‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 39 sur 70 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

Raisons qui portent à croire que Cromwel ne fit périr Charles l*r- que pour s'emparet du trône.

-Après avoir renverse la monarchie à la faveur du prétexte de la liberté publique, l’ambition de Çromwel augmentait, Ce ne fut pas la nation assemblée, ce ne fut pas même ce qui restait de la chambre des communes qui lui remit l’exercice de la souveraine magistrature, l/armée dont il était le chef, l’investit de 1» puissance royale, sous le nom de Lord-protecteur. Dès lors cet homme change entièrement de conduite •, jamais o» ne déploya une politique aussi subtile ; tantôt il paraissait disposé

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1655—95. à rétablir ies prérogatives de l’église anglicane , tantôt il offrait aux pairs de rentrer dans la chambre haute. Presbytérien rigide , quand il était de son iulérèt de le paraître , il se montrait indépendant, aplanissseur, leveller dans l’occasion : on dit qu’il avait des chapelains de toutes les sectes.. Il sut jeter la méfiance , la division, la haine dans les diverses factions qui divisaient l’Angleterre , et, par cet artifice , les rendant irréconciliables , il les tenait aussi éloignées de se réunir pour le perdre, que promptes à lui prêter leur secours pour écraser les factions rivales.

L’Angleterre fut florissante sous son règne , parce qu’il ne s’écarta jamais de quatre principes avec lesquels un peuple est toujours bien conduit ; il fit rendre la justice par des hommes intègres, sans acception de personne 5 il contint l’armée sous la plus sévère discipline; il établit la tolérance religieuse la plus parfaite , excepté à l’égard de la religion romaine , et il mit dans l’administration des finances l’ordre et l’économie. Si l’on ajoute qu’il fit fleurir le commerce et l’industrie, que ses flottes triomphèrent de celles de la Hollande, qu’il enleva la Jamaïque aux Espagnols , et qu'il fit respecter le pavillon britannique sur toutes les mers, on se fera une juste idée de celte homme qui, selon Burnet, assurait que les lois sacrées de la morale , obligatoires dans le train ordinaire de la vie, pou-

vaient être légitimement violées dans les occasions extraordinaires.

Cromwel n’était donc pas un républicain , mais un homme adroit qui avait précipité du trône la maison Stuart pour y placer ses enfans si les circonstances ne lui permettaient pas d’y monter lui-méme. Il n’est pas surprenant que les institutions de ce réformateur 11e se soient pas consolidées au milieu des variétés de senlimens politiques répandus parmi les Anglais. Les pairs regrettaient un gouvernement sous lequel ils avaient acquis ces vaniteuses distinctions qui plaisent tant aux hommes. Les personnes, attachées àla religion anglicane, voyaient dans la révolution la chute des principes religieux dont leurs âmes avaient été affectées durant leurs premières années ; les Ecossais et les Irlandais, soumis aux nouvelles lois par la force des armes, attendaient l’occasion de secouer ce joug. Toute la nation étonnée , irrésolue , craignait les malheurs de l’esclavage dans un ordre de choses qui paraissait tendre vers le gouvernement militaire.

Après l’exécution du roi , son corps fut transporté dans la chapelle de Vindsor ; on effaça le nom de ce prince de tous les monumens publics, on brisa ses statues , les sermens d’allégeance et de suprématie furent supprimés j on fit un nouveau grand sceau : il re-

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j 655-1-5$. présentait d’un côté Je parlement séant , avec cette légende : Le grand sceau de ta république d' Angleterre , et à l’exergue , les armes d’Angleterre entourées de ces mots : La première année de la liberté rétablie par la bénédiction de Dieu. Les communes nommèrent un conseil d’état 5 mais il n’avait qu’une at** torité subordonnée à celle de l’armée ; la souveraineté résidait dans le conseil de guerre - où dominaient Cromwel, Iréton son gendre, et Fletwood son beau-frère; le gouvernement ressemblait à celui d’Alger (1).

