CHAPITRE XVII
Paix de JFcsIphaüc.
Tandis que la discorde agitait l’Europe entière , les plénipotentiaires de presque tous les états , situés dans cette partie du globe, balançaient dans Munster et dans Osnabrück , les intérêts qui avaient allumé une guerre, à l’issue de laquelle tous les principaux monarques de l’Europe prenaient également part. Le noble Contarini , ambassadeur de Venise , faisait les fonctions de médiateur entre l’Allemagne et la F rance. Le légat, Fabio Chigi, s’était présenté 'en la même qualité au nom du pape. 11 fut refusé par la cour de France , soit que sa prévention en faveur de la maison d’Autriche fût connue, ou qu’on craignît de faire outrage aux princes protestans : les Suédois n’admirent aucun médiateur.
La paix de Wcstphalic fut signée. On donna ce nom aux deux trairés conclus en même temps à Munster et à Osnabrück , le octobre , quoique les condition# de la paix entre l’empereur et les protestans d’Allemagne, la Suède et l’empire , les Hollandais et les Espa-
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gttols fussent arrêtées quelque temps auparavant. Le roi d’Espagne reconnaissait l’indépendance de la Hollande} ce peuple conservait ses possessions dans les quatre parties du inonde. Philippe IV offrait aussi de faire la paix avec la cour de France } Mazarin exigeait la cession entière des Pays-Bas, de la Franche- Comté , du Roussillon et de la Catalogne : ces conditions parurent trop onéreuses. Philippe IV se flatta que les événernens de la guerre de la fronde lui procureraient une paix moins humiliante (i).
Ces deux traités ont été regardés jusqu’aux premières années du dix-neuvième sièclecomme le code de l’empire germanique } on peut les diviser en deux parties : la. première regarde les indemnitésaccordéesaux puissances belligérantes } la seconde règle l’état public de la religion et du gouvernement en Allemagne.
L’empereur et l’empire cédaient à la France leur droit de souveraineté sur les trois évêchés * Metz, Toulel Verdun, la ville de Brisach, le Sundgau , les landgraviats de la haute et basse Alsace, la suzeraineté de Pignerol , acquise par le traité de Quicrasco,et le droit de mettre garnison dans la forteresse de Philisbourg. La
(1) Mém. du comte d’Avaux. Ne'g. secrètes de Muntter et d’Osnabruck , tom. 3. •
l3 Z HIST. DE FE. , II*. P., I. XVI.
Suède obtenait cinq millions d’écus, l'archevêché de Brème et l'évêché de Verden , convertis enprincipautés séculières ; la Poméranie citérieure, la ville de Stettin , l’île de Rugen, la ville de "Wismar dans le duché de Meklembourg , avec trois voix flans la diète impériale pour Brême, Verden et la Poméranie.
On dédommageait l’électeur de Brandebourg de la perle de la Poméranie citérieure cédé à la ■Suède , par l’abandon de l’archevêché de Mag- •debourg etdesévêchés d’Halberstad, de Minden et de Camin, déclarés principautés séculières , avec quatre voix dans le collège des princes. •Le duc de Mecklenbourg recevait en échange de Wismar , les évêchés de Schouerin et de Ralzbourg, avec deux voix à la diète et les ^eux magnifiques commanderies maltoises de Mirowet de Nemorow. Les ducs de Brunswick- Hanovre, et, à leur défaut, ceux de Brunswick, Wolsembutel étaient investis de la prévôté de Valkenried et de l’alternative perpétuelle de .l'évêché d’Osnabruck , de manière qu’à un •évêque catholique élu par le chapitre , devait succéder un prélat protestant issu de la maison de Brunswick. Le landgrave de Hesse- Cassel obtenait une partie du comté de Shaumbourg et l’abbaye de Kirschfeld, sécularisée , avec une voix à la diète, et une somme de six cent mille écus.
On rendait à l’électeur palatin ses états, à
l'exception du haut Palaliuat qui devait rester au duc de Bavière et de quelques cantons cédés à l’électeur de Mayence ; il était créé , en sa faveur, un électorat qui devait être supprimé lorsqu’une des deux branches de la maison de Bavière viendrait à s’éteindre.
Les républiques de Suisse et de Hollande étaient reconnues états souverains. On réta-? blissait tous les princes et états de Germanie dans les droits dont ils avaient joui avant les troubles de Bohême ,en 1619 ; enfin, tous les états d’Allemagne obtenaient le droit de contracter des alliances avec les princes étrangers , pourvu que ce ne fut ni contre l’empereur ni contre l’empire.' Tels étaient les changemcus politiques introduits en Germanie , par le traité de Westphalie ; ceux qui concernaient la religion n’étaient pas moins importaus.
