‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 32 sur 70 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Retour du roi dans Paris. Le duc d* Orléans est exilé à Blois. Le cardinal Malaria revient à la cour ,

JLie vingMm octobre , lia cour quitta Saint- Germain pour venir à Paris. La reine dépêcha fe comte de Nogent vers le duc d’Orléans pour lui conseiller de venir au-devant du roi ’ et l’assurer qu’il en serait bien reçu. Il n’y eut pas moyen de l’y résoudre. Nogent, à son retour , trouva le roi entre Saint-Cloud et le bois de Boulogne -il rapporta que Gaston était résolu de rester dans Paris. Les inquiétudes se renouvela, em: on tint conseil dans le carrosse' delà reine j ceux qui y furent appelés étaient le prince Thomas de Savoie , les maréchaux de 1 urenne , Duplessis-Choiseul et Villeroi • de ces quatre généraux, trois étaient d’avis de retourner à Saint-Germain. Le maréchal de 1 urenne soutmt que celte retraite inopportune serait egalement préjudiciable aux affaires du roi et a sa réputation : la reine se rangea à ce sentiment. Le roi arriva assez tard à Paris et aulieu des oppositions qu’on avait appréhendé,

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i65a. il reçut les témoignages les plus vifs de l’alléi gresse publique. Ce soir même , le duc d’Orléans reçut ordre du roi de sortir de Paris.

Cet ordre auquel Gastou ne s’attendait pas (i) , le mit dans un mouvement qui ne lui était pas naturel ; il passa une partie de la nuit à conférer avec le cardinal de Retz et avec le duc de Beaufort. Le premier l’assurait qu’au lieu de prendre la fuite , il pouvait être le maître pour peu qu’il témoignât de résolution ; il lui conseillait d’ordonuer publiquement à ses gendarmes et à ses chevau-légers de se préparer à partir le lendemain pourBlois j au lieu de prendre cette route, lui disait l’autre, allez demain à la messe à St.-Eustachc , je vous réponds d’armer la moitié de Paris, de renouveler la journée des barricades , et d’assiéger la cour dans le Louvre. Gaston , déterminé parla duebesse son épouse , promit tout au prélat guerrier ; mais, tandis qu’il disposait les choses pour l’exécution de ce projet , Gaston , incapable d’une résolution vigoureuse, lui envoya dire à cinq heures du malin qu’il partait pour Blois : il y passa le reste de ses jours. Mademoiselle , qui avait reçu les mêmes ordres que son père, se retira dans sa maison de Saint-Fargcau. Le cardinal

(i) Rcboulet , Hist. du règne de Louis XIV , tora. 3. Mena, du card, de ReU , tora. 3.

de Retz , aussi imprudent que sublime et audacieux , fut arreté. Après avoir été conduit de prison en prison , il mena long-temps une vie errante qu’il finit enfin dans la retraite, où il acquit des vertus que sou grand courage n’avait pu connaître dans l’agitation de sa fortune.

Le lendemain , les chambres s’assemblèrent dans les galeries du Louvre. Après la lecture de l’amnistie générale et d’une déclaration qui réunissait les deux sections du parlement (1 ), et défendait à ce tribunal de se mêler des affaires d’état , on enregistra des lettres patentes , portant injonction aux ducs de Beaufort , de Rohan , de la Rocbefoucault , aux officiers de la maison du prince de Condé et de la duchesse de Longueville, aux femmes et aux enfans de ceux qui servaient dans l’armée du prince, de sortir incessamment de Paris. Quelques membres du parlement qui avaient le plus abusé de leur ministère, reçurent de pareils ordres. Les autres se renfermèrent dans les fonctions de la magistrature. Quelques-uns s’attachèrent à leur devoir par une gratification annuelle de cinq cents écus (2), queFouquet, procureur général et surintendant des finances, leur fit payer sous main.

(1) Mém. de Brienne , tom, a, Ç2} Mém..de Gourvilla.

