CHAPITRE V
Suites du combat du faubourg Saint-Antoine. Campagnes de Flandre , (T Italie et de Catalogne. La cour transfère le parlement de Paris à Pontoise. Mazarin sort de nouveau de France.
A près l’inutile combat du faubourg Saint- Antoine , le roi ne put rentrer dans Paris , et le prince fut bientôt obligé d'en sortir. 11 avait été reçu aux acclamations publiques j on lui fit une espèce de triomphe en réparation de èe qu’on l’avait cru capable de s’accommoder avec Mazarin. Voulant profiler de celte bonne volonté, le prince avait proposé uue assemblée générale, le 4 juillet, pour prendre les mesures convenables contre Mazarin. Pendant que l’as-
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semblée délibérait , un trompette se présente avec une lettre de cachet dans laquelle le roi ordonnait au prévôt des marchands et aux échevins de remettre l’assemblée à un autre jour. Le duc d’Orléans, le prince de Condé et le duc de Beaufort voyant que la lettre du toi jetait de l’incertitude parmi les hourgeois , sortent sur-le-champ, et, au même instant, la multitude, réunie sur la place, de Grève, menace d’enfoncer les portes de l’Hôiel de ville (1), en criant tumultuairement qu’il fallait non-seulement satisfaire M. le Prince , mais livrer au peuple tous les Mazarins pour en faire justice ; en même temps , on lirait des coups de fusil dans les fenêtres. Le prévôt des marchands ayant fait fermer les portes de l’Hôtel de ville i la populace y mit le feu. Ceux qui étaient dans les apparteroens mettaient tout en œuvre pour apaiser ces furieux j plusieurs, pour éviter le feu, tombèrent dans les mains de la populace et furent massacrés. EnGn, le duc de Beaufort ayant paru avec quelques troupes , fit cesser le désordre. 11 est probable que le duc d’Orléans et le prince de Condé, pour intimider ceux de l’assemblée qui n’étaient pas dans leurs Intérêts , avaient excité
(») Mém. de Talon, tom. 8. Mena. de mademoiselle de Montpensier.
âSô HIST. DÉ BR. , II*. P., L. XVII.
i652. cettè émédte sans en calculer lés suitèè. Au &Uipfuâ , cet événement amené pour faire ftfompher le parti des princes , fut la principale cause de sa décadence j les Parisiens conçurent pour le prince dè COndé une aversion dont ils ne revinrent plus.
' Dès lors-, plusieurs du parlement commencèrent à désirér Id paix et lé retour du roi dans Paris ; ils ne craignirent pas de publier leur sentiment. Ils remontraient combien Paris souffrait depuis la guerre* Les deux armées lavaient également ruiné la campagne 5 les tillages étaient déserté ; là perte des moissons avait découragé le laboureur , et les terres , restant sâns culture, annonçaient pour l’annce suivante une Stérilité générale. Personne n’osait disconvenir qu’il ne fallût remédier à ces inconvéniens ; mais les ennemis du cardinal Mazdriü disaient eh même temps que i quoique la r-paix fût nécessaire, ils rie croyaient cependant pas (fu’cllè fût à Souhaiter j si Mazarin de mourait dans là ministère > qu’ ainsi le Seul pàtti à prendre était d’envoyer des députés hit roi pèiir le prier de consentir à l’éloigne* merit de ce rhinistre. En conséquence , le parlement envoya une dépuiation à Saint-Denis. La cour , avant la journée du faubourg Saint- Antoine , s’était flattée d’accabler bientôt le parti des princes ; elle pensait alors différemment. La nécessité de satisfaire le vœu public
se faisait senlir d’une manière d’autant plus pressante , que les opérations de la guerre devenaient tous les jours plus désavantageuses en Flandre , en Italie et en Catalogne , où les Espagnols recueillaient abondamment les fruits qu’ils s’étaient proposés, en fomentant les troubles intérieurs de la France.
Non-seulement il n’était plus question de faire des conquêtes , mais on avait perdu toutes celles des années précédentes. L’archiduc s’était emparé de Mardik et de Gravelines (i) dans le Pays - Bas ; Barcelonne avait été emportée malgré tout ce que le maréchal de Lamothe avait pu faire pour la secourir ; enfin , les Espagnols s’étaient rendus maîtres de Cazal en Italie , et avaient remis cette place au duc de Mantoue. Ils avaient aussi repris lo Stato d'egli Presidi, dont les Français s’étaient emparés quatre ans auparavant.