On abolissait, à l’égard des protestans, l’autorité spirituelle des papes et des évêques. La transaction de Passau de j552 ,et la paix de religion de i555, étaient déclarées lois fondamentales de l’empire. Les avantages que ces deux actes accordaient aux luthériens devenaient communs aux calvinistes ; en conséquence , tous les biens ecclésiastiques possédés par les protestans en 1624 et par l’électeur palatin en 1619, leur étaient assurés. Tout membre immédiat de 1,’cmpire obtenait le droit de changer et de réformer la religion dans scs
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terres, autant que l’état de l’année 1624 et les pactes faits avec ses sujets le lui permettaient j mais conformément au réservât ecclésiastique , tout bénéficier catholique ou protestant qui changerait dans la suite de religion, devait perdre , par ce seul fait , son bénéfice. 11 était convenu que la chambre impériale se composerait à l’avenir de vingt-six conseillers catholiques et de vingt-quatre protestans , et que l’empereur recevrait six protestans dans son conseil aulique. Les députations établies par la diète d’Àugsbourg , en 1 555, pour décider des affaires qui leur étaient renvoyées par les dictes générales de l’empire , devaient être composées à l’avenir d’un pareil nombre de commissaires catholiques et de commissaires protestans. On réglait que rien ne pourrait être statué , ni dans les diètes ni dans les tribunaux , à la pluralité de toutes les voix des catholiques contre toutes les voix des protestans ; mais que lorsque le suffrage de tout le corps des proiestans serait contraire à celui du corps des catholiques, on aurait recours à une composition amiable , et que si ce partage arrivait à la chambre impériale ou au conseil aulique , la cause serait portée à la diète impériale.
On laissait aux sujets des princes allemands la liberté de quitter la religion reçue dans leur patrie, et, si le gouvernement leur refusait une entière liberté de conscience , il leur était
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accorde trois ans pour vendre leurs propriétés et se retirer ailleurs. Tous les princes et états d’Allemagne assemblés en diète générale , conservaient seuls le droit de publier des lois nouvelles ou d’interprêter les anciennes , de déclarer la guerre , de lever des troupes , d’exiger des contributions , d’établir des subsides dans l’empire, de bâtir des forteresses, de faire la paix et des alliances. Le collège des villes impériales reçut dans la diète un suffrage décisif, semblable à ceux dont jouissaient les deux collèges des électeurs et des princes. Le traité contenait encore quelques autres articles moins imporlans. La France et la Suède se chargeaient de la garantie de toutes les stipulations.
Ce traité dans lequel était donné nn exemple renouvelé de nos jours , d’indemniser les princes séculiers aux dépens des principautés ecclésiastiques , n’obtint pas en Allemagne une autorité moindre que la bulle d’or. Le second de ces actes était bien supérieur au premier par l’importancè et la diversité des objets qu’il renfermait : on observe que les rois de France et de Suède y furent traités de majestés par la chancellerie impériale et que ce fut pour la première fois. Ainsi finit en Allemagne une guerre qui avait duré plus de trente ans.
Si les succès des dix premières années avaient
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surpassé les espérances de l’empereur et des catholiques, les eflWu de la France «t de lu Suède lire ni triompher les protestans durant les dix dernières années. L’empereur et les .catholiques consentirent à des conditions qui leur étaient avantageuses , parce que les progrès des Suédois dans les provinces héréditaires de la maison d’Autriche , la désolation •de la Bavière par Turenne et par W ranger, et juti esprit de révolte répandu dans la Hongrie •et dans la basse Autriche , ébranlaient le trône de Ferdinaud III , auquel Philippe IV n’eo- ,voyaitquede faibles secours. Ferdinand 111, jnoins dévoué que son père aux maximes es,paguoles , crut devoir abandonner un plan formé par Ferdinand II , dans des circonstances plus favorables.
Christine, reine de Suède, finissait la guerre . dans l’instant qui lui était le plus favorable ; elle obtenait des conditions très-avautagei»ses pour elle et pour ses alliés 3. elle affranchissait l’Allemagne d’un joug dont la Suède elle-même avait été menacée. D’un autre côté, ses armées ne consistaient depuis long - temps qu’en groupes allemandes , parmi lesquelles se trouait un petit nombre de Suédois ; les soldats demandaient la paix à grands cris on ne pouvait la refuser sans s'exposer à une désertion générale.
ludin., la France étendait ses. limites au bord
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du Rhin. Sesliaisons avec les princes allemands ,6^8. lui donnaient en Allemagne une influence égale à celle de la maison d’Autriche j d’ailleurs les circonstances de la guerre de la fronde rendaient la paix avec la Germanie aussi essentielle au conseil de Louis XIV qu’à Ferdinand III et à Christine.
Il n’y eut donc que le pape et le roi d’Espagne qui improuvèrent le traité de Westphalie. Le roi d’Espagne protesta contre la cession de l’Alsace à la France, contre la restitution du Palalinat, dont il avait réuni une partie au duché de Luxembourg , et contre l’abandon des Pays-Bas aux entreprises des Français. Le pape condamnait la sécularisation des meilleurs bénéfices d’Allemagne , et les droits acquis par les protestans. Le légat, Fabio Chigi , détailla ses griefs dans une protestation datée du même jour de la signature du traité. Innocent X publia une bulle , Je 26 novembre , qui déclarait nul tout ce qui avait été statué à Osnabrück et à Munster , au préjudice de la religion catholique* Hermann Conringius fut chargé de répondre à cette bulle ; il s’en acquitta avec un succès qui déconcerta le saint père. Les catholiques, d’Allemagne ne voulaient pas courir de nouveau les hasards d’une guerre de religion. L’empereur , paisible possesseur de la Bohême , devenue son patrimoine , et de la Hongrie qu’il regardait aussi comme son héri-
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1648. taSe ■> mais qui prétendait encore à Ja prérogativê d’éjire ses rois, avait besoin d'une longue paix pour effacer les traces des dissensions qui avaient été sur le point de démembrer toutes ses provinces.