‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 40 sur 70 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Les principales puissances de l’Europe reconnaissent le nouveau gouvernement d’ Angleterre. Guerre passagère entre les Anglais et les Hollandais. Cromwel dis - , sout le long parlement.

Les principales puissances de l’Europe reconnurent bientôt le nouveau gouvernement d’Angleterre , et la mort du prince d’Orange , gendre de Charles Ier. , fut sur le point d’augr menter prodigieusement son importance. Ce prince avait essayé de se rendre souverain en ' V ' ' ' . 1 ■ !

(0 Baker , p. 609. Bâte, p. 240.. Myl. Clarendon, tom. 6 , p. 89.

So2 HIST. DE ER. , ÎI*. P. , E. XVÎI.

Hollande, comme son beau-père en Angleterre, et n 'avait pas mieux réussi que lui. 11 laissait un fils au berceau. Un grand parti voulait profiter de cette circonstance pour abolir le stadhoudérat. Cromwel fait proposer aux étals généraux de ne former avec les Anglais qu’une seule république, sous les mêtpfcs chefs. Dans la disposition des esprits, cetfe proposition pouvait être accueillie, si les négociateurs anglais avaient ménagé avec plus d’art les intérêts balavesj mais ils voulaient traiter la Hollande comme ils avaient traité l’Irlande et l’Ecosse. Non-Seulement le plan d’union transportait au gouvernement de Londres toute la supériorité dans les affaires publiques , mais on exigeait que les Hollandais ne commerçassent qu’avec les alliés de l’Angleterre. Les états généraux auraient été réduits à employer leurs forces au maintien de la splendeur anglaise.

Il paraît que Cromwel s’étant placé de luimême à la tête du gouvernement , se flattait que celte réunion assurerait son pouvoir par le balancement des forces des deux nations , dont une politique adroite avait mille moyens d’éveiller la défiance y mais, soit que les Hollandais redoutassent l’esprit entreprenant de Cromwel , ou qu’ils ne voulussent pas associer leur sort à celui d’une république mal affermie, lés états généraux répondirent par

v louis xiv. 3o3

l'offre d’une alliance offensive et défensive entre les deux nations.

Tel était l’enthousiasme des chefs des indé* pendans, qu’ils osent déclarer la guerre à la Hollande (i) , sans avoir d’autre sujet de rupture que le refus trcs-raisonnable fait par les Bataves d’abandonner leur existence politique pour devenir une province d’un empire étranger. L’Europe parut envisager avec étonnement une conduite aussi singulière ; mais Cromwel s’aperçut que le but de la chambre des communes , en poursuivant ces ridicules hos* tilités , était principalement d’augmenter la flotte aux dépens de l’armée’de terre, et de miner peu à peu la puissance du général.

Les uns disent que Cromwel fut instruit que plusieurs membres du parlement tenaient des conférences secrètes dans lesquelles on discu- * tait les moyens de congédier l’armée; d’autres prétendent que ces prétendues conférences étaient un prétexte imaginé par Cromwel. Quoi qu’il en smt , le conseil de guerre demande , par «ne pétitidp, le paiement des arrérages dus à l’armée, et unbill quiassuresa soldeà l’avenir.

Les communes se croyant bravées, déclarèrent coupable de haute trahison quiconque leur présenterait une requête semblable. L’armée répond à ce décret par une nouvelle pétition,

(i) Rapia Tfaoiras , tom. 9. Clarcnd. , tom. 6.

3o4 HIST. DE ER., II*. P. , L. XVII.

1655—59. dans laquelle, «près quelques réflexions sur la durée de ce parlement , on en demandait la dissolution et l’érection d’un conseil pour diriger les affaires jusqu’au rassemblement d’un nouveau corps législatif. La proposition de l’armée après avoir été long-temps débattue • dans la chambre du parlement, ce corps répondit que les circonstances dans lesquelles on se trouvait , ne permettaient pas à l’assemblée d’abandonner le poste périlleux occupé par elle; mais quelle provoquerait l’élection d’un nouveau parlement, lorsque Je peuple auglais, vainqueur de tous ses ennemis , jouirait d’une paix glorieuse.

A cette déclaration, Cromwel s’étant concerté avec les chefs de l’armée , se rend à Westminster, environne d’une escorte nombreuse , le 5o avril i653. « Je crois, dit-il en » entrant dans la salle , que ce parlement est . » assez mûr pour être dissous. Le Seigneur a

» choisi d’autres instrumens ; sortez. » Henri Vane demandait la parole : «Que le Seigneur me » délivre désir Henri Vane, reprend Crorn- » w,el. » Il ordonne à ses soldats d’entrer dans la salle et d’en chasser les sénateurs ; il sort le dernier, ferme la porte et emporte les clefs. Par cette action décisive Cromwél se trouva l’arbitre du gouvernement , 11 parut bientôt une déclaration signée des principaux officiers de l’année et de la flotte

■ ’ - Lotus XIV» . , 3oo -

ïaisant l’apologie de l'action de Cromwel. ij x655— :j,j, fallait établir une forme de gouvernement»

Crom wel était trop habile pour s'emparer sans roéoagemeas de toutes les branches do l’autorité publique au milieu d’une troupe de fanatique# capables de l’assassiner en invoquant Dieu, et en se vantant de le traiter comme il avait traité les autres. Il proposa au conseil de guerre la convocation d’un nouveau parlement. Des gens apostés par lui publiaient dans les rues de Londres, que depuis trop long-temps l’état était gouverné par des hommes tirés des classes qui se regardaient comme supérieures dans la société, et que les simples citoyens devaient avoir leur tour. On choisit les membres, du nouveau parlement parmi les ouvriers et les gens de journée. Le plus accrédité de ces* nouveaux législateurs, étai t un corroy eur, nommé Borebonne. Cromwel, en qualité de général j écrivit à loua ces députés , et les somma de venir gouverner l’état. Arrivés à Westminster, il leurrerait une patente signée de lui et de quelques officiers de l'armée. Cette patente les avertissait que chaque année le parlement serait dissous' y mais que , trois mois, avant de cesser ses fonctions, il choisirait, lui-même cent quarante-quatre législateurs pour lui succéder.

-Cette nouvelle chambre des communes fut bientôt écrasée sous l’énorme fardeau des af- Tom. VI , 2e. pare. 20

3o 6 HIST. DE ER., IIe* P., L. XVII.

i655— 5j, foires dont elle n’avait aucune connaissance.

Un certain nombre de membres déterminés à se retirer, se rendent dans la salle plutôt qu’à l’ordinaire; un d’eux annonce brusquement le sujet de l’assemblée ; il fait remarquer à ses collègues l’immense disproportion de leurs forces avec leurs fonctions pénibles , et propose de remettre leurs pouvoirs à leurs commeltans. La proposition est adoptée , et sans attendre leurs collègues absens, ils remettent leurs diplômes à Cromwel et au conseil dç guerre, et les engagent à se charger eux-mémes du gouvernement.

Cependant d’autres députés non prévenus de cette démarche , s’assemblaient à l’heure accoutumée; le colonel White, chargé des ordres du général, entre dans la salle suivi de quelques soldats : « Que faites-vous ici leur dit-il d’une voix forte ? » Nous cherchons le Seigneur , lui répondit l’orateur, selon le langage fanatique des intlépendans. Allez donc ailleurs , répliqua Withe , car je suis certain que de* puis plusieurs années il n’est pas ici. Il va ' droit à l’orateur , le pousse de son siège avec violence , les soldats chassent eu même temps tous ceux qui font difficulté de sortir; la salle est de nouveau fermée.

Page 1