Les Ecossais se plaignaient des entreprises du parlement britannique au préjudice du Covenant. L'année anglaise se souvenant de la facilité avec laquelle on avait dissipé les années précédentes les faibles efforts des Ecossais en faveur de Charles I.pr, méprisait des réclamations auxquelles la force ne donnait pas assez de poids. On s'aigrit de par* et d'autre ; le parlement d’Ecosse offre la couronne à Charles 11 aux mêmes 'conditions proposées à son père (2) ; Charles voulait une autorité pleine et entière. Le fatal exemple de son père n’affai-

fi) Lnd Low, tom. 1. • ■ ■■ %

(2) Myl. Ctarend. , ton), 5. Baker, p. 589, Hume r Hist. d’Angl, Rapin Thoira», tom. 9. ■ •••• ..

’ . * . t ioms xiv.' »9# ,

blissait pas en lui les idées (de despotisme J i(i55 — 5y* elles étaient fortifiées par quelques efforts laits en Irlande en sa faveur. Pour les favoriser , il avait chargé milord Montrose de lever des soldats en Allemagne, et de se réunir aux montagnards d’Ecosse et aux Irlandais qui 1© reconnaissaient sans exiger de lui aucune cou" dition. Cette conduite annonçait aux Anglais ce qu’ils avaient à redouter de ce princes»! remontait sur le tréne; cependant le parlement d’Ecosse continuait de traiter avec Charles II > quoique ses milices combatissent eoptre Montrose dans les montagnes d’Ecosse, Quelques montagnards mal armés étaient venus S® joindre à lui , ils l'abandonnèrent lorsqu’il fallut combattre ; les Allemands seuls se défendirent et furent taillés en pièces. Montrose survécut à sa défaite ; il fut pendu à une potence de trente pieds. .

Charles II , forcé de dissimuler cet affront, se mit daus les mains- de ceux qui venaient de faire pendre son général ; il se flattait peut-être que sa présence électriserait ses partisans , c’était une erreur. Les Ecossais ne considéraient le roi que cotante le centre de leur confédération contre les Anglais; il n’oblinl pas même le commandement de l'armée de l’état. Reçu avec beaucoup de pompe , son autorité se bornait à présider un conseil nommé par les deux

i655 5ç. chambres du parlement, et sans l’aveu duquel

aucun ordre ne pouvait être expédié (r).

Les Anglais n’avaient pas attendu l’arrivée de Charles dans Edimbourg pour déclarer la guerre à l’Ecosse. Croimvel marche avec une armée accoutumée à vaincre sous ses ordres 5 il bat les royalistes et s’empare d’Edimbourg. Les Ecossais , sacrifiant alors leurs défiances à la crainte de tomber sous le joug des Anglais , avaient chargé le roi du commandement de l’armée : ce changement eut d’abord des succès heureux. Charles pénétra en Angleterre 5 mais il fut entièrement défait aux bords de la Saverne, le 3 septembre i65o. Environ huit mille prisonniers écossais furent menés à Londres et vendus pour travailler aux plantations anglaises en Amérique. La tête de Charles II est mise à prix j on déclare criminel de haute trahison quiconque lui donnerait asile. Ce prince, sous les habits d’un paysan , ne parvint à se soustrairé à la poursuite des meurtriers de son père qu’avec des peines incroyables. Un seul compagnon s’était attaché à sa fortune ; ces deux proscrits employèrent six semaines à gagner les bords de la mer : errant de chaumières en chaumières, ils trouvèrent enfin une barque

(1) Mylord Clarendon tom. 6. Bâte , p. ai3*

LOUIS xîv. • 3oi .

sur laquelle ils prirent terre auprès de Fécamp (i). L’Ecosse et l’Irlande se soumirent aux Anglais. Le gouvernement de Londres prononça l’abolition de la royauté dans les deux royaumes , et leur réunion à la république britannique ; il fut statué que les Ecossais et les Irlandais enviaient un certain nombre de députés au parlement d’Angleterre. , ,

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