‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 36 sur 70 · CHAPITRE XJ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XJ

Finances , commerce.

Louis XIV se trouvait maître absolu d’un royaume encore ébranlé des secousses qu’il avait reçues , rempli de désordres , mais plein de ressources ; il n’avait aucun allié , excepté le gouvernement de Turin, mais aussi il n'avait d’ennemi que le gouvernement d’Espagne , encore plus obéré que le gou vernement de F rance. Tous les Français qui avaient fait la guerre de la fronde étaient soumis , excepté le prince de Condé et un petit nombre de partisans qui lui restaient fidèles par grandeur d’ame. Le cliaos des finances ne pouvait se débrouiller pendant le cours d’une guerre dévoratrice. Mazarin était encore moins instruit que Richelieu dans l’administration des revenus publics d’un grand état j il administrait comme un vainqueur absolu gouverne un pays de conquête (i). Après l’expulsion de l’italien Emeri, les finances furent

(1) Forbonnais , Recherches sur les finances , tonn i.

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i655— 59 successivement dans les mains du président de Maisons et du marquis de la Vieuville. Ce fut alors qu’on établit la première tontine, espèce • de rente viagère imaginée parunitalien, nommé lonti. Dans ce système d’emprunt, les rentiers bernaient de la portion de ceux qui décédaient , avantage qui procurait rapidement au premier ministre les sommes dont il avait besoin. La première tontine fut d’un million vingt-cinq mille livres de rentes. 1

Mazarin à son retour , en i653 , trouva la surintendance des finances vacante par la mort de la Vieuville; il en partagea les fonctions entre Fouquct et Servien. L’empire du premier ministre sur l’esprit du roi et de la reine mère , laissait moins aux surintendans l’exercice de leur charge que celle d’une aveugle obéissance. Obligés de chercher de l’argent à quelque prix que ce fût , et de payer souvent suri ordre verbal qu’ils recevaient de sa part, sans obtenir de quittance, ils étaient moins administrateurs que courtiers de finance. Pour trouver de l’argent lorsque les emprunts 11e se remplissaient pas , on imposa trente- quatre, sous par chaque minot de sel , on aliéna plusieurs droits d’aides ; enfin , on annonça , en iGh5 , une diminution d’un sixième sur les monnaies par gradation. Cette opération finau- 1 cière versa des sopimes considérables dans les emprunts ; mais , lorsque les diminutions fu-

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rent passées, chacun voulait retirer son argent : il manqua absolument sur la place ; personne 11e voulut prêter sur les assignations de l’année 1657. Dix-sept édits furent publiés , parmi lesquels on trouve la création de quarante-six charges de secrétaires du roi , l’établissement du papier timbré , une taxe sur les baptêmes et les enterremens.

Ces (1) édits rendaient peu d’argent. Mazarin voulait faire une demi-banqueroute. La mémoire des troubles passés était encore trop récente , chacun le détourna de cette entreprise. II assemble les finandiers de Paris, il les menace de révoquer leurs assignations , s’ils ne fournissent de nouvelles sommes. Plus la détresse du trésor royal augmentait, plus aussi les bourses se resserraient. Dans cette situation , on eut recours au crédit personnel de Fouquet ; il fut chargé du recouvrement des fonds : Servien eut le département des dépenses.

Fouquet commença ses opérations par rassurer les gens d'affaires; il aida même ceux dont le crédit chancelait , opération habile et «ligne d’un meilleur temps. Les affaires extraordinaires se négocièrent, mais à une si

(1) Découverte faite à Tournai du tombeau do - Childeric. Voyez le second volume de la première partie de cet ouvrage.

j655 5g, grande perte pour le roi , que pour avoir un

million, il était (1) quelquefois obligé de faire quatre ceut mille livres de rentes. Le cardinal se faisait avancer vingt-trois millions par an, dont il avait seul la disposition. Le déficit dans les anciens revenus augmentait d’une manière effrayante ; tous les droits d’octrois étaient aliénés au profit du roi , et payés par doublement au profil deS villes pour leurs dépenses locales. Les rivières étaient tellement surchargées de péages , que le commerce se réduisait peu à peu à celui d’étroite nécessité 5 on ue connaissait d’autre principe d’administration que de donner beaucoup à gagner aux trailans, pour en retirer les sommes les plus médiocres j aussi leur manquait-on de parole très-souvent.

En 1667, la subvention annuelle du clergé de douze cent quatre-vingt-douze mille livres, futrenouvelée pour dix ans. Le roi lui demanda un don gratuit : il accorda deux millions sept cent mille livres.

La paix des Pyrénées , dont je parlerai bientôt, donna plutôt quelque espérance de soulagement aux peuples , qu’elle 11e les soulagea en effet. Fouquet , resté seul surintendant des finances par la mort de Scrvien, continua de prendre les ordres du premier ministre , aussi

(1) Forbonnais, ibid.

peu versé dans les détails de l’administralion intérieure que savant dans l’art des négociations. Je me hâte d’abandonner ces temps d’obscurité et de désordre , pour fixer les regards de mes lecteurs sur des opérations plus heureuses , lorsque Colbert fut chargé des finauces. Je ne dois cependant pas oublier les services que Fouquet rendit au commerce. Instruit dans cette branche essentielle des richesses d’un grand état par ses propres essais et par ceux de son père , il l’avait regardée comme une ressource immense offerte à la France, lorsque le retour de la paix permettrait de lui donner les encouragemens convenables. Sa disgrâce , survenue lorsque les circonstances lui prêtaient les moyens de faire usage de ses grands talens , légua à un autre administrateur tout le bien qu’il pouvait faire. Cependant sous son administration, gênée par les déprédations de tous les genres, un assez grand nombre de vaisseaux , dont plusieurs étaient armés pour son compte, commercèrent aux Antilles, au Sénégal , à la côte de Guinée , à Madagascar , à Cayenne , à Terre-Neuve c’est à ses secours et à ses encouragemens que la France fut en partie redevable de la conservation de ces établissemcns entièrement oubliés dans le conseil. 11 engagea des particuliers riches à s’intéresser dans ce commerce, et nos colonies se soutinrent contre la jalousie et l’ambition de nos voisins.

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