Cette situation des affaires inspirait à la cour quelque modération. Elle répondit aux députés du parlement (a), que le roi permettrait à son ministre de se retirer en Italie , aussitôt que les princes auraient posé les armgs. Le duc
(l) Mém. chron. , serrant à l’Histoire universelle, de f Europe , depuis l’an 1600 jusqu’à l’an 1716.
(a) Mdm. du card. de Retz, tom, 3. Hist. du prince d« Condé f liv. 3. •
iC5i.
j 5 $2t d’Orléans et le prince de Condé , instruits de
cette réponse , mandèrent au président de JNesmond , chef de la députation , qu’ils étaient prêts a désarmer aussitôt que Mazarin serait hors du royaume. Les députés renouvelèrent leurs instances ; on leur fit la même réponse. Bientôt après la cour quitta Saint -Denis, et vint à Pontoise avec l’armée qui commençait à manquer de vivres. Les députés du parlement ayant refusé de suivre la cour dans cette ville, la reine prenant leur refus pour une rébellion , leur défendit de sortir de Saint-Denis jusqu’à nouvel ordre. Le duc d’Orléans , le prince de Condé et le duc de Beaufort , à la tête d’un corps de deux mille hommes , allèrent les prendre, et les menèrent comme en triomphe dans Paris. Le parlement déclara alors , par un arrêt , que le roi étant détenu prisonnier par le cardinal Mazarin , le duc d’Orléans serait prié , en qualité de lieutenant général du royaume, de prendre en main les rênes de l’état; que le prince de Condé serait invité de commander toutes les armées françaises jusqu’à l’expulsion de Mazarjn , et que celte délibération serait envoyée à tous les parlemens du royaume , en les engageant de rendre de semblables arrêts. Le nouveau régent établit aussitôt un conseil pour juger de tout ce qui concernait la guerre , la police et les finances. 11 était composé du prince de Condé, du chancelier Séguier , des
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ducs de Rohan , de Brissac , de la Rochefoucault, de Sully , de Reaufort. Deux présidens à mortier devaient y assister de la part du parlement -, un président et deux conseillers, comme députés de la chambre des comptes , et le prévôt des marchands , de la part de l’Hôtel de ville. Une des premières opérations de ce conseil fut de chercher de l’argent pour payer les troupes. On proposa un impôt sur les portes cochères de Paris et des principales villes du royaume : cet impôt rendit peu de chose , et excita beaucoup de murmures. La défiance etla division régnaient dans Paris. Pour les augmenter , le roi envoie à Paris une déclaration qui transférait le parlementa Pontoise (i). Les démarches faites jusqu’alors par la compagnie , ne donnaient pas lieu d’attendre qu’elle obéît à cet ordre : aussi n’y déféra -t-elle pas ; cependant quelques présidens et quelques conseillers se rendirent à Pontoise pour y tenir les audiences. Les deux parlemens de Paris et de Pontoise , se contestant l’un à l’antre leur autorité , donnant des arrêts contraires , s’accordaient à demander l’expulsion de Mazarin, tant la haine contre ce ministre semblait. être le devoir essentiel d’un Français. La chambre des comptes etla cour des aides furent aussi trans-
(0 Mém. de Talon , tom. 8.
férées : ces compagnies lurent plus dociles que ne l’avait etc le parlement. On opina d’abord à des remontrances j mais on arrêta en meme temps que , par respect pour la volonté du roi , on cesserait de s’assembler. Le roi ayant refusé de recevoir lès remontrances, les deux tribunaux enregistrèrent l’arrêt de leur translation.
Les combats n’avaient produit que des pertes et des regrets. La cour se vit obligée de sacrifier une seconde fois Mazarin , que tout le monde appelait la cause des troubles, et qui n’en était que le prétexte. 11 sortit de nouveau du royaume, et, pour comble de honte, il fallut que le roi donnât une déclaration publique , par laquelle il renvoyait son ministre, en vantant ses services , et en se plaignant de son exil. Le prince Thomas de Savoie, le Tellier et Servien devaient être chargés de la direction des affaires durant son absence. On convint que l’abbé Ondedei resterait auprès de la reine pour les négociations secrètes ; enfin , le cardinal laissa au roi une ample instruction Selon laquelle il devait se conduire dans les différentes circonstances où probablement il se trouverait bientôt.
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