‹ Histoire de France (volume 4)Chapitre 41 sur 70 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Cromwel est nommé Lord Protecteur. Il s'empare de la Jamaïque et s’allie avec la France.

Toute l’autorité se trouvait de nouveau concentrée dans les mains du conseil de guerre ; il publie, sous le nom à’ acte du gouvernement, une proclamation dans laquelle Olivier Cromwel était constitué chef de l’état sous le nom de lord protecteur. Il devait être assisté par un conseil de vingt-un conseillers tirés de l’armée (1). La charge de protecteur d’Angleterre était assurée à Cromwel pour toute sa vie. Cromwel était investi du pouvoir de nommer son successeur, mais ce successeur était exclus du généralat de l’armée. Ou statuait que le protecteur aurait le droitde déclarer la guerre, de faire la paix, et de publier des proclamations auxquelles tous les sujets de l’état étaient

(1) Rapiu Thoiras, tom. 9. Myl. Clarend. , tom, 6. Baker , p. 620. Bâte , p. 272.

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1655—59. lenus d’obéir Huand le Parlement ne

pas.

L’assemblée législative devait être convoquée par le protecteur tous les trois ans; elle ne pouvait être séparée ni même prorogée qu’après cinq mois de séances. Ses actes devaient être présentésà l’acceptation du protecteur , mais ils recevaient d’eux-mêmes force de loi si ce premier magistrat ne donnait pas sa sanction ou son refus dans le terme de vingt jours.

On voit, par cet exposé, que ce fut la seule volonté de l’armée qui changea le gouvernement britannique. Mais, pourquoi le conseil de guerre vnulait-il un parlement dont le pouvoir allaitbalancer le sien ou peut-être l’anéantir? Çe pouvait être pour arrêter les réactions exercées sur lui par l’armée entière; mais il vraisemblable que Cromwel voulait contenir le conseil de guerre par l’autorité pair ' lementaire , et les communes par la crainte msr pirée par l’armée- > 1

^ ma u'c de Londres et les officiers municipale avaient été mandés au conseil de guerre p6Wr assister à la lecture de l’acte du gouvewiemcnt-. Cromwel ayant prêté serment d’en observer tous les articles, fut conduit à VittebaH dans le palais des rois. On porta devant t lui l’épée de l’état pendant cette cérémonie ; on lut donna le titre & altesse. La ville de Londres l’invita à un festin avec les mêmes honneurs

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rendus aux monarques. Le nouveau proteç» 7fc55 -5g. leur se hâta de convoquer un parlement.

Hume nous assure que ectte chambre des communes fut formée avec toute liberté. Les seuls royalistes qui avaient porté les armes contre le parlement furent privés du droit d’élire et d'être élus. Cronwel , devenu l’arbitre. du gouvernement par l'influence d’une armée enthousiaste et fanatique , avait sans doute besoin que la voix publique en imposât à la multitude. Ainsi se forment les nouveaux gouvernemens dans les convulsion»

politiques ; . le plus habile ou le plus heureux en saisit les rênes, la multitude ébahie Ouvre de grands yeux , et croit à peine ce qu’elle voit, tandis que quelques doctes perdent leur temps à prouver que les choses devait aller ainsi.

A peine Cromwel était au timon de l’état , que l’ordre et la sûreté se rétablissaient ; le» finances sortaient dn chaos dans lequel elle» étaient plongées. Les troupes, sous son régne, lurent toujours payées un mois d’avance; les magasins se trouvaient abondamment fournis \ le commerce reprenait son lustre; la cour.de France , la cour d’Espagne briguaient à I’cuvi l’alliance du protecteur d’Angleterre; les Hollandais demandaient la. paix , le protecteur en . dicta les conditions. Elles furent qu'on lui paierait trois cent mille livres sterling pour

