CHAPITRE XII
Le roi va au parlement et lui défend de se mêler du gouvernement du royaume. Succès des armées françaises. Mort du pape Innocent X. Alexandre VII lui succéda Mort de V empereur Ferdinand. Avènement de Léopold à l’empire.
En vain le parlement de Paris s’opposait à tous les impôts imaginés par Je ministre des finances, pour remplir les coffres de l’état qui ressemblaient au tonneau des Danaïdes. Ce fut à cette occasion qu’en i655, le roi étant parti de Vincennes , en habit de chasse , suivi de toute sa cour, entra dans la grand’chambre, en bottes et le fouet à la main, et prononça ces paroles : « On sait les malheurs produits » par vos assemblées; j’ordonne qu’on cesse » celles qui sont commencées sur mes édits. » Monsieur le premier président, je vous dé- » fends (1) de souffrir ces assemblées, et à pas
(i) Hist. de Louis XIV, par Bruzcn de Lamarti—
» un de vous de les demander. » Sa taille déjà majestueuse, la noblesse de ses traits et le ton de maître dont il parla , en imposèrent plus que l’autorité de son rang qu’on avait jusqu’alors peu respectée ; mais ces prémices de sa grandeur s’effacèrent le moment d’après , les fruits n’en parurent qu’après la mort de Mazarin.
Malgré celte défense , le parlement voulait se rassembler ; la cour craignait la suite de cette entreprise ; on négocia. La compagnie eut la permission de faire des remontrances ; on les écouta j on adoucit quelque chose dans la rigueur des édits, pour paraître avoir égard aux représentations des magistrats. Le parlement , pour éviter les maux dont à peine on venait d’être délivré , n’insista pas davantage.
J’ai observé précédemment que le duc de Guise , fait prisonnier par les Espagnols , dut sa liberté aux sollicitations du Grand-Condé. Il avait promis de 11e plus se mêler des affaires de Naples ; cependant à peine de retour à Paris , il proposait au cardinal Mazarin de tenter une nouvelle expédition sur les côtes de Campanie. Un grand nombre de riches napolitains , pour échapper aux rigueurs exercées
nière, liv. 18. Mém. de Motleville, loin, 4, Mém. de Monglat , tom. 4. Mémoire de Turenne.
j 65 5 5^ dans le royaume de Naples par le gouverne-
ment de Madrid , s’élaient réfugiés à Paris. Ils ne cessaient de vanter les liaisons qu’ils entretenaient dans leur patrie ; ils exagéraient le mécontentement des peuples et la facilité de conquérir les Deux-Siciles pour les réunir à la France, ou pour en faire une république puissante , qui serait l’entrepôt du commerce fran- , çais dans le Levant. Des préparatifs formidables furent faits dans les ports de Provence , pour attaquer le golfe de Naples. Le duc de Guise débarqua , au mois de novembre 1 754 , sept mille hommes auprès de Castell’ a Mare. 11 s’empara de celte place , presque sans résistance. Ses vaisseaux étaient chargés d’armes et de munitions de guerre , dans l’espoir que les mécoutens se rendraient en foule sous ses drapeaux; mais le vice-roi, comte deCastrillo, avait pris des mesures si bien combinées, que personne n’osa se déclarer en faveur des Français. Leur flotte et leur armée manquèrent bientôt de vivres (1) , il fallut abandonner Castell’ a Mare et revenir à Toulon.
Le pape Innocent X mourut le 7 janvier suivant. Le conclave se trouva partagé en deux factions ; l’une voulait élever à la tiare le cardinal Jules Saccheti , et l’autre le cardinal
(1) Giann. , Hist. de Naples , lîv. 3p.
Chigy. Le premier avait déjà été exclu par 'Tôü— l’Espagne , à cause de ses liaisons avec la F rance; les cardinaux attachés aux deux branches de la maisou d’Autriche , s’opposaient à sou élection. Le second était écarté par le cardinal Mazarin. Le collège des cardinaux souffrait impatiemment le droit nouveau que les principales puissances de l’Europe s’étaient attribuées de donner l’exclusion aux cardinaux qui leur déplaisaient. 11 regardait, avec raison, cet abus comme contraire à la liberté du conclave. Cependant, comme les intérêts particuliers influaient sur la politique , aussi timide qu’artiGcieuse des cardinaux , ils murmuraient contre la pesanteur de ce joug sans oser le secouer. Leur manège leva les obstacles qui les empêchaient de voler en faveurde Fabio Chigy.
II fut élu le 7 avril , et prit le nom d Alexandre VII. Dès qu’il fut sur le trône, il affecta de marcher sur les traces de ses plus vertueux prédécesseurs , en éloignant de Rome ses parons. Ses discours ne respiraient que réforme et amendement ; mais bientôt sa conduite ne répondit pas aces heureux commencemens; on ' ne vit plus qu’un homme minutieux et entêté, dans un pape dont on attendait une grande connaissance des hommes et des affaires.
La guerre continuait dans la Lombardie entre les Français et les Espagnols, sans aucun succès. Les Français étaient commandés par le
duc de Modène et le duc de Mercœur ; le gouverneur de Milan conduisait les Espagnols , foriiliés par environ dix raille hommes envoyés par le vice-roi de Naples , depuis que les Français avaient abandonné les côtes de la Campaniej mais si les Espagnols se soutenaient eu Italie , sur les rives du Pô et en Espagne T sur celles de l’Ebre, les revers essuyés par eux dans les Pays-Bas leur rendait la paix necessaire. La cour de Madrid demandait à celle de Vienne des secours contre la France , ou sa médiation pour terminer les hostilités. L’empereur Ferdinand III mourut dans ces circonstances (i); l’empire fut sur le point de sortir de la maison d’Autriche. Léopold , fils de Ferdinand ,ne fut élu que quinze mois après la mort de son père. Non-seulement les électeurs lui prescrivirent la capitulation la plus dure et la plus onéreuse , mais il fut arreté expressément , qu’il ne se mêlerait en aucune manière de la guerre entre la France et l’Espagne , pas même en sa qualité d’archiduc d’Autriche ou de roi de Hongrie.