‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 31 sur 70 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le toi püblie une amnistie. Les princes refusent de l’admettre. Voyage de l’armée du duc de Lorraine en France. Belle manœuvre du maréchal de Turenne. Le prince de Condé se retire dans les Pays-Bas.

Tout le monde savait que la retraite de Ma* zarin était momentanée; cependant chacun était si las de la guerre , qu a peine le cardinalministre arrivait à Bouillon , lieu de sa nouvelle retraite , qu’un vœu général se formait à Paris pour engager le roi à reveiiir dans la capitale; La cour publia d’abord une amnistie générale, à condition que les princes désarme* raient dans trois jours; qa'ils renoriceraient, par un acte public , aux traités faits par eux avec les étrangers ; qu’ils enverraient hors des frontières toutes les troupes étrangères répandues en France ; qu’ils obligeraient la flotte espagnole à s’éloigner des côtes de France, èt que leurs troupes se rendraient, dans quinze jours, dans l’armce des maréchaux de Turenne et de la Ferté. Le roi excluait de cette amnistie les délits commis entre les particuliers , dont le roi

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voulait que justice fût faite. Le duc d’Orléans et le prince de Condé prenaient occasion de cette dernière clause pour rejeter une amnistie dans laquelle Louis se réservait le droit de faire de procès à ceux qu’il voudrait; ils ajoutaient que l’exécution de plusieurs articles n’étaient pas en leur pouvoir ; enfin , ils réclamaient des sûretés pour eux et pour leurs partisans. Ils vinrent au parlement , et déclarèrent qu’ils poseraient les armes dès que le roi aurait modifié l’amnistie d'une manière convenable.

Pour négocier sur ces propositions , on envoya demander à la cour des passe-ports : ils furent refusés. Le duc d’Orléans , le prince de Condé , le duc de Beaufort remplissaient Paris de leurs plaintes; mais on ne les écoutait pas t v le désir de la paix s’affermissait de plus en plus. Le prince de Condé , ne pouvant compter sur les Parisiens , pressait les Espagnols de lui envoyer les plus prompts et les plus puissans secours. Le roi , depuis le départ de Mazarin, habitait le château de Compïègne : les troupes de Condé , profitant de cette retraite , tenaient la campagne ; les ravages commis par elles r rendaient le prince plus insupportable aux babitans de Paris. La cour , pour tirer parti de cette disposition , avait donné ordre au maréchal de Turenne de se retrancber à Villeneuve- Sainl-Georges, afin que le voisinage des deux armées réduisit les Parisiens à la nécessité

d’abandonner entièrement le parti du prince * pour chercher du repos. ' ‘

Les Espagnols, instruits de la détresse dans laquelle se trouvaient les princes , et voulant également s’opposer à leur ruine et à leurs succès, afin d’entretenir en France des troubles dont ils tiraient tant d’avantages, envoyaient le duc de Lorraine avec une armée de onze à douze mille hommes. Condé , pour donner le temps à ces troupes d’arriver , éloignait la délibération du parlement sur l’amnistie , sous prétexte d’attendre la réponse du roi aux nouvelles réclamations. Cette délibération commença enfin le a septembre. La grande majorité adoptait l’amnistie, et priait les princes de désarmer et de se rendre auprès du roi. Le fanatique Broussel opina qu’il fallait se fortifier et se tenir en garde contre l’esprit de Mazarin qui régnait encore j mais il fut presque seul de son opinion } cependant, dans la suite de. la délibération , la plupart furent d’avis de prier le duc d’Ofléans de faire de nouvelles instances pour obtenir une modification à l’amnistie. Le prince de Condé , soutenu par ses partisans , déclarait qu’il n’était pas d’humeur à se livrer dans les mains de ses ennemis , et qu’il ne poserait les armes qu’avec des sûretés raisonnables pour lui et pour son armée. Appuyé des présidens de Nesmond et de Longueil , il se rendit maître de la délibération

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x6Sa. parlementale j ses partisans substituèrent- (i) d’autres termes qui en changeaient la substance : grande rumeur à la lecture de la rédaction. Condé déclare encore avec plus de cha- ; leur, qu’il ne désarmerait pas pour devenir la victime des Mazarins ; enfin , par voie de hauteur ou de supercherie, l'arrêté se trouva conçu en ces termes : « Le roi sera remercié d’avoir éloigné Mazarip , et prié de donner la paix à . la France et de venir à Paris $ le duc d’Orléana est engagé d’écrire au roi , que lui et le prince de Condé poseront les armes aussitôt qu’une déclaration d'amnistie en meilleure forme aura été envoyée au parlement. »

Les ducs de Lorraine et de Wirtemberg approchaient de Paris , à la tète de seize mille hommes. A cette nouvelle , Condé vole à leur rencontre avec son corps de troupes (a). Tu- * renne , trop faible pour combattre une arméfr aussi nombreuse , s’était retranché dans l'angle de terre formé par le confluent de la petiterivière d’Hyères dans la Seine , une lieue audessus de Villeneuve - Saint -Georges. Mais, en évitant ainsi le danger de combattre malgré lui , la disette pouvait détruire son armée : il n’avait du pain que pour cinq jours , et il man- ' - ■ • ’ . , ■ r if*. .

