octobre 164 »• On assure que les catholiques massacrèrent , dans cette occasion», cent cinquante mille protestans. Les Irlandais publiaient , pour justifier leur barbarie , qu’ils avaient exécuté les ordres duroûLe parlement britannique, frappé de l’idée d’une servitude ' prochaine , leva des troupes et établit des taxes pour les payer 3 on les fit approcher de Londres.

Charles était alors en Ecosse pour tâcher de gagner les habilans dé te royaume. Il allait aur devant de toutes les demandes qu’on lui faisait* Les Irlandais donnaient hautement à.leur armée le titre d’armée royale. On avait affiché dans les villes d’Irlande, des lettres circulaires, accompagnées d’une commission,du roi , datée

56 HIST. DE FE. , ir, P., L. XVI. d’Edimbourg, le io octobre 1641. Charles y exposait les entreprises du parlement d’Angleterre , sur la prérogative de la couronne , autorisait les Irlandais catholiques à prendre sa défense , et, après avoir déclaré qu’il mettait son espoir en leur courage et leur fidélité, il leur abandonnait la personne et les biens des Anglais protestans établis en Irlande.

Si cette pièce fatale fut supposée parles chefs des insurgés d’Irlande , elle n’en fit pas moins d'impression sur les Anglais. Le parlement crut apercevoir dans les troubles d’Irlande, le but de dégarnir l’Angleterre de troupes , pendant que les catholiques et les autres mécontens effectueraient une révolution à Londres : cette observation hâtait la levée des troupes parlementais j la conduite équivoque du roi semblait autoriser les soupçons des communes. Charles craignant de se voir dépouillé de ce qu i lui*rest»it d’autorité, revint à Londres ; mais , au lieu de profiter de l’expérience du passé , il augmenta les sujets de défiance élevés contre lui.

Quelques évêques catholiques avaient été condamnésà mort comtte complices des massacres d’Irlande : l’ambassadeur de France sollicitaitleur grâce. Leroi voulant ménager l’opinion publique , feignit de consulter les deujC chambres; il les fit prévenir que le pape menaçait d’envoyer nne armée en Irlande , si ce»

prélats étaient exécutés ; il proposait de commuer leur peine en un bannissement perpétuel. Les communes votèrent que les criminels seraient punis selon les lois. Malgré celte réclamation , on ouvrit les portes de leur prison; le roi crut échapper à la censure , en publiant qu’il n’était pas instruit de cette évasion.

Soit que les évêques anglicans eussent favorisé dans cette occasion les évêques catholiques, ou seulement que les puritains qui dominaient dans la chambre des communes , voulussent rendre méprisable l’épiscopat aboli en Ecossé, un bill fut porté qui chassait les évêques de là chambre des lords. Ce bill n’eût pas été approuvé parla chambre haute; on prit le parti de faire insulter ics évêques par la populace. Ils se retirèrent après avoir protesté de nullité de tout ce qui se ferai t durant leur absence dans le parlement. Les deux chambres déclarèrent la protestation des prélats contraire aux prérogatives du corps législatif. Un bill fut porté contre les signataires de cet acte : ceux qui ne se cachèrent pas assez bien, furent enfermés dans la tour.

Dans ces circonstances critiques , Charles écoutant le fatal conseil d’intimider le parlement par un coup d'autorité , se rend à la chambre des communes pour faire arrêter cinq députés , accusés par lui de haute trahison. Us n’étaient pas dans la chamhre. Le lord ma ira

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de Londres reçoit ordre de les chercher, et de les envoyer en prison} il refuse d’obéir. Les communes font signifier au roi qu’il ait à leur livrer les hommes qui lui ont conseillé de violer la dignité du parlement. En même temps les deux chambres forment un bill , en vertu duquel le roi ne pourrait confier les places fortes et la conduite des troupes, qu’aux officiers qui lui seraient présentes par le corps législatif. Charlesayanl refusé son consentement à une loi qui le dépossédait, on lui signifie que , pour le bien de l’étal , le parlement allait se charger provisoirement de la puissance exécutrice : toutes voies de conciliation parurent alors fermées.

La reine Henriette de France , se retira en Hollande, sous prétexte d’accompagner sa fille Marie, quiallait épouser, à LaHaye, Guillaume, prince d’Orange , dont le fils monta dans la suite sur le trône d’Angleterre. On dit que Bellièvre , ambassadeur de France, instruit que les communes voulaient abolir la royauté, se rendit chez le roi pour lui communiquer ce secret important : on fit attendre long-temps l’ambassadeur} enfin , le roi vint et lui dit : « J’étais à la représentation d’une comédie qui est la plus plaisante chose du monde. » «Sire, répondit Bellièvre , c'est une tragédie dont il est question. »Etlui ayant rendu compte de ce qu’il avait appris , le roi répliqua froi-

dcment à la proposîlion de se sauver en France sur un bateau préparé à cet effet , par ce vers d’Alain de Lille , quijacet in terra non habèt undè cadat. « Sire, lui répondit Bellièvre, on peut lui faire tomber la tête. »

Charles quitte Londres , et se relire à Notlingham. Les Irlandais catholiques se rendent en foule sous ses drapeaux ; les royalistes furent défaits à la journée de Nazcby , le 25 juillet j 64 5. Charles abandonné, se rend aux Ecossais; les Ecossais remettent le roi aux commissaires anglais; il arrive au château d'Holmby , le 27 février 1647.

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