CHAPITRE II
Situation politique de l’Europe pendant la minorité de Louis XIV. Suède , üanemarck , Allemagne , Provinces -Unies Turquie , guerre de Candie.
L A Hollande , dévastée par nne guerre qui durait depuis plus d’un demi-siècle , commençait à redouter les Français , plus qu’elle n’avait craint les Espagnols , incapables de subjuguer cette république ; mais elle soupirait après la paix pour affermir ses vastes établissemens dans les Indes. Le roi de Danemarck venait de déclarer la guerre à la reine de Suède, pour quelques vaisseaux qui n’avaient pas voulu payer les droits établis au détroit du Sund. Cet événement aurait pu; rendre la supériorité à l’empereur en Allemagne , si le ministère de France ne se fut hâté de rétablir la bonne intelligence entre les cours de Stockholm et de Copenhague. Presque toutes les provincos de la Germanie , devenues, successivement le théâtre des longues hostilités entre les Autrichiens et les Suédois , présentaient le spectacle le plus déchirant de ku
misère. Les négociations pour la paix générales s’ouvrirent en 1645 , dans les villes de Munster eld’Osnabruck. Le chancelier Oxenstiern et le cardinal Mazarin , pour se rendre maîtres des conditions du traité , avaient suscite à l’empereur Ferdinand 111, un nouvel ennemi dans la personne de Ragotzki , prince de Transilvanie. Les persécutions souffertes par les protestans hongrois , et quelques infractions aux anciens traités entre les rois de Hongrie et les princes de Transilvanie , formaient le texte du manifeste de Ragotzki. L’argent de la France lui mettait les armes à la main , et la Porte ottomane promettait de le seconder. Dans cette extrémité , après avoir rendu la liberté à l’électeur de Trêves, dont la prison avait servi de prétexte à la cour de France pour lui déclarer la guerre, l’empereur pressait la conclusion de la paix.
Les Turcs , malgré la faiblesse de leur gouvernement sous l’imbécile Ibrahim , continuaient depuis 1644 la guerre de Candie , si funeste à la grandeur des Vénitiens : le sénat de Venise, oubliant les guerres d’Italie, quoiqu’elles fussent à scs portes, épuisait le trésor de Saint- Marc pour conserver cette île , une des plus fertiles , des plus considérables de la Méditerranée , et que la nature semblait avoir placée entre l’Europe , l’Asie et l’Afri-
que pour êlré un des marchés de ces vastes contrées. • u ;•* 4 *? . »*
Quelques historiens ont comparé (1) la guerre de Caudie à celle de Troie; ces deux expéditions se ressemblèrent au moins par leur origine et par leur issue. Six galères do Malte s’emparèrent en 1644 d ut1 grand vaisseau, turc , et vinrent mouiller avec leur prise dans un petit port de l’île, nommée Calismène. On prétendit que le vaisseau turc portait un fils du grand seigneur. Tembis-Aga , chef de eunuques noirs , était dans le navire ; il traitait cet enfant avec des soins et des respects. Tembis- Aga ayant été tué dans le combat , d'enfant fait prisonnier fut long-temps regardé à Malte comme fils du Sultan , dans l’espoir d'une rançon proportionnée à sa naissance : le grand seigneur dédaigna de proposer sa rançon, soit qu’il ne voulût pas traiter avec les chevaliers de Malte , ou que le prisonnier ne fût pas en effet son fils. Ce prétendu prince , négligé par les Maltais , se fit dominicain ; on l’a connu sous le nom de père Ottoman , et les Dominicains se sont vantés d’avoir eu le fils d’ua Padisha de Constantinople dans leur ordre.
(1) Nani , Istor. Vonet. ton*. 4. Merctirio , di Vittorio Siri , tom. 20. Fanlin Desodoards } lijgt, d’Italie ^
hv. 18.
. . ? • LOUIS Xiv.' J 3
r Les Turcs ne voulant pas attaquer Malte , dont le rocher bravait la puissance ottomane , firent tomber leur vengeance Sur les Vénitiens, auxquels appartenait la rade de Caiismène , où les Maltais avaient conduit leur prise ; leur flotte aborde en Candie. La Canée , ^.etymo , Setia , et les autres places de tffle sont enlevées successivement ; il ne reste aux Vénitiens que la ville de Candie , bâtie sur les ruines de l’ancienne Héraclée : le sénat y avait rassemblé toutes ses forces. Le siège de cette place dura vingt-cinq ans. Les Vénitiens imploraient le secours de toutes les puissances de l’Europe; le pape , le grand duc de Toscane et l’ordre de Malte furent les seuls qui armèrent d’abord en leur faveur. Muralori assure qu’un noble enthousiasme saisit, l’ordre iüflniment nombreux des Franciscains ; ris offrirent’ d’aller grossir” la garnison de Candie, L’annaliste d’Italie ajoute que ce projet fut approuvé par le conseil du pape , et ,que plusieurs villes furent indiquées pour servir de rendez-vous à cette armée mooae^lejT mais que l’ambassadeur d’Espagne à Rome ayant représenté qu’il résulterait de cètté expédition que les Turfcs chasseraient les moines employés à Jérusalem et aux missions du Levant , l’histoire fut privée de cette curieuse aventure.
Plusieurs flottes turques succombèrent sous les efforts de la marine de Saint - Marc : les
14 hist. DE TR , II*. P. , XVI.
Vénitiens ravagèrent les côtes de la Grèce et de la Romanie; ils emportèrent Mégare, Lemnos, Ténédos, Palmos; mais ils ne purent jamais forcer les Musulmans d’abandonner un siège au succès duquel ils attachaient la gloire de l'empire. Les troubles du sérail , la déposition du sultan Ibrahim et la guerre de Hongrie , dans laquelle Montécuculi se couvrit de gloire, le firent languir sans en arrêter les opérations. Enfin, en 1667 , Àchmet Cuprogli, grand-visir de Mahomet IV, attaqua régulièrement la capitale de l’ile, défendue par le capitaine général Francesco Morosini et par le général français Saint-André Montbrun. La ville fut prise en 1669, après un siège régulier de deux ans , pendant lequel on assure que les Turcs perdirent deux cent mille de leurs soldats. .
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