(i) Mém. da Talon , tora. 3-

G) Mdœ. du <nar. de luronne. ■ , .

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quait de fourrages , sans espoir d’en tirer des “ environs entièrement ruinés. Le prince de Condé entourant les troupes de Turenne, avait partagé son armée en quatre corps, commandés par le prince de Ligne, le duc Ulric de Wirtemberg, le duc de Beaufort et Tavannes. Ayant ainsi renfermé l’armée du roi , il écrivait à Paris, qu’elle serait contrainte à donner bataille ou à mourir de faim dans son camp. La cour était dans la plus pénible extrémité.

Cependant ce prince , étant tombé malade <Tune fièvre continue , quitta son armée pour aller à Paris. La cour avait abandonné Compiègne , se rapprochant de l’armée ; elle résidait à Pontoise. Un grand nombre des habitans de Paris , encouragés par l’approche de la cour , prennent la résolution d’assurer le roi de la fidélité de la capitale , et de son désir de le voir au Palais-Royal. Lés députés furent reçus avec bienveillance; le roi les assura qu’il n’avait rien tant à cœur que de revenir au milieu d'eux , aussitôt que la tranquillité publique serait entièrement rétablie.

La cour ne comptait pas beaucoup sur la •disposition d’une multitude tumultueuse dont elle connaissait l’inconstance ; Condé,deson côté, ne s’en inquiétait pas. Persuadé que Turenne ne pouvait manquer d’étre battu , il tint un conseil de guerre daus sou hôtel, où l'on

délibéra (1) sur la conduite qu’il faudrait tenir avec la cour après la victoire , et où l’on disposa d’avance des premières charges et des principaux gouvememens. Ces projets furent réduits en fumée par l’habileté de Turenne. 11 prit si bien son temps pour quitter son poste dans lequel il commençait à manquer de vivres , qu’il se trouvait dans Corbeil avant que les ennemis songeassent à le poursuivre. Ce fut la nuit du 4 au 5 octobre qu’il exécuta cette retraite. Profitant de l’absence du prince de Condé , il fit construire plusieurs ponts sur la rivière d’Hyèrcs, sous prétexte défavoriser les fourrageurs. Ces arrangemens pris, les troupes eurent ordre, une heure avantle coucher du soleil , de se préparer à marcher. Dès l’entrée de la nuit, les bagages passèrent vers Corbeil par le chemin le plus bas , le long de la Seine ; l’armée suivait en bon ordre. On ne releva les sentinelles et les gardes avancées que lorsqu’elle fut passée; on rompit les ponts, cl on arriva à Corbeil avant le lever du soleil, sans que l’armée de Condé se fut aperçue que sa proie était échappée.

Quand même elle aurait été instruite de cette retraite durant la nuit, ses efforts pour l’empêcher ne pouvaient réussir. Après une

(1) Mdm de Turenne , p. 307.

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îieue de marche, le terraiu était extrêmemem favorable; la petite armée marchait entre la Seine et la forêt de Sennar; elle remplissait cet espace de manière à ne pouvoir être prise en flanc, et plus on avançait vers Corbeil , plus le terrain se rétrécissait. De Corbeil, Turenne s’avança dans la Brie , il passa la Marne à Meaux , et se rapprocha de l’Oise. ;

Condé apprit cette nouvelle avec un extrême chagrin. Cet événement achevait de ruiner absolument ce prince dans l’esprit des Parisiens ; ne se croyant pas en sûreté dans son hôtel, il attendit à peine le retour de sa santé pour se rendre à l’armée; il marcha sur-le-champ avec le duc de Lorraine vers les frontières de Champagne. On est assez étonné , dit Turenne dans ses mémoires (1), de ce que le prince de Condé quittait Paris si aisément , étant certain que c'était un très-grand avantage de s'y maintenir } mais les diverses cabales qui n’allaient pas à son but , et un peu de manque de vues pour les choses qui devaient suivre son départ , C obligèrent à s’éloigner. Une autre chose l’y conviait encore : touché de la jaçon dont le duc de Lorraine vivait avec son armée , et las des tracasseries du parlement , il désirait une manière de vivre semblable. Si ce

(î)Mém.du mar. de Turenne , tom.3, pag. 207. Tom. VI , ae. part. 16

dernier motif était réel , il contredirait vio*' km tu eut ce qu’on a publié de la justesse d’esprit, de la grandeur et de la solidité du cœur de ce prince. . . ntaktn'

Gondé , en, sortant de Paris , laissa un manifeste dans lequel il exhortait les Parisiens (i)à ne pas- se fier aux promesses de la cour , les assurant qu’il leur procurerait par les armes une paix avantageuse. On eut peu d’égard à ce papier. Le prince était à peine hors des murs , qu’une députation des six corps de marchands alla trouver le roi. La cour négociait en même temps avec Gaston et avec le parlement ; cette compagnie demandait secrètement l’indulgence du roi pour ne s’être pas rendue à Pontoise j Gaston persistait à exiger que l’absence de Mazarin fut perpétuelle et irrévocable. La cour connaissait son caractère, irrésolu; ses réclamations ne faisaient aucun effet.

(x) HJst» du minutât» du, cardinal Miuarin , p. 2&1,.

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