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j 655 à<j ^es ^ra's de guerre 5 <P*e tous les Anglais at-

tachés a la maison Stuart, seraient chassés des provinces bataves ; que les vaisseaux hollandais baisseraient pavillon devant les vaisseaux anglais ,et que le jeune prince d’Orange ne serait jamais reconnu en qualité de Stalhoudcr. C’est ce même prince d’Orange qui détrôna dans la suite Jacques II. Cromwel se faisait respecter aux deux bouts de l’Europe. Le duc de Savoie, à la sollicitation du pape, se préparait à détruire par le 1er et par le feu les réformés qui habitaient les vallées des Alpes entre la Savoie et le Piémont. Cromwel prend la défense de cfes infortunés, menace Rome de son ressentiment et force le duc de Savoie à rendre aux réformés leurs biens et leurs privilèges.

Tandis que la gloire de la nation était portée aussi loin que sous le règne d’Elisabeth, le parlement britannique examinait à quel droit Cromwel s’arrogeait le litre de protecteur. 11 n’avait convoqué les communes que dans l’espoir que Y acte du gouvernement en vertu duquel la puissance dictatoriale se trouvait dans ses mains, y serait revêtu de la sanction populaire; il fut surpris en apprenant qu’avant de discuter cette question, on paraissait douter de la légitimité de la convocation parlemen- ■ taire. Plusieurs membres proposaient de consulter les comtés et les villes ', et d’attendre de

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nouveaux pouvoirs. En vain il crut arrêter ’ 655— 59. l’effet de ces débats -, en défendant aux communes d’examiner la nature d’ùn gouvernement établi et dont le parlement lui-même tenait son existence.

Des gardes furent placées aux portes de la salle où s’assemblaient les communes. On laissa entrer les seuls députés qui promettaient de reconnaître, par leur signature , l’autorité protectoriale. Un grand nombre de députés prirent le parti de la retraite ; ceux qui avaient souscrits au moyen d’une distinction sophistique , se crurent en droit de continuer la discussion commencée. Cromwel ne vit de ressources contre un péril si prochain , que de casser ce parlement avant même l’expiration des cinq mois pendant lesquels , suivant la teneur de Y acte du gouvernement , l’assemblée législative ne pouvait être séparée ni même prorogée.

Cromwel entretenait dans les provinces des émissaires secrets , qui l’avertissaient de ce qui lui importait de savoir. 11 avait etc instruit d’un complot tramé contre lui } à peine quelques jours s’étaient écoulés depuis la dissolution du parlement , que les chefs de la conspiration soqt arrêtés. Une cour de justice fut érigée pour les juger} plusieurs en furent quitte pour la perte passagère de leur liberté > d’autres furent punis de mort.

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Jù55~r5g. Sur le même échafaud et le même jour, eu* la tête tranchée , Pantaléon Sa , frère de f’ambassadeur de Portugal; Cet étranger , croyant que sa licence serait impunie , parce que la personne de son frère était sacrée , avait assassiné un citoyen ; il fut condamné à mort.

* Cronrwel qui pouvait lui faire grâce , le laissa exécuter , et ne continua pas moins avec l’ambassadeur portugais , les négociations commencées.

Cromwel régna près de deux ans sans assembler de parlement. Ce fut alors qu’il conclût un traité d’alliance avec la cour de France. Les historiens espagnols assurent qu’il aurait traité de préférence avec l’Espagne , en exigeant que cette puissance abolit le tribunal de l'inquisition. C'est bien peu connaître la politique deCromwel. Les Espagnols étaient alors excessivement affaiblis par leurs guerres interminables en Italie , eu Flandre , en Portugal. Leurs possessions en Amérique offraient aux Anglais une riche proie , aisée à saisir , et Lrormvel voulait illustrer son gouvernement par des entreprises mémorables. Pendant qu’il, négociait avec Louis , de Haro , ministre d'Espagne , ctMaxarra, ministre de France , l’amiral Pcen s’emparait de la Jamaïque, Ce ne fut qu'après cette expédition que les pavillons britanniques se joignirent à ceux de France., *

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