‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 17 sur 70 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Bataille de Lens. Le prince de Condê est rappelé à Paris. Lit de justice. Plusieurs conseillers au parlement sont arrêtés.

Les affaires chancelantes avaient forcé la cour de rappeler le Grand-Condé en Flandres. L'archiduc Léopold assiégeait Lens. Condé , rendu à ses troupes, qui avaient toujours' vaincu sous ses ordres , les mena droit à l’archiduc ; c’était pour la troisième fois qu’il donnait bataille avec le désavantage du nombre. 11 dit à ses soldats ces seules paroles : « Amis , souvenez-vous de Rocroi, de Fribourg et de

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Nortlingue. » Il dégagea lui-même le maréchal de Grammont, qui pliait avec l’aile gauche; prit le général Beck: l'archiduc se sauva à peine. Les Impériaux (t) et les Espagnols qui composaient cette armée , furent dissipés; ils perdirent plus de cent drapeaux et trente-huit pièces de canon , ce qui était alors très-considérable; ou leur fit cinq mille prisonniers, on leur tua trois mille hommes , le reste déserta; l’archiduc demeura sans armée. Le roi, qui n’avait alors que dix ans, s’écria en apprenant la nouvelle de cette brillante victoire : « Le parlement sera bien fâché. » Ces paroles faisaient assez voir que la cour ne regardait alors le parlement de Paris que comme une assemblée de rebelles. Le prince de Coudé s’empare de Fume* après la bataille de Lens ; il eût conquis les Pays-Bas , si la guerre civile n’avait forcé la régente de le rappeler à Paris.

L’embarras de la cour était extrême au milieu d’une guerre ruineuse ; non-seulement les contributions ordinaires étaient interceptées , mais les particuliers refusaient de faire des avances. La reine fut réduite à mettre en gage les diamaus de la couronne ; elle renvoya quelques domestiques: sa situation paraissait d’au-

(i) Mém. servant àd’hist. du prince de Condd. Hiet. de Louis XIV, par Lamartinière , liv. 5,

tant plus délicate que dans ce lemps-là même, la fille de Henri IV , femme de Charles 1er. , roi d’Angleterre, se réfugiait en France avec r ses enfans, et que le parlement d’Angleterre préparait l'échafaud sur lequel Charles Ier. porta sa tète. Le duc d’Orléans , lieutenant général du royaume , alors attaché à la reine, avait été chargé de négocier avec les magistrats j il se rendit plusieurs fois au palais , il tint même chez lui des conférences avec les membres les plus accrédités du parlement ; mais, soit que ce prince fomentât secrètement les troubles qu’il improuvait par sa conduite publique , ou que le parlement, soutenu par les nombreux ennemis de Mazarin , se flattât d’opérer uu changement dans l’administration publique, il demandait non-seulement que les^ntendaus fussent révoqués sur-le-champ, et qu’une cour de justice fût instituée pour informer des malversations commises pendant qu’ils étaient en place, mais qu’on vériGàt l’origine de toutes les fortunes qui s’étaient élevées depuis le commencement de la régence.

Mazarin qui ne se roidissait pas contre les difficultés comme Richelieu , avait conseillé à la reine de mener une seconde fois le roi son fils au parlement (i), pour accorder tout ce que

(i) Mdra. de Talon , tom. 3.

Lours xiv. r t'f

letat présent des affaires ne pemveltair pas de refuser. Ce lit de justice n’obtint aucun succès. L’avocat général Talon eut beau dire au jeune roi qu’il fil réflexion sur la diversion naturelle des jnaisons célestes , sur l’opposition des astres et des aspects contraires qui composent la beauté de la milice supérieure. Le chancelier ayant accordé de la part du roi plus qu’on ne demandait, et défendu seulement les assemblées des chambres, qui ne devaient pas se faire sans la permission de la coui4 , on s’assembla dès le lendemain.

Mazarin avait fait mettre en prison àVinceunes le duc de Beaufort , coupable de lui disputer son autorité, et d’étre à la cour son rival en crédit. Le cardinal de Retz , dit , dans ses mémoires , qu’on fut surpris d’un étonnement respectueux, quand on vit Jules Mazarin faire enfermer le petit-fils de Henri IV , et exiler toute sa famille ; qu’on se croyait fort obligé au ministre de ce qu’il ne faisait pas mettre quelqu’un en prison tous les huit jours , et que Chapelain admirait surtout ce grand événement. Ce Chapelain , dont le nom est devenu si ridicule, pouvait tant qu’il voulait admirer servilement cet abus de pouvoir; la maison de Vendôme avait des atmis dans le parlement qui n’admiraient point du tout une telle conduite, et qui excitaient la compagnie centre le ministre.

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Anne d’Autriche , entraînée hors de ses mesures , avait cru devoir suivre le conseil donné par le parlement , de chercher des ressources * dans les poches de ceux qui s’étaient nouvellement enrichis. Non - seulement on taxa les financiers , niais on révoqua les assignations données à ceux qui avaient avancé de l’argent au roi, attendu, disait - on, « que c’étaient » presque tous des gens de rien, devenus excesx sivemcul riches. » Presque tous les financiers firent banqueroute , en conséquence de celle qu’ils essuyaient delà part du roi. Les riches particuliers , dont ils avaient emprunté de l’argent, payèrent ainsi la plus forte taxe qui eut encore été imposée sur eux; ils firent banqueroute à leur tour. La fortune de Paris fut bou-

part.

Dans ces circonstances, la bataille de Lens , gagnée par le Grand-Conüé , enhardit la cour à se venger enfin du parlement, en faisant arrêter quelques présideus et quelques conseillers, qui parlaient dans l’assemblée des chambres, avec le plus de hardiesse. On vit arriver les scènes qui ont été sur le point de se renouveler sous n9j.,yeux en 1787 , lorsque le parlement de Pftt'is-fut exilé à Troyes. On en voulait surtout à ÏVôvion-BIancmenil , président à mortier; à Charton , président aux enquêtes; et à Broussel, conseiller clerc. Charton, honnü©;

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très-borné, était connu parce sobriquet : Président je dis ça , parce qu’il ouvrait et concluait les avis par ces mots. Brousse! n'était recommandable que par ses cheveux blancs , son âge de soixanle et treize ans , et parce qu’il logeait dans un quartier rempli de populace. C’était l’instrument des ennemis de Mazarin dans le parlement j ils mettaient dans sa bouche ce qu’ils avaient dans l’esprit : il proposait les avis les plus hardis , et croyait les avoir imaginés.

Au lieu de les (1) enlever dans le silence de la nuit , le cardinal crut eu imposer à la multitude, eu les faisant arrêter en plein midi , tandis qu’on chantait le Te Deum à INolre- Dame, pour la victoire de Lens, et que les Suisses de la chambre apportaient dans l’église soixante et treize drapeaux pris sur les ennemis. Ce fut précisément ce qui souleva la multitude. Charton s’exquiva , on prit Blancmenil sans peine 5 il n’en fut pas de même de Broussel. Une vieille servante , seule , voyant jeter son maître dans un carrosse , par Corn-1 minges , lieutenant des gardes du corps, ameute le peuple 5 on entoure le carrosse , on le brise. Les gardes françaises prêtent main-forte le

(1) Mém. de Talon , tom. 5. Me'm. de MotteviHc tom. 2, Mém, du card, de Retz , tom. 1. - '

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j>risoouier es» conduitsur le chemin de Sedath. Son enlèvement , loin d’intimider la mullvtnde, l’irrite et l’enhardit.

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