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Cependant le prince de Condé avait mené son armée en Champagne 3 il se présenta devant Rcthel, le 3o octobre, la place se rendit presque sans résistance ; il y laissa une garnison, . et s’étant avancé devant Chàteau-Porcien , il le prit avec autant de facilité que Relbelf delà, il marcha àSainte-Menehould j cette place, assiégée, le ier. novembre , ouvrit scs portes après quatorze jours de siège.

Turenne s’était misen marche pour s’opposer aux conquêtes du prince (1); il était à Vitry lorsqu’il apprit la prise de Sainte-Menehould ; son armée 11’allait pas au - delà de dix mille hommes. De Sainte - Menebould , Condé alla faire le siège de Bar-le-Duc. L’archiduc jugeant qu’il n’ètait pas besoin d’une grande armée pour soumettre le duché de Bar, ordonna à la division espagnole aux ordres du général Fuensaldaigne , d’entrer dans le Luxembourg. Turenne, ignorant cette séparation , n’osait approcher des ennemis , et délibérait sur ce qu’il avait à faire. Condé faisait le siège de Barle-Duc ; il prit cette place , que les troupes du roi reprirent bientôt. La saison étant très-avancée , Condé prit ses quartiers d’hiver dans les environs de la Meuse.

Mazarin rentrait alors en France 3 il amenait

(1) Mém. du mar. de TureDne.

avec lui un renfort assez considérable, formé de troupes qu’on avait tirées de différentes garnisons : elles étaient commandées par le maréchal d’Aumont et par le duc d’Elbœuf. Malgré la rigueur de la saison., l’armée prit Bar-le-Duc et Chàteau-Porcien. Le cardinal, encouragé par ces succès, et ne voulant laisser à un ennemi aussi redoutable que le prince de Condé , les moindres ressources pour la campagne suivante , proposait d’assiéger Rbetel et Sainte- Menebould ; mais le froid était si extrême, qu’il ne parut pas possible d’entreprendre ces expéditions. L’armée se rapprocha de Laon , et fut distribuée dans des quartiers d’hiver, tandis que le cardinal prenait la route de Paris, la cour ayant achevé d oter tout ce qui pouvait rester d’obstacles à son rétablissement. -

A peine la cour était à Paris, que l’espvit *653. public de cette grande ville semblait changé comme par enchantement ; le peuple jouissant enfin de l’abondance et de la tranquillité , après les privations les plus longues et les plus douloureuses, tournait lui-même en ridicule la guerre qu’il venait de soutenir. Les symboles de cette maladie politique étaient si bien anéantis , que Mazarin dut être étonné de rentrer dans Paris, plus puissant qu’il n’avait jamais été. Que les hommes sont faibles et inconstans!

Le ministre fut logé au Louvre avec sa famille. LouisXlV le reçut comme un père, etle peuple

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comme un maître. On lui fit un festin à l’Hôteî de ville, au milieu de l’acclamation de tons les citoyens. Il jeta de l’argent à la populace ; mais on dit que dans la joie d’un si heureux changement, il marqua du mépris pour notre légèreté. Presque tous les membres du parlement qui avaient mis sa tête à prix et qui avaient fait vendre ses meubles pour payer ses assassins , venaient le complimenter , et ce même parlement , peu de temps après , condamna par contumace le prince de Condé à perdre la tête. Changement ordinaire dans les temps de troubles, et d’autant plus humiliant que l’on condamnait par des arrêts , celui dont on avait si long-temps partagé la conduite.

On ville cardinal, qui pressailla condamnation de Condé, marier au prince de Conti, son frère , une de ses nièces. Condé était devenu généralissime des armées de Philippe IV. Mais d’un côté , le monarque , redoutant les talens et l’ambition du prince , n’osait lui confier la conduite d’une nombreuse armée; de l’autre, le prince ne pouvait rendre aux Espagnols le génie militaire qu’il avait affaibli lui-même par la destruction de leur infanterie dans les plaines de Rocroi et de Lens. Le cardinal Mazarin , à force de souplesse et de patience , obtint peu à peu toute l’étendue de pouvoir dont avait jbui le cardinal de Richelieu : la guerre civile qui devait l’abattre , devint au contraire le principe de sa grande fortune.

tOÛIS XIV-

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