‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 12 sur 70 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Caractère du cardinal Mazarin. Cabale des importans. Le duc de Beaufort est envoyé à Vincennes.

.A.N NE d’Autriche, régente absolue, avait fait du cardinal Mazarin le maître de la France et le sien; il avait acquis sur son esprit cet empire qu’un homme adroit obtient aisément sur une femme née avec assez de faiblesse pour être dominée, et avec assez de fermeté pour / persister dans son choix.

On lit, dans quelques mémoires de ce tempslà , que la reine n’accorda sa confiance à Mazarin , qu’au défaut, de Potier , évêque de Beauvais , qu’elle avait d’abord choisi pour son ministre. Onpeintcel évêque comme incapable. Il l’était, sans doute , s’il commença son ministère passager par déclarer aux Hollandais (i) qu’il fallait qu’ils se fissent catholiques , s’ils voulaient demeurer dans l’alliance de la France.

(x) Mém. de la Rochefoucault, Hist, du prince d# Condé, Motteville , tom. r.

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Presque tous les historiens rapportent cette ^ absurdité , parce qu’ils l’ont lue dans les mémoires des courtisans ou des frondeurs. 11 n’y a que trop de traits dans ces mémoires ou falcifiés par la passion , ou rapportés sur des bruits populaires. Au surplus , la reine s’aperçut bientôt du peu de capacité de l’évêque auquel elle avait promis le chapeau de cardinal j elle n’eut pas grand'peine à le sacrifier à Mazarin.

Ce prélat- usa d’abord avec modération de sa puissance. Il faudrait avoir vécu long-temps avec un ministre pour peindre son caractère , '

pour dire quel degré de courage ou de faiblesse il avait dans l’esprit, à quel point il était ou prudent ou fourbe. Ainsi , sans vouloir deviner ce qu’était Mazarin, on dira seulement ce qu’il fit. Mazarin (i) était romain de naissance, d’une famille commune. Après avoir fait ses études à Home, il prit d’abord le parti des armes ; il servait en qualité de capitaine dans l’armée milanaise durant les premières guerres de la . Valtelinc. Ayant embrassé l’état ecclésiastique, il donna les premières preuves de ses talens politiques au siège de Cazal , dont j’ai parlé dans les livres précédons. Les Français et les Espagnols étaient prêts à livrer bataille. Panci-

(i) Ist. di Gualdo prioralo. Mémoires de Brienne , tom. 2.

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‘ rola 5 nonce du1 pape , avait été chargé de moyenner un accommodement entre eux ; il donna celte commission à Mazarin. Le jeune prélat parla avec tant de force aux généraux des deux armées, qu’il suspendit le combat. Il fat fait vice-légat d’Avignon , et ensuite nonce en France , ce qui lui valut le chapeau de cardinal. J'ai déjà remarqué que ce prélat était d’un caractère doux , affable , modéré ; il affecta , dans les commencemens de sa grandeur , autant de simplicité que Richelieu déployait de hauteur. Loin de prendre des gardes et de marr cher avec un faste royal, il mettait de la mollesse partout où son ardent prédécesseur avait fait paraître une fierté inflexible £ cependant , il était ferme » courageux , du reste impénétrable dans ses projets , fin , dissimulé , adroit , allant à ses fins sûrement, quoique par des voies détournées et qui semblaient devoir le conduire ailleurs.

Anne d’Autriche avait déclaré qu’elle ne se proposait, dans son administration , que la gratideurduroi son fils etlapaixgénérale;sur ce plan, le nouveau ministre se régla , résolu de pousser la guerre avec toute la vigueur possible , et de ne consentir à la paix qu’après avoir abaissé les deux branches de la maison d’Autriche , selon le projet de Richelieu. Ce projet trouvait de grands obstacles , non-seulement dans le déplorable état des finances , mais dans la préven-

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tiou généralement répandue contre Mazarin.

On ne pardonnait point à un étranger le pou- ' 4 47

voir immense qu’il prenait dans l’étal 3 on jetait du ridicule sur sa personne, sur scs manières, sur sa mauvaise prononciation. La reine avait rappelé le duc de Vendôme, le duc de la Valette, appelé duc d’Epernon depuis la mort de son père, le marquis de Fontraillcs, madame de Chévrcuse , madame de Hautefort, et plusieurs autres personnes de la cour , exilées par le cardinal de Richelieu. Les uns et les autres, ne pouvant se venger sur le cardinal de Richelieu des maux qu’il leur avait fait, se réunissaient pour accabler de désagrémens l’héritier, de sa puissance. Le vieux duc de Vendôme, amoureux du repos et de la retraite, n’entrait pas dans cette cabale; mais son fils, le duc de Beaufort, en était le chef. François de Vendôme, duc de Bcaufort , né à Paris eniGifi, v s’était distingué de bonne heure par son courage ; il s’était trouvé à la bataille d’Avein, en iG55 , au siège de Corbie, eu i656 , d’Hcsdin , en 1659, d’Arras , en 1G40. Persuadé qu’il devait jouer un grand rôle au commencement de la régence , il formait une espèce de parti * appelé , par dérision , la Cabale des Importans (1). Ils s’assemblaient tantôt à l’hôtel de

£»•) M<?m. du cardinal de Retz,

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"g ^ \ endôtrie , tantôt dans qnelqu’autrc maison avec un air de mystère ridicule. La reine ferma quelque temps les yeux sur ces intrigues ; mais Beaufort ayant clé accusé d’avoir attenté aux jours de Mazarin , fut enfermé dans la tour de * Vincennes , donL il se sauva quelques années

après, pour devenir le héros de la guerre delà fronde. La dnchesse de Chévreuse et madame de Hauteforl furent euveloppécsdans la disgrâce du duc de Beaufort; clics se retirèrent dans leurs terres.

Mazarin eut alors la patente de premier mi- > nistre. Son principal objet , apres avoir écarté de la cour ceux qui lui faisaient ombrage , fut de rétablir les affaires d’Allemagne. La bataille perdue par Rantzau diminuait la bonne volonté des alliés de la France sur les rives du Rhin. Il était à craindre qu’ils ne fissent leur paix particulière avec l’empereur. Turcnne fut chargé de prévenir cet événement. Ce général célèbre était fils de Henri de la Tour d’Auvergne , duc de Bouillon, compagnon d’armes de Henri IV (i); élevé dans la religiou réformée , il embrassa le catholicisme dans la suite. La nature l’avait formé pour la guerre. Il avait fait ses premières armes sous le prince d’Orange, Frédéric, son oncle maternel; il servit

(l) Hist, de Turcnne , par Ramsé , tons. i.

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ensuite sous le duc de Weimar. Quoiqu’il ne ~ /ût âgé que de trente-deux ans , la distinction ' avec laquelle il servait depuis dix-sept ans, était un gage de ses succès futurs. Mazarin renouvela ensuite les traités entre la cour de France et les états généraux. Des les premiers jours de la régence, les négociations pour la paix générale s’étaient ouvertes à Munster et à Osnabrück. Henri d’Orléans , duc de Longueville , Claude, comte d’ Avaux, et Abel Servicu étaient chargés parla reine de cette mission importante. Le duc de Longueville , retenu à la cour par ses affaires particulières , ne partit pas sitôt. Servicn et d’Avaux se rendirent d’abord à la Haye 5 ils y renouvelèrent l’alliance de la France avec les états généraux. Le nouveau traité fut signé au mois de mars i644. Les deux puissances promettaient de ne faire la paix avec leurs ennemis que d’un consentement mutuel.

EIST. DE FR., IIe. F., L. XVI.

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