CHAPITRE XVII
Les Français et les Anglais se rendent mai très de Dunkerque .
L’éclat que la prise de la Jamaïque jetait sur l’administration du protecteur, lui persuadait qu’il pouvait former un nouveau parlement plus dévoué à sa fortune, et qu’il en obtiendrait la confirmation de sa dignité. Les fréquens complots fomiés contre sa vie l’avertissaient que , malgré l’adulation de ses courtisans , il était regardé comme un usurpateur par la moitié des Anglais; d’ailleurs la nécessité d’opposer le pouvoir civil au pouvoir militaire l’entraînait. Perpétuellement en butte aux caprices de l’armée qu*il n’était pas toujours en mesure de prévenir ou de calmer , il n’ignorait pas que le plus grand nombre des empereurs romains , aussi despotes que lui, avaient été déposés ou assassinés par les soldats : le fanatisme de l’armée anglaise était bien plus dangereux que les écarts des cohortes prétorienucs. lfconvoqua, pour le j septembre i656, un parlement dans lequel devaient prendre séance un certain nombre de députés d’Eçossç et d’Irlaude. ,
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Toutes les précautions imaginables avaient été prises pour s’assurer de la docilité de*ces nouveaux représentans ; non -seulement les shérifs qui tous devaient leurs places à Cromwel, écartaient les hommes suspects au gouvernement, mais lorsque les députés se présentèrent à Westminster, ils trouvèrent des gens armés qui refusaient l’entrée de la chambre à ceux qui ne présentaient pas un ordre du conseil : ces lettres d’attache n’avaient été accordées qu’aux sénateurs dont Cromwel était assuré. Il eut d’abord lieu de s’applaudir du succès de cette mesure. Le nouveau parlement après avoir déclaré criminel de haute trahison quiconque proposerait le rappel de la maison Stuart ou attenterait aux jours de Cromwel , non-seulement confirma l’acte du protectorat, mais plusieurs membres proposèrent de placer la couronne sur la tête du protecteur. Cromwel fut installé de nouveau avec une pompe peu différente d’un couronnement : on lui accorda une liste civile considérable , et ce droit de tonnage et de pondage dont l’imposition avait été l’origine des malheurs de Charles Ier .
Le protecteur semblai t au comble du bonheur; ses armes étaient victorieuses au dehors et son autorité respectée au dedans. Les escadres anglaises, après avoir détruit les galbons d’Espagne auprès des îles Canaries, bloquaient le port de Dunkerque assiégé par les Français sous la
louis xrv. 3i5
conduite de Turenne 3 en vain Juan d’Autriche — " avait ramassé toutes les forces espagnoles dans 1 les Pays-Bas pour sauver celte place, elles furent défaites à la bataille des Dunes (1) , le 4 juin iG58. Condé ne put empêcher cette défaite.
On rapporte que ce prince forcé de combattre d’après les dispositious faites par Juan d’Au-. triche , et prévoyant qu’on serait battu, dit au jeune duc de Glocester : « N’avez-vous jamais vu perdre une bataille ? Eh bien vous l’allez voir. » Dunkerque se rendit. Louis XIV n’entra dans cette place que pour la remettre à Lockart, ambassadeur d’Angleterre. Mazaria essayait si par quelque finesse il pourrait garder Dunkerque 3 la fermeté anglaise l’emporta sur l’habileté italienne.
Ce brillant succès arrêtait à peine les effets d’une fermentation sourdement répandue dans toute l’Angleterre 3 des mécontentemens se manifestaient; Cromwel se ménageait tous les partis pour donner le temps aux passions de se calmer et à son autorité celui de prendre une assiette solide : cette sage politique le rendait odieux aux chefs des factions dont elle arrêtait les
• (i) Mém. List, et chron. Mém. de Turenne , tom. 4. Hist. du prince de Condé , liv. 4. Quincy , tom- 1 . Monglat , tom. 4. Bussy, tom, 2.
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entreprises turbulentes. Les indcpendans agitaient l’armée; mais l’attention de Cromwel.d’assigner à chaque régiment des quartiers, éloignés les uns des autres , et de gêner les correspondances entre eux, rendait leurs murmures moins redoutables. 11 était plus difficile d'arrêter les réclamations des presbytériens répandus dans les trois royaumes : ils disaient hautement que la république anglaise dont on parlait perpétuellement , n’était qu’un vain mot vide de Sens, puisque Cromwel n’admettait dans le parlement que ses créatures, et repoussait les députés soupçonnés de n’être pas assez dans, ses intérêts ; on ajoutait que Cromwel n’avait précipité du trône Charles Ier. que pour exercer un pouvoir plus étendu que celui de ce monarque , et que la tyrannie avait survécu au tyran. Les royalistes, dont ces murmures favorisaient les tentatives en faveur de la maison Stuart, se rendaient par leur adresse encore plus dangereux pour Cromwel que ne l’étaient les presbytériens et les indépendans 5 cachant avec art leur arrière pensée , ils étaient levellers avec les leveliers, presbytériens avec les presbytériens, entrant dans le ressentiment des uns et des autres, affectant le zèle le plus brûlant pour la liberté de leur patrie, tous leurs coups tombaient sur le nouveau despote; enfin, le parlement , après avoir obéi aux circonstances en,
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donnant une vaine sanction au pouvoir dont il lui était difficile de dépouiller le protecteur , s’occupait à rassembler les prérogatives qui restaient au